Inconduite sexuelle toujours omniprésente au sein des Forces armées canadiennes, conclut un comité sénatorial

0
Le général Jonathan Vance lançant l’opération HONOUR, en 2015. (Archives/MDN)
Le plus récent rapport du Comité sénatorial de la sécurité nationale et de la défense conclu que les Forces armées canadiennes n’en font pas assez pour comprendre et prévenir l’inconduite sexuelle au sein de son organisation, et pour y remédier.

Il aura fallu six mois au comité pour étudier les comportements sexuels dommageables et inappropriés dans les Forces armées canadiennes (FAC) et l’incidence des changements apportés depuis 2015. Ses constatations sont publiés dans un rapport intitulé Le harcèlement et la violence sexuels dans les Forces armées canadiennes.

Après s’être entretenu avec 15 témoins et avoir examiné l’information publiquement accessible, le comité estime que les tentatives pour traiter le problème sont «inadéquates».

En 2014, les magazines Maclean’s et L’actualité ont révélé que des agressions sexuelles au sein des FAC sont commises environ cinq fois par jour. En réponse, les FAC ont retenu les services d’une ancienne juge de la Cour suprême, Marie Deschamps, pour se pencher sur les politiques et les pratiques des Forces liées aux agressions sexuelles et au harcèlement sexuel.

Le rapport de la juge Deschamps a incité les FAC à lancer l’Opération HONOUR en 2015, qui visait à enrayer le comportement sexuel dommageable et inapproprié au sein de l’organisation militaire, et a mis en place le Centre d’intervention sur l’inconduite sexuelle.

Le comité constate que même si cette opération répond à certaines des préoccupations soulevées dans le rapport de la juge Deschamps et dans les médias à l’époque, «elle ne va pas assez loin et ne vient pas suffisamment en aide aux personnes qu’elle était censée protéger».

Il est plus que temps d’agir. Le gouvernement est tenu de veiller à ce que tous les lieux de travail – notamment ceux des Forces armées canadiennes – soient sécuritaires pour chaque Canadienne et chaque Canadien. Bien que certaines mesures aient été prises en 2015, le gouvernement doit faire davantage pour remédier à cette situation.

Sénatrice Gwen Boniface, présidente du comité

Le comité effectue donc huit recommandations au gouvernement fédéral, demandant des changements aux politiques des FAC, des mesures de soutien pour les victimes (incluant l’aide à naviguer le système de justice civil ou militaire), et des mécanismes de contrôle et de responsabilisation pour les engagements de l’Opération HONOUR.

Parmi les recommandations figurent des changements fondamentaux :

  • veiller à ce qu’il soit clair que les plaignants peuvent poursuivre leur affaire à l’extérieur du système militaire s’ils choisissent de le faire;
  • attribuer des ressources et des fonds suffisants pour le Centre d’intervention sur l’inconduite sexuelle afin qu’il puisse adéquatement aider les plaignants;
  • et assurer que les FAC fournissent un soutien médical, psychologique, social, juridique et financier à tous les membres, anciens membres et personnel civil du MDN qui sont victimes d’inconduite sexuelle dans leur «milieu de travail».

Des mesures immédiates et déterminantes doivent être prises pour éviter d’autres cas de traumatismes sexuels militaires ainsi que l’érosion de la capacité des FAC de recruter et de maintenir en poste des Canadiens qualifiés en offrant un environnement de travail sécuritaire et des perspectives de carrière satisfaisantes.

Bien que les résultats de l’enquête de Statistique Canada de 2018 sur l’inconduite sexuelle dans les FAC seront publiés le 22 mai 2019, l’enquête menée en 2016 a révélé que parmi les membres de la Force régulière, 27,3 % des femmes et 3,8 % des hommes ont été victimes d’agressions sexuelles à au moins une reprise depuis qu’ils se sont joints aux FAC.

La même enquête dévoile également que dans les 12 mois précédant leur participation à l’enquête, environ quatre sur cinq membres de la Force régulière (79 %) ont entendu parler d’un comportement sexualisé ou ont été personnellement ciblés par un tel comportement.

En interview pour 45eNord.ca, le sénateur Jean-Guy Dagenais, vice-président du Comité, dit ne pas douter de la volonté du général Vance de lutter contre les comportements sexuels inappropriés. Toutefois, il note que l’institution, elle, n’est pas aussi ouverte.

Si chaque membre doit faire sa part des choses, c’est plus facile à dire qu’à faire! Selon le sénateur bien des notions et de la culture sont bien ancrés chez les militaires et cela prendra bien du temps avant de voir un effet à long durable.

Il estime que le manque de volonté d’aller du côté des victimes a des conséquences sur le recrutement et la rétention des gens au sein des Forces armées canadiennes.

«Les expériences éprouvantes des victimes ont été mises en lumière par les témoignages des témoins. Ce que notre comité a réalisé, c’est que des mesures concrètes doivent être prises pour protéger les survivants lorsque ces types d’agressions surviennent», indique encore le sénateur Dagenais.

Fondateur de 45eNord.ca, Nicolas est passionné par la «chose militaire». Il suit les Forces armées canadiennes lors d'exercices ou d'opérations, au plus près de l'action. #OpNANOOK #OpATTENTION #OpHAMLET #OpREASSURANCE #OpUNIFIER #OpIMPACT #OpLENTUS

Les commentaires sont fermés.