Sanctions et bruit de bottes: Trump augmente toujours plus la pression sur l’Iran

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Le USS Abraham Lincoln. (US NAVY)
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Le USS Abraham Lincoln. (US NAVY)
Des sanctions toujours plus dures, et maintenant les bruits de bottes: un an près avoir quitté l’accord sur le nucléaire iranien, Donald Trump s’en tient à sa « pression maximale » contre l’Iran, sans objectif très clair mais au risque d’une escalade, voire d’une confrontation.

L’anniversaire du retrait des Etats-Unis de ce texte international censé empêcher Téhéran de fabriquer la bombe atomique a marqué mercredi un nouveau tournant dans la crise suscitée par la décision américaine: après avoir longtemps joué la montre, l’Iran s’est affranchi de certaines restrictions imposées à son programme nucléaire.

Etait-ce l’intention cachée du président américain? Oui, disent en petit comité certains diplomates européens: sa politique vise à pousser Téhéran à claquer à son tour la porte, pour convaincre enfin les alliés européens de rejoindre la vaste coalition anti-Iran que Washington peine jusqu’ici à mettre sur pied.

« Si le but de l’administration est de prendre le risque de voir l’accord nucléaire s’effondrer totalement, alors sa politique va dans la bonne direction », explique à l’AFP Dalia Dassa Kaye, du cercle de réflexion Rand Corporation. « Et si l’Iran finit par quitter l’accord, cela permettra d’obtenir davantage de soutiens pour son approche tournée vers la confrontation. »

Les Etats-Unis se défendent d’avoir un tel objectif. Mais ils ont sauté sur l’occasion des annonces iraniennes pour renouveler leurs appels à la communauté internationale pour qu’elle rejoigne leur « campagne de pression maximale ».

Pour autant, la réaction de la République islamique reste à ce stade limitée. 

Risque d’escalade

Un bombardier américain B-52. (Archives/USAF)

Les engagements remis en cause mercredi correspondent à des dispositions déjà reniées côté américain et il s’agit donc de « mesures relativement modestes et réversibles », assure Suzanne Maloney, directrice adjointe du programme de politique étrangère à la Brookings Institution de Washington.

Du même avis, Quentin Lopinot, chercheur français au think tank américain Center for Strategic and International Studies, juge plus « préoccupant » l’ultimatum posé par Téhéran, qui a menacé d’aller plus loin si les Européens ne parviennent pas à lui garantir dans les deux mois quelques retombées économiques en dépit des sanctions américaines.

« Jusqu’ici, les Iraniens semblaient vouloir gagner du temps, mais cet ultimatum risque de précipiter une escalade », prévient-il.

Car parallèlement, l’administration Trump, qui a promis d’imposer les sanctions « les plus dures de l’Histoire » pour faire plier l’Iran, déroule son programme. Après avoir rétabli toutes les sanctions levées dans le cadre de l’accord de 2015, notamment contre le pétrole et les établissements financiers iraniens, elle a visé mercredi les exportations des métaux, et menace de nouvelles mesures punitives.

Mais que veut obtenir exactement Washington?

Un « changement de comportement » de la part du régime iranien, assure le gouvernement américain. Les Etats-Unis estiment que leur campagne de pression commence à porter ses fruits, en faisant plonger l’économie iranienne dans la récession mais aussi en asséchant l’argent jusque-là destiné à la « déstabilisation » du Moyen-Orient.

La diplomatie américaine a énoncé il y a un an douze conditions draconiennes pour renouer avec Téhéran. Or « à ce jour, aucune n’a été remplie et toutes apparaissent hors de portée », constate Quentin Lopinot — ce qui n’a pas empêché Donald Trump de redire son « espoir » de pouvoir « rencontrer un jour » les dirigeants iraniens pour « négocier » un nouvel accord.

Changement de régime?

Du coup, les spéculations sur les objectifs réels de son administration se multiplient. « S’il s’agit vraiment de pousser l’Iran à la table des négociations ou à changer d’attitude dans la région, on peut difficilement dire que la politique américaine a été un succès », affirme Dalia Dassa Kaye.

Certains se demandent donc si un changement de régime à Téhéran n’est pas le but ultime, au moins d’une partie de l’entourage du milliardaire républicain, comme de son conseiller à la sécurité nationale John Bolton, connu pour être un « faucon ». D’autant que la Maison Blanche a porté ces derniers jours, pour la première fois, sa campagne de pression sur le terrain militaire, en dépêchant un porte-avions et des bombardiers B-52 dans le Golfe pour contrer des « menaces crédibles » d’attaques « imminentes » de la part de l’Iran contre des intérêts américains.

Plusieurs élus démocrates se sont alarmés d’une stratégie vouée, selon eux, à plonger les Etats-Unis dans une « guerre inévitable » contre le régime iranien.

Pour Dalia Dassa Kaye, « nous sommes dans une phase dangereuse », car « l’escalade » actuelle peut dégénérer en « conflit ».

« Je ne crois pas qu’il s’agisse d’une marche inexorable vers la guerre », relativise Suzanne Maloney. D’autant que Donald Trump clame sa volonté d’en finir avec les coûteux et interminables conflits à l’étranger.

« La scénographie et le narratif américain autour d’un déploiement militaire qui était prévu et qui correspond à des manoeuvres assez régulières font en fait partie de la stratégie de pression maximale », acquiesce Quentin Lopinot. « Mais le risque d’un incident est possible », met-il aussi en garde.