Le NCSM Regina sème l’émoi en franchissant le détroit de Taïwan

Le NCSM Regina et le NM Asterix le 18 juin alors qu'ils participaient à KAEDEX 19-01 en mer de Chine méridionale avec la Force maritime d'autodéfense japonaise. Ils se sont exercés à la guerre anti-sous-marine/au ravitaillement en mer et ont renforcé comm/interopérabilité. (Twitter/@MRC_FMARA) avec les partenaires. (
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Alors que les tensions montaient entre Ottawa et Pékin, le NCSM Regina, déployé avec le ravitailleur Astérix dans le cadre de l’opération NEON afin d’appuyer les sanctions imposées contre la Corée du Nord, a provoqué l’étonnement en croisant dans dans eaux du détroit de Taiwan mardi 18 juin..

Le ministère de la Défense nationale taïwanais a pour publié mercredi une déclaration dans laquelle il a qualifié le passage des deux navires canadiens d’opération de «liberté de navigation», a rapporté l’agence centrale de presse taïwanaise Central News Agency.

Le Regina avait activé son système d’identification automatique pendant le transit, ce qui permettait au grand public de suivre ses déplacements, alors que navires militaires maintiennent souvent ce système désactivé pour ne pas annoncer leur position.

Ce qui semblait accréditer la thèse d’une opération de «liberté de navigation», même si la Défense canadienne s’en défend.

Le site Web MarineTraffic a ainsi pu suivre le navire de guerre qui traversait le détroit de Taiwan depuis la mer de Chine méridionale avant de se diriger vers la mer de Chine orientale.

Carte de la route du NCSM Regina à travers le détroit. (Image de MarineTraffic)

Le Canada plus présent en Asie

Le NCSM Regina, le ravitailleur naval Asterix et un CP‑140 Aurora ont été déployés début juin dans le cadre de cette région où les forces canadiennes ont lancé l’opération NEON et où les navire canadiens profitent également de leur présence dans la région pour visiter des États membres de l’Association des nations d’Asie du Sud-Est (ANASE).

L’Opération NEON représente la contribution du Canada à un effort multinational coordonné visant à la mise en œuvre des sanctions du Conseil de sécurité des Nations Unies imposées contre la Corée du Nord. Ces sanctions, imposées entre 2006 and 2017, font suite aux initiatives de la Corée du Nord pour mettre au point des armes nucléaires et des technologies liées aux missiles balistiques.

En 2019 et 2020, le Canada déploiera ainsi périodiquement des navires, des aéronefs et du personnel militaires pour mener des opérations de surveillance afin de déceler les cas apparents de contournement des sanctions maritimes, en particulier le recours au transbordement entre navires de carburants et d’autres marchandises interdits par les résolutions du Conseil de sécurité des Nations Unies. Cette contribution, indique la Marine canadienne, renforcera l’intégrité du régime mondial de sanctions contre la Corée du Nord.

Le chemin le plus court

«La Marine royale canadienne mène des opérations dans la région de l’Asie‑Pacifique, comme elle le fait depuis des décennies.», a pour sa tenu à souligner à 45eNord.ca la porte-parole de la Défense nationale, Jessica Lamirande.

Le Regina et l’Astérix avaient effectué une visite dans la baie de Cam Ranh, au Vietnam afin de renforcer les relations de défense et de sécurité en constante évolution avec les partenaires de la région.

Le NCSM Regina a traversé la baie de Cam Ranh, au Vietnam, pour se rendre en Asie du Nord‑est, et l’itinéraire le plus pratique entre la baie de Cam Ranh et l’Asie du Nord‑Est consiste à traverser le détroit de Taïwan, explique la porte-parole de la Défense, ajoutant que le passage par le détroit de Taïwan n’est lié à aucune déclaration.

Et ce n’est pas la première fois qu’un navire de guerre canadien franchit le détroit de Taïwan.

Le déploiement actuel du NCSM Regina est conforme aux lois internationales et aux pratiques antérieures de la Marine royale canadienne. Par exemple, en 2018, le NCSM Calgary, le NCSM Chicoutimi et le NCSM Vancouver ont mené des opérations dans l’ensemble de la région de l’Asie‑Pacifique afin d’établir des relations, de travailler avec des partenaires internationaux de confiance et de contribuer aux efforts multinationaux visant à lutter contre la contrebande maritime en Corée du Nord. Dans le cadre de ces activités navales de 2018, le NCSM Calgary a traversé le détroit de Taïwan en octobre.

Quant au NCSM Regina, il effectuera d’autres visites dans la région avant de revenir au Canada, insiste la porte-parole canadienne.

Un défi à Pékin

Malgré les propos mesurés, mais fermes de la porte-parole canadienne, le passage du navire de guerre de la mer de Chine méridionale à la mer de Chine orientale par le détroit de Taiwan sera également, en cette période de tensions, perçue par Pékin, comme un geste symbolique pour défier la revendication de la Chine de propriété exclusive des trois plans d’eau et garantir la liberté de navigation dans la région.

En outre, l’incident intervient au moment où les relations entre le Canada et la Chine sont au plus bas depuis l’arrestation de la haute dirigeante de Huawei, Meng Wanzhou, en décembre dernier, suivie de l’arrestation par la Chine, en représailles, des Canadiens Michael Kovrig et Michael Spavor.

Qui plus est, la télévision publique canadienne de langue anglaise, la CBC, rapportait la semaine dernière que Pékin avait même rejeté la tentative du Premier ministre canadien Justin Trudeau de contacter le Premier ministre chinois Li Keqiang pour discuter du sort des Canadiens détenus en Chine.

Et, en plus des deux Canadiens détenus en Chine, Pékin a multiplié les sanctions contre le Canada, bloquant entre autres les exportations du canola canadien et serrant la vis aux producteurs de porc.

Pas le temps idéal pour une belle croisière en mer de Chine…, mais la Marine royale canadienne semble bien déterminée à remplir sa mission et à soutenir ses alliés.

Quant à Justin Trudeau, en mission à Washington, il a dû tenter d’y convaincre Donald Trump de lui prêter main-forte pour dénouer l’impasse entre le Canada et la Chine en plaidant la cause du Canada devant Xi Jinping lors du sommet du G20 au Japon les 28 et 29 juin.

«S’il y a quoi que ce soit que je puisse faire pour aider le Canada, je vais le faire», a promis le président américain, sans toutefois s’engager pour le moment à aborder la question avec le président chinois.