Trois mois après la chute du « califat », l’EI continue de sévir en Syrie

511
Des agricultures se battent contre un incident dans un champ de la région de Hassaké, dans le nord-est de la Syrie, le 10 juin 2019. (AFP)
Temps de lecture estimé : 3 minutes

Le groupe Etat islamique (EI) a perdu son « califat » il y a trois mois mais des jihadistes continuent de perpétrer des attaques meurtrières et de semer le trouble dans plusieurs régions de Syrie, soulignent des experts.

Les Forces démocratiques syriennes (FDS) soutenues par la coalition internationale dirigée par Washington ont annoncé le 23 mars avoir éradiqué l’EI en Syrie, au terme d’une offensive de plusieurs mois contre son ultime bastion dans l’est du pays.

La reconquête par les FDS du village de Baghouz a marqