Le gouvernement yéménite qualifie de « manipulation » le retrait rebelle

Un rebelle Houthi fait un signe de la main lors du retrait annoncé de troupes rebelles du port de Salif, au Yémen, le 11 mai 2019. (AFP)
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Un rebelle Houthi fait un signe de la main lors du retrait annoncé de troupes rebelles du port de Salif, au Yémen, le 11 mai 2019. (AFP)
Le gouvernement yéménite persiste et signe en qualifiant de « manipulation » l’annonce du retrait des rebelles Houthis de trois ports de l’Ouest, cruciaux pour l’arrivée de l’aide humanitaire dans ce pays en guerre.

Le gouvernement yéménite persiste et signe en qualifiant de « manipulation » l’annonce du retrait des rebelles Houthis de trois ports de l’Ouest, cruciaux pour l’arrivée de l’aide humanitaire dans ce pays en guerre.

Des experts estiment pour leur part qu’après des mois d’immobilisme, le désengagement militaire annoncé dans cette région pourrait constituer une percée. 

« Les deux prochaines semaines nous diront s’il y a bien eu un transfert (d’autorité dans les ports) ou si c’est une nouvelle gueule de bois », affirme Farea al-Muslimi, analyste associé au centre de réflexion londonien Chatham House.

Dans un tweet dimanche, le ministre yéménite de l’Information Mouammar al-Iryani a jeté le doute sur la réalité du retrait rebelle qui, selon les Houthis, a déjà eu lieu samedi dans le port de Salif.

« Ce que les miliciens Houthis ont fait, c’est la répétition d’une pièce de théâtre sur le transfert du contrôle du port à des forces » qui leur sont favorables, a-t-il dit.

« Cela montre la poursuite d’une manipulation et une tentative d’éviter la mise en oeuvre de l’accord » conclu sous l’égide de l’ONU en décembre dernier en Suède, a ajouté le ministre.

Samedi, l’ONU, qui dispose d’une petite équipe d’observateurs dans la région de Hodeida, a déclaré qu’une opération de retrait rebelle avait « débuté ».

« L’ONU espère être bientôt en mesure de faire un rapport au Conseil de sécurité sur les mouvements réels sur le terrain », a souligné prudemment à l’AFP une source onusienne.

Des sources proches des Houthis ont affirmé que des rebelles avaient commencé à se retirer des ports de Salif, Ras Issa et Hodeida, laissant la place à des gardes-côtes.

A Salif, un photographe et un vidéaste de l’AFP ont constaté le départ de combattants rebelles et l’arrivée d’hommes vêtus d’uniformes de gardes-côtes.

Carte des contrôles de territoires dans le conflit au Yémen au 8 mai. (AFP)
« Aucune surveillance »

Un responsable loyaliste a ensuite qualifié de « nouvelle ruse » ce désengagement rebelle.

Al-Hassan Taher, gouverneur de la province de Hodeida, a affirmé à l’AFP que, dans les ports, les combattants Houthis font semblant de se désengager et transfèrent l’autorité de ces installations à des forces de sécurité qui leur sont favorables.

Il n’y a « aucune surveillance de la part de l’ONU et du gouvernement » pour ce retrait, a dit M. Taher, accusant le médiateur des Nations unies Martin Griffiths de collaborer avec les rebelles.

« Martin Griffiths veut remporter une victoire, même si les Houthis se transfèrent (l’autorité) entre eux. Nous rejetons totalement cela et l’accord doit être mis en oeuvre dans son intégralité, notamment en ce qui concerne l’identité des forces qui prendront la relève des Houthis », a-t-il ajouté. 

Le désengagement militaire des belligérants dans la région de Hodeida était prévu par l’accord inter-yéménite arraché en Suède.

Annoncé à plusieurs reprises par l’ONU, notamment en février et en avril, le retrait effectif des ports tardait à être mis en oeuvre, suscitant l’inquiétude de la communauté internationale, alors que des millions de Yéménites sont menacés par la famine.

L’espoir né en Suède

L’essentiel des importations et de l’aide humanitaire est censé arriver via la ville portuaire de Hodeida qui a été la cible d’une offensive gouvernementale avant les pourparlers de paix en Suède fin 2018.

La guerre au Yémen oppose depuis plus de quatre ans des forces progouvernementales, appuyées militairement par l’Arabie saoudite et les Emirats arabes unis, aux rebelles Houthis, soutenus par l’Iran et qui contrôlent de vastes zones de l’ouest et du nord du Yémen, dont la capitale Sanaa.

Le conflit a tué des dizaines de milliers de personnes, dont de nombreux civils, selon diverses organisations humanitaires.

Environ 3,3 millions de personnes sont toujours déplacées et 24,1 millions, soit plus des deux-tiers de la population, ont besoin d’assistance, selon l’ONU.

Le processus initié en Suède était le premier depuis 2016. Il a suscité des espoirs, les parties ayant conclu une trêve qui semble à peu près tenir à Hodeida, ainsi qu’un accord pour la libération de milliers de prisonniers. Cependant, ces libérations n’ont toujours pas eu lieu.

Selon l’expert Farea al-Muslimi, l’accord de Suède « est très difficile à exécuter car les lignes sont très floues et chaque partie l’interprète à sa manière ».

Adam Baron, analyste associé à l’European Council on Foreign Relations, pense lui que les développements à Hodeida représentent « une percée potentielle après des mois d’immobilisme » mais reste prudent car « la confiance entre les deux parties frôle l’inexistence, ce qui continue d’entraver tout effort » de désescalade.

Selon lui, « une mise en oeuvre de l’accord (à Hodeida) ne signale que des progrès sur une partie de l’accord et un aspect du conflit. Il est essentiel de se rappeler que le Yémen n’est pas Hodeida et que même dans le calme relatif qui y règne, le conflit continue à brûler » ailleurs.