Le Kosovo célèbre les 20 ans de la fin de la guerre

327
Un enfant albanais offre des roses à un soldat britannique membre des forces de l'OTAN qui se déploient à Pristina, au Kosovo, le 13 juin 1999. (AFP)
Temps de lecture estimé : 6 minutes
Des larmes de joie ou d’humiliation: Albanais et Serbes du Kosovo gardent un souvenir vif de ce 12 juin 1999, quand les troupes de l’Otan ont commencé à se déployer, mettant un terme à la guerre.

Conséquence de la résolution 1244 de l’ONU votée deux jours plus tôt qui plaçait le Kosovo sous protection internationale, ce déploiement, dont le 20e anniversaire est célébré mercredi, marquait la fin de l’ultime guerre intercommunautaire dans l’ex-Yougoslavie. 

Opposant depuis 1998 les forces serbes et une guérilla indépendantiste kosovare albanaise, ce conflit avait coûté la vie à plus de 13.000 personnes (dont plus de 11.000 Albanais, 2.000 Serbes et quelques centaines de Roms) quand plus de 800.000 Kosovars albanais s’entassaient dans des camps de réfugiés.

Moins de quatre ans après la fin des guerres de Bosnie et de Croatie, les atrocités contre les civils et l’épuration ethnique ont entraîné une campagne de bombardement occidentale, menée durant trois mois sans mandat de l’ONU. 

L’homme fort de Belgrade, Slobodan Milosevic, avait finalement jeté l’éponge et ordonné le retrait de ses troupes de cette province méridionale majoritairement peuplée d’Albanais, mais que les Serbes considèrent comme leur berceau historique et religieux. 

« Explosion d’émotions »

Depuis, autant la défiance serbe est forte, autant la popularité des Occidentaux et notamment des Américains est immense parmi les Kosovars albanais. 

Ils devraient encore exprimer cette gratitude mercredi à l’ancien président américain Bill Clinton et sa secrétaire d’Etat Madeleine Albright, annoncés aux cérémonies à Pristina.

Bill Clinton jouit au Kosovo d’une popularité hors norme et est considéré par les Kosovars albanais comme un «sauveur». Sur la photo, on le voit recevoir sa médaille pour son rôle dans le conflit (1998-99) des mains du président Hashim Thaçi, mardi à Pristina. (AFP)

La chanteuse Shpresa Gashi, 68 ans, raconte à l’AFP comment elle a appris la nouvelle de l’entrée des forces de l’Otan, dans un camp de réfugiés: « Il y avait de l’allégresse, une explosion d’émotions », se souvient-elle. « C’est la première fois que je voyais de la joie parmi les réfugiés du Kosovo ».

Edita Brajshori, une coiffeuse de 40 ans, se souvient du « plus beau jour de sa vie » et de la musique albanaise s’échappant des fenêtres après des années de répression aussi culturelle. « Un jour magnifique, sans aucun uniforme serbe à Pristina », renchérit Esat Rexhepi, 70 ans, qui avait revêtu son « plus beau costume et mis une cravate » pour accueillir les troupes occidentales.  

Retours et exils

Ex-prisonnier politique, Behgjet Shala, 55 ans, était rentré chez lui en emboîtant le pas à un convoi de l’Otan. Peu avant Pristina, il se souvient avoir croisé une « colonne serbe de civils, avec des tracteurs, qui quittaient le Kosovo ». 

« Certains revenaient à la maison quand d’autres la quittaient… J’avais pleinement conscience qu’il n’y aurait pas de retour vers le passé, que le Kosovo ne serait plus jamais sous la domination de la Serbie », dit-il. 

Pour les Serbes du Kosovo, installés là depuis des siècles, ce 12 juin est un jour d’amertume et de peur, mais aussi souvent d’exil. Selon les chiffres de Belgrade, 200.000 Serbes devaient choisir de quitter le Kosovo pour se réfugier en Serbie. 

« Je pleurais… Je regardais notre armée se retirer et des étrangers arriver », dit Dobrosav Jakovljevic, un retraité de 73 ans. A ses yeux, « c’est Milosevic qu’il faut blâmer pour tout ça », mais « les Albanais ont tout ce qu’ils voulaient quand nous avons tout perdu ». 

Le père de Jelena Krivokapic, une économiste de 43 ans, lui avait demandé de ne pas sortir à Mitrovica, dans le nord, le temps de jauger la situation: « J’ai regardé de la fenêtre le départ des troupes serbes », se souvient-elle.

Slavisa Jokic, 45 ans, a elle fui Pec (sud): « Des gens étaient tués en plein jour sans qu’ils (l’Otan) ne bougent le petit doigt », affirme cette ouvrière. 

Mais sans l’interposition des troupes serbes, notamment lors des émeutes de 2004 dans la ville divisée de Mitrovica, « aucun Serbe ne serait resté », dit Dobrosav Jakovljevic. 

Selon les estimations de Belgrade, quelque 120.000 Serbes vivent toujours au Kosovo, un tiers dans le nord et les autres dans une dizaine d’enclaves.

Aux yeux de Djordje Jovanovic, un professeur de 46 ans de Mitrovica, la présence des quelque 4.000 soldats de la Kfor toujours présents, reste indispensable: « S’ils n’étaient pas là, il y aurait une autre guerre ici. » 

Les relations restent exécrables entre Pristina et Belgrade qui ne reconnaît toujours pas l’indépendance proclamée en 2008 par son ex-province.

