Nucléaire: Moon dément toute « impasse » dans les discussions avec Pyongyang

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Le président américain Donald Trump et son homologue sud-coréen Moon Jae-in, à New York le 24 septembre 2018. (AFP)
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Non, les négociations sur le nucléaire entre Washington et Pyongyang ne sont pas dans une « impasse »: c’est le message qu’a martelé mercredi le président sud-coréen Moon Jae-in, tout en appelant à la patience après 70 années de « défiance ».

Dans des réponses écrites à plusieurs médias, M. Moon, qui avait joué un rôle crucial l’an dernier dans le rapprochement entre le président américain Donald Trump et le dirigeant nord-coréen Kim Jong Un, a également exhorté Pyongyang à reprendre le dialogue pour témoigner de sa volonté d’aller vers la dénucléarisation.

Le président sud-coréen, qui doit recevoir ce week-end son homologue américain après le sommet du G20, multiplie les efforts pour relancer un processus de négociations qui semble au point mort depuis le fiasco, en février à Hanoï, du second sommet entre MM. Kim et Trump.

Les deux camps n’étaient pas parvenus à un accord sur l’allègement des sanctions internationales pesant sur la Corée du Nord, et sur les mesures que Pyongyang devrait prendre en échange.

La Corée du Nord a depuis lors ignoré les appels à de nouvelles discussions, ne maintenant que des contacts minimums avec le Sud.

« Il n’y a pas de raison de voir la situation actuelle comme le signe d’un processus de paix dans l’impasse, juste parce que le rythme est demeuré lent », a expliqué M. Moon.

« Océan de défiance »

La volonté de MM. Trump et Kim de dialoguer n’a « jamais disparu », a-t-il affirmé, en invoquant notamment le récent échange de lettres entre les deux dirigeants.

Dimanche, l’agence officielle nord-coréenne KCNA a affirmé que M. Kim avait reçu de M. Trump une missive au contenu « excellent ».

Quelques jours plus tôt, ce dernier avait indiqué avoir reçu une lettre « magnifique » et « très chaleureuse » de Kim Jong Un, ajoutant qu’il continuait à faire confiance au Nord-Coréen malgré l’absence de progrès tangibles sur la dénucléarisation.

Le président américain a récemment affirmé qu’il n’y avait pas d’urgence à la tenue d’un troisième sommet. Mais M. Moon a affirmé que celui-ci faisait l’objet de « discussions en coulisses » entre Washington et Pyongyang.

En dépit de cette correspondance médiatisée, des responsables américains disent en privé que le Nord n’a pas répondu à la proposition américaine de discussions de travail. Et le ministre sud-coréen de l’Unification a récemment admis que le processus était au point mort.

Le président sud-coréen a appelé à la patience, en raison de décennies d’hostilité entre Washington et Pyongyang. 

« Les relations hostiles ont duré plus de 70 ans », a-t-il dit. « Il serait difficile de traverser d’un coup un océan de défiance. »

« Passivité »

Les deux camps se sont imputé la responsabilité de l’échec du sommet de Hanoï

Washington a affirmé que Pyongyang demandait la levée de toutes les sanctions en échange d’un désarmement partiel. Le Nord a soutenu de son côté qu’il ne demandait la levée que de certaines sanctions contre le démantèlement de toutes les installations nucléaires de son complexe de Yongbyon.

Depuis lors, Pyongyang a accusé Washington de « mauvaise foi » et lui a donné jusqu’à la fin de l’année pour changer de stratégie.

Le Nord s’en est notamment pris plusieurs fois au chef de la diplomatie américaine Mike Pompeo, demandant sa mise à l’écart des discussions au motif qu’il contribuerait à une « mauvaise » atmosphère.

Un porte-parole du ministère nord-coréen des Affaires étrangères a encore vu mercredi « une manifestation de l’hostilité la plus extrême » dans de récents propos de M. Pompeo.

La Corée du Nord avait fait monter la tension d’un cran le mois dernier en lançant des missiles à courte portée, premiers tirs depuis novembre 2017.

Mais M. Moon a estimé que ces lancements n’avaient pas provoqué de « hausse soudaine des tensions » ni entraîné « l’effondrement du dialogue sur la dénucléarisation ».

Le président sud-coréen a cependant exhorté son voisin du Nord à revenir à la table des négociations « au plus vite ».