Commémorations du Jour J : 250 vétérans prennent la mer

174
Des membres d'équipage de la frégate HMS Northumberland rendent hommage aux vétérans de la Seconde Guerre mondiale. (AFP)
Temps de lecture estimé : 4 minutes
Des membres d’équipage de la frégate HMS Northumberland rendent hommage aux vétérans de la Seconde Guerre mondiale. (AFP)
Quelque 250 vétérans britanniques ont pris le large mercredi soir vers la France, dans le sillage de leur périple, 75 ans plus tôt, pour délivrer l’Europe du joug nazi, après une cérémonie poignante à Portsmouth pour l’anniversaire du « Jour J » en présence de représentants de 16 pays.

L’image du paquebot larguant les amarres des côtes anglaises pour rejoindre les plages normandes a clos la première journée d’hommages à ceux tombés lors de la Seconde Guerre mondiale, à laquelle ont notamment assisté les présidents américain Donald Trump et français Emmanuel Macron et la reine Élisabeth II.

Mercredi matin, les célébrations ont commencé avec la projection sur un écran géant d’images du D-Day.

« J’étais sur les côtes françaises pour appuyer les gens qui étaient envoyés à l’eau, pour essayer de les faire sortir de l’eau sains et saufs », a raconté Thierry Cordish, Britannique de 96 ans, un des vétérans présents mercredi.

« Si on ne parle pas (du Débarquement), ça va disparaître, on va l’oublier, il faut conserver la mémoire », a-t-il ajouté.

Portsmouth (sud de l’Angleterre) avait été le port de départ pour Sword Beach, la plage normande la plus à l’est des cinq choisies pour le débarquement des Alliés en Normandie (ouest de la France), la plus grande opération de ce type en nombre de navires engagés.

Au soir du 6 juin 1944, plus de 150 000 Alliés avaient pris pied sur le sol français, dont plus de 10 000 furent tués, blessés ou disparurent dans l’opération, selon les chiffres du Mémorial de Caen.

Les dirigeants d’une quinzaine de pays européens étaient présents lors des célébrations de mercredi.

Mercredi matin, les célébrations ont commencé avec la projection sur un écran géant d’images du « D-Day » montrant ces soldats qui, au péril de leur vie, débarquèrent sur les plages de Normandie.

Une dizaine de vétérans sont ensuite montés sur scène, émus, avant d’être salués par une ovation debout du public.

« Défendre ces libertés »

Au côté de la reine, de Donald Trump et d’Emmanuel Macron figuraient notamment les premiers ministres britannique Theresa May et canadien Justin Trudeau et la chancelière allemande Angela Merkel.

M. Trump, qui concluait à cette occasion une visite d’État au Royaume-Uni entamée lundi, a lu une prière que son prédécesseur Franklin D. Roosevelt déclama à la radio au soir du 6 juin 1944 en soutien à ceux qui combattaient alors pour « libérer une humanité souffrante ».

Emmanuel Macron a lu la lettre d’adieu déchirante d’un jeune résistant, Henri Fertet, fusillé à l’âge de 16 ans.

Emmanuel Macron a lu pour sa part la lettre d’adieu déchirante d’un jeune résistant, Henri Fertet, fusillé à l’âge de 16 ans.

Après 87 jours d’emprisonnement et de torture, il écrivit à ses parents : « Je meurs pour ma patrie. Je veux une France libre et des Français heureux. […] Quelle mort sera plus honorable pour moi que celle-là ? ».

Angela Merkel a elle souligné dans un communiqué que le Débarquement avait « libéré » les Allemands du « national-socialisme », et permis « la réconciliation, l’unification au sein de l’Europe ».

Pour commémorer cette journée historique, les pays représentés à Portsmouth ont adopté une « Déclaration » pour « faire en sorte que les sacrifices du passé ne soient jamais vains ».

Absente des célébrations, la Russie a appelé à ne pas « exagérer » l’importance du Débarquement, et à ne pas « minorer » ainsi le rôle de l’URSS dans la défaite d’Hitler.

Angela Merkel a rencontré la reine Élisabeth II et Theresa May.

Réunion internationale oblige, la célébration a donné lieu à plusieurs rencontres bilatérales.

Donald Trump et Angela Merkel ont ainsi discuté une dizaine de minutes, abordant notamment la situation en Libye, selon la Maison-Blanche.

Emmanuel Macron a passé de son côté 20 minutes avec Theresa May, l’occasion d’évoquer les crises du Moyen-Orient ainsi que la COP26 sur le climat que le Royaume-Uni souhaite accueillir, a indiqué l’Élysée.

En fin de journée, le président français a rendu hommage à Caen à 70 Résistants exécutés par les Allemands dans la prison de cette ville de Normandie le 6 juin 1944, déclarant qu’il était « extrêmement important » de « saluer l’implication de la Résistance intérieure et des martyrs qui sont tombés » après avoir « honoré ce (mercredi) matin l’ensemble des forces alliées qui ont débarqué le 6 juin au matin pour libérer le sol français ».

Jeudi matin, il retrouvera Theresa May et des vétérans britanniques pour la pose de la première pierre d’un mémorial britannique en Normandie.

Ce sera le dernier grand rendez-vous officiel de Mme May, qui a jeté l’éponge après avoir échoué à mettre en oeuvre le Brexit,  avant sa démission vendredi.

Trump en Irlande

Après la cérémonie à Portsmouth, M. Trump s’est rendu en Irlande où il a assuré le premier ministre Leo Varadkar que le problème posé par le Brexit pour « (son) mur, (sa) frontière » finirait par trouver une issue positive.

Ce à quoi le dirigeant irlandais a immédiatement répondu : « Je pense qu’il y a une chose que nous voulons éviter, bien sûr, c’est un mur ou une frontière ».

La frontière entre la république d’Irlande et la province britannique d’Irlande du Nord est actuellement ouverte à la circulation des biens et des personnes, les deux pays étant membres de l’UE, mais Dublin craint que le Brexit n’entraîne le retour d’une frontière physique.

L’imprévisible président va ensuite rejoindre son complexe hôtelier sur la côte ouest du pays, et participera à la suite des commémorations du Débarquement jeudi en France, où plusieurs dizaines d’Amérindiens ont rendu hommage mercredi sur la plage d’Omaha Beach à leurs ancêtres qui y avaient débarqué.

« J’ai été un des 175 Amérindiens sur Omaha la sanglante. A la mi-journée, ma compagnie était quasi anéantie », a déclaré Charles Norman Shay, bientôt 95 ans.