Chronologie des événements clés depuis 1999

L’opération Kobold est la contribution des Forces armées canadiennes à la Force pour le Kosovo (KFOR), une opération de soutien de la paix au nom de l’OTAN. Ici, en 2016, le Lcol Lefebvre aux côtés du Maj Burnov (de l’Ukraine) sur un char du génie de l’Ukraine utilisé par le GISL pour des tâches relatives à la liberté de mouvement de même que pour des tâches du génie. (Col Staudacher – Autriche)
  • L’OTAN lance ALLIED FORCE pour amener la Serbie à cesser les interventions militaires contre l’Armée de libération du Kosovo (Ushtria Çlirimtare e Kosovës). Ce conflit a causé une crise humanitaire au Kosovo.
  • La KFOR est établie à la suite de l’Opération ALLIED FORCE qui était la campagne aérienne de l’OTAN du 23 mars au 10 juin 1999. Le 10 juin 1999, la KFOR est établie à titre de force de sécurité internationale.
  • Le Kosovo déclare son indépendance de la Serbie le 17 février 2008.
L’Opération Kinetic, de juin 1999 à juin 2000

Le Canada a pris part à la campagne de l’OTAN en 1999 dans le cadre de l’Opération KINETIC.

L’opération Kinetic représentait la contribution du Canada à la KFOR, la force de maintien de la paix de l’OTAN qui a œuvré au Kosovo et dans l’ex-république Yougoslave de Macédoine dans le but de créer un environnement sûr pour le retour des personnes déplacées et des réfugiés ainsi que d’offrir une aide humanitaire aux personnes déplacées. La Force opérationnelle du Kosovo comprenait un escadron de reconnaissance blindé, un escadron tactique d’hélicoptères, un groupement tactique d’infanterie et un élément de soutien national (ESN).

En plus d’effectuer les fonctions de patrouille et d’observation inhérentes aux opérations de soutien de la paix, le contingent canadien a réalisé des opérations d’aide humanitaire, par exemple en mettant en place des toits d’immeuble, en reconstruisant des écoles et des installations médicales, en installant de petits ponts et en construisant des terrains de jeux. En vertu d’un accord conclu avec l’Agence canadienne de développement international, le contingent canadien a reçu un financement de 750 000 $ de l’ACDI pour les projets humanitaires d’envergure restreinte.

Les premières unités canadiennes sont arrivées dans la région au cours du mois de juin 1999 et deux rotations ont été effectuées. La Force opérationnelle du Kosovo a cessé ses activités en juin 2000.

La KFOR

Le Canada, à titre de membre de l’OTAN, contribue à la KFOR depuis 2008.

La Force pour le Kosovo comptait environ 4 000 soldats fournis par 28 pays, en date de janvier 2018. Vingt et un de ces pays sont membres de l’OTAN. L’OTAN a lentement modifié la posture des forces de la KFOR au fil du temps. Elle en a réduit la taille et en a accru la flexibilité. Cette transformation a eu lieu petit à petit, à mesure que la sécurité dans la région s’améliorait.

L’opération Kobold

L’opération KOBOLD correspond au rôle que le Canada joue aujourd’hui au sein de la Force pour le Kosovo (KFOR). Celle-ci exécute une opération de soutien de la paix au nom de l’OTAN.

À l’heure actuelle, cinq membres des FAC sont en déploiement à Pristina, au Kosovo.

Ils assurent des services de logistique et appuient le quartier général. Le commandant de la force opérationnelle assume aussi le rôle de chef du Centre interarmées des opérations logistiques de l’OTAN.

Leurs efforts appuient le mandat de la KFOR, qui consiste à maintenir :

  • un environnement sûr au Kosovo;
  • la liberté de mouvement pour toutes et tous.

Les relations Canada-Kosovo

Source: Ambassade du Canada en Croatie et Kosovo

«Parmi les priorités en matière de politique étrangère de la République du Kosovo figurent la reconnaissance de son indépendance, l’admission au sein des organisations internationales et la réalisation de progrès vers la pleine intégration euroatlantique grâce à l’adhésion à l’Union européenne (UE) et à l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN).

«Le Kosovo a déclaré son indépendance de la Serbie le 17 février 2008, statut qui a été reconnu par le Canada le 18 mars 2008, et a établi des relations diplomatiques complètes le 7 avril 2009.

«Au Kosovo, le Canada est représenté par son ambassade en Croatie. Kosovo est représentée au Canada par son ambassade à Ottawa, qui a été créé en 2015.

 «Le Canada et le Kosovo entretiennent de bonnes relations bilatérales, lesquelles pourraient s’intensifier à mesure que les deux pays resserrent leurs liens. Le Canada se réjouit que le Kosovo se soit engagé à protéger les droits des minorités, y compris leur héritage culturel et religieux, et il constate que la Constitution du pays réaffirme ces engagements. Pour assurer la paix, la stabilité politique et la prospérité économique dans les Balkans, il est essentiel que le Kosovo devienne un État multiethnique et démocratique qui respecte entièrement les droits de la personne.»

Avec AFP