L’Allemagne juge deux jihadistes qui préparaient une « bombe biologique »

Un expert légiste en combinaison se trouve le 15 juin 2018 dans l'immeuble à Cologne (Allemagne) où un Tunisien est soupçonné d'avoir essayé de fabriquer une bombe. (AFP)
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Un expert légiste en combinaison se trouve le 15 juin 2018 dans l’immeuble à Cologne (Allemagne) où un Tunisien est soupçonné d’avoir essayé de fabriquer une bombe. (AFP)
Un couple d’islamistes radicalisés qui planifiaient un attentat à la « bombe biologique » en Allemagne est jugé à partir de vendredi à Düsseldorf, un procès inédit dans ce pays qui reste sous la menace d’attaques jihadistes.

Sief Allah H., Tunisien de 30 ans, et sa compagne allemande Yasmine H., 43 ans, sont accusés par le parquet antiterroriste allemand de « fabrication délibérée d’une arme biologique » visant à la « préparation d’un acte grave de mise en danger violente de l’État ».

Leur arrestation en juin 2018 avait probablement permis d’éviter ce qui aurait été la première attaque biologique en Allemagne, avait déclaré Holger Münch, patron de la police criminelle allemande.

« Ils ont décidé à l’automne 2017 de mener une attaque à caractère islamiste en Allemagne et de faire exploser un engin explosif au milieu d’une foule nombreuse. Ils voulaient ainsi tuer et blesser le plus de gens possible », indique l’acte d’accusation du parquet antiterroriste.

Le couple, qui avait prêté allégeance au groupe Etat islamique (EI), risque jusqu’à 15 ans de prison.

A deux reprises, en août et septembre 2017, Sief Allah H. avait déjà tenté sans succès de rejoindre la Syrie via la Turquie pour rallier les combattants de l’EI avec qui il était en contact régulier, explique le parquet. Sa conjointe l’avait aidé en lui achetant notamment des billets et en lui faisant des virements bancaires.

Face à ces échecs, le couple avait alors décidé de s’atteler à la préparation d’un attentat sur le sol allemand.

Quelques jours après l’arrestation de Sief Allah H. début juin 2018 à Cologne, les enquêteurs avaient retrouvé dans son appartement 84,3 mg de ricine et quelque 3.300 graines de ricin permettant de fabriquer le poison. 

Aide de la CIA

Cette substance, 6.000 fois plus puissante que le cyanure, est mortelle en cas d’ingestion, d’inhalation ou d’injection.

Selon l’hebdomadaire Der Spiegel, une telle attaque aurait pu tuer jusqu’à cent personnes d’un coup.

Afin de tester les effets du poison, le couple avait acheté un hamster nain, rapporte le parquet.

Les enquêteurs avaient également saisi 250 billes de métal, deux bouteilles de dissolvant à l’acétone, des câbles reliés à des ampoules, et 950 grammes d’une poudre grise, mélange de poudre d’aluminium et de substances pyrotechniques. 

Selon le parquet, le couple avait également tenté de fabriquer de l’ammonal, un explosif utilisé en particulier lors de la Première Guerre mondiale.

Leur arrestation avait été rendue possible « grâce à une coopération entre services de renseignement nationaux et internationaux », avait expliqué le patron des services de renseignement intérieur de l’époque, Hans-Georg Maassen.

Selon des médias allemands, la CIA américaine a averti l’Allemagne après avoir repéré des achats sur internet de substances devant servir à la fabrication de la bombe par le suspect.

Deux autres hommes avaient également été arrêtés en août en Tunisie, suspectés d’être des complices du couple.

Le tribunal a pour le moment prévu seize journées d’audience jusqu’au 30 août.

L’Allemagne reste sur le qui-vive en raison de plusieurs attaques jihadistes perpétrées ou envisagées dans le pays ces dernières années. 

La plus grave, survenue en décembre 2016, avait été perpétrée par un Tunisien de 23 ans, Anis Amri, auteur d’un attentat au camion-bélier sur un marché de Noël à Berlin. Elle avait fait douze morts, et été revendiquée par le groupe Etat islamique.