L’Iran dit avoir démantelé un réseau d’espions américain en pleines tensions

Photo diffusée le 18 juin 2019 par la présidence iranienne du chef de l'Etat, Hassan Rohani, lors de la cérémonie d'ouverture d'un nouveau terminal à l'aéroport Imam Khomeini de Téhéran. (AFP)
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L’Iran a affirmé mardi avoir démantelé un « nouveau réseau » d’espions agissant pour le compte des Etats-Unis, en pleines tensions accrues entre les deux pays ennemis, face auxquelles Moscou et Pékin ont exprimé leurs inquiétudes.

La crise s’est accentuée avec l’annonce lundi par le Pentagone d’un renforcement du dispositif militaire américain au Moyen-Orient après que l’Iran a affirmé son intention de franchir bientôt une limite prévue par l’accord sur le programme nucléaire iranien censé limiter Les activités sensibles de Téhéran.

L’Iran et les Etats-Unis sont engagés dans un bras de fer depuis le retrait unilatéral américain en 2018 de l’accord nucléaire et le rétablissement de sanctions économiques américaines à Téhéran. Des attaques contre des pétroliers en mai et en juin derniers dans la région du Golfe, attribués par Washington à l’Iran, qui a démenti, ont jeté de l’huile sur le feu.  

« Sur la base de nos propres renseignements et d’indices collectés au sein des services américains, nous avons récemment découvert les nouvelles recrues embauchées par les Américains et démantelé ce nouveau réseau », a annoncé l’agence officielle iranienne Irna, en citant sans l’identifier le « chef du contre-espionnage au ministère des Renseignements ».

Certains espions du réseau mis sur pied, selon Irna, par l’Agence centrale du renseignement des Etats-Unis (CIA), ont déjà été arrêtés et remis à la justice. L’agence ne donne toutefois aucun chiffre et ne précise pas la nationalité des suspects.

« Boîte de Pandore »

Face à l’escalade des tensions, la Russie, pays allié de l’Iran, a appelé à la « retenue ». 

« Nous préférerions ne pas voir de mesures susceptibles de provoquer une montée des tensions dans cette région déjà instable », a déclaré le porte-parole du Kremlin.

La Chine de son côté a appelé Américains et Iraniens « à garder la tête froide » et « à ne pas ouvrir la boîte de Pandore ».

Lundi, le Pentagone a annoncé « l’envoi de 1.000 militaires supplémentaires à des fins défensives pour répondre à des menaces aériennes, navales et terrestres au Moyen-Orient ».

« Les récentes attaques iraniennes valident les renseignements fiables et crédibles que nous avons reçus sur le comportement hostile des forces iraniennes », a indiqué le chef du Pentagone Patrick Shanahan, en allusion aux attaques contre les pétroliers qui n’ont pas été revendiquées.

L’administration américaine de Donald Trump entend mener une politique de « pression maximale » contre l’Iran qu’elle accuse de « déstabiliser » le Moyen-Orient, tout en affirmant ne pas chercher de guerre avec Téhéran.

Rivale de l’Iran et alliée des Etats-Unis, l’Arabie saoudite a elle aussi accusé l’Iran d’être derrière les attaques contre les pétroliers le 13 juin en mer d’Oman près du détroit d’Ormuz, par lequel transite le tiers du pétrole transporté par voie maritime dans le monde.

Londres a aussi incriminé Téhéran, mais l’Union européenne a refusé de s’aligner sur les conclusions de Washington.

« Iran fidèle »

Avant l’annonce des nouveaux renforts américains, Téhéran a annoncé lundi que ses réserves d’uranium faiblement enrichi passeraient à partir du 27 juin au-dessus de la limite prévue par l’accord nucléaire de 2015

Fruit d’intenses efforts diplomatiques entre l’Iran et le Groupe des Six (Allemagne, Chine, Etats-Unis, France, Royaume-Uni, Russie), l’accord vise à limiter drastiquement le programme nucléaire de Téhéran en échange d’une levée des sanctions économiques. Mais le rétablissement des sanctions américaines prive l’Iran des bénéfices qu’il attendait de ce pacte.

Pris à la gorge par les sanctions, qui ont fait fuir les investisseurs étrangers revenus en Iran à partir de 2016, l’Iran a annoncé le 8 mai qu’il s’affranchissait de deux engagements pris aux termes de l’accord, notamment celui limitant à 300 kg ses réserves d’uranium enrichi.

Téhéran menace aussi de s’affranchir progressivement du reste de ses obligations en matière nucléaire, à partir de début juillet, si d’ici là les Etats restant parties à l’accord de Vienne ne l’aident pas à briser les effets dévastateurs des sanctions. 

Jusqu’ici, l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) a certifié que l’Iran agissait en conformité avec ses engagements.

Le monde entier « loue » la loyauté de l’Iran, a assuré  le président iranien Hassan Rohani. « L’Iran est resté fidèle à sa signature », a-t-il souligné, en accusant les Etats-Unis de « fouler au pied » le droit international.

Mais après l’annonce iranienne sur ses stocks d’uranium enrichi à 3,67% (un niveau très en-deçà des 90% permettant d’envisager la fabrication d’une bombe atomique), les Etats-Unis ont appelé le monde « à ne pas céder au chantage nucléaire de l’Iran ».