Les Casques bleus canadiens: les artisans d’un monde meilleur

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Des membres de la Force opérationnelle Mali assurent la protection de la force au Camp Castor durant l’opération PRESENCE le 5 février 2019. (Caporal François Charest/430e Escadron tactique d’hélicoptères)
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Évacuation de civils blessés, au Mali, le 23 avril 2019. (MINUSMA)
Peu de gens le savent, mais le 29 mai de chaque année se veut être la Journée internationale des Casques bleus. Cette journée annuelle revêt une importance particulière pour tous ceux et toutes celles qui ont déjà porté ce fameux Casque bleu à travers le temps (depuis 1954 jusqu’à aujourd’hui) et les multiples opérations dont le Canada fut longtemps considéré comme le leader mondial.

Malgré leur nom, opération de soutien de la paix, ces missions n’avaient pas toujours de liens tangibles avec un processus accompli de paix et sont méconnues de la plupart des Canadiens et des Canadiennes. Certes, la Mission des Nations unies pour l’assistance au Rwanda (MINUAR) au milieu des années 1990 qui fut commandé par le lieutenant-général Roméo Dallaire demeure à ce jour l’une des mieux connue. Malheureusement, cette mission a fait écho chez le grand public principalement pour les tristes événements qui sont survenus (un génocide) et pour les répercussions sur la santé mentale des Casques bleus.

Ce n’est pas parce que les Casques bleus n’étaient pas impliqués dans des combats directs que ces missions étaient faciles pour autant. J’ai entendu plusieurs vétérans des Forces armées canadiennes qui ont participé à des opérations de soutien de la paix dire qu’ils avaient développé une blessure morale et psychologique en raison justement des règles d’engagement qui limitaient leurs pouvoirs d’intervention devant des situations inhumaines.

Mettez-vous dans les bottes d’un Casque bleu qui est témoin d’une situation atroce, immorale, illégale, mais devant laquelle vous n’avez pas l’autorisation d’intervenir car il y aurait alors une transgression des règles d’engagement de la mission et de possibles conséquences (charge, cour martiale, impact sur la carrière, etc.). La raison et les émotions vous poussent à agir, mais vous devez restreindre, contrôler vos comportements en raison des règles qui sont en vigueur. Un terrible dilemme pour tout être humain avec un sens moral !

En plus de la dureté des opérations de soutien de la paix, les blessures de stress opérationnel des Casques bleus n’étaient pas (ou pratiquement pas) reconnues à cette époque au sein des Forces armées canadiennes. Plusieurs Casques bleus canadiens ont dû littéralement se battre pour faire reconnaître les impacts sur leur santé mentale (et morale) des opérations de la paix.

Profitant de cette Journée internationale des Casques bleus, je ne peux que presser le gouvernement du Canada d’investir dans la reconnaissance et dans la commémoration des opérations de soutien de la paix. Dans le même ordre d’idées, il existe très peu de recherches scientifiques dans le domaine de la santé mentale auprès des vétérans et des familles qui ont participé aux opérations de soutien de la paix au fil du temps et de telles recherches permettraient de déterminer la meilleure offre de services et de programmes pour répondre aux besoins de vétérans et des familles.

Aujourd’hui, ma simple intention par ce texte est de remercier tous les militaires canadiens qui au cours de notre histoire ont participé à ces opérations complexes et qui ont porté le Casque bleu. Vous êtes des protecteurs de nos valeurs, de nos droits et de nos libertés et nous vous en sommes extrêmement reconnaissants. Vous méritez tout notre respect. Vous méritez aussi que nous nous souvenions de vous comme des artisans d’un monde meilleur. Nous nous souviendrons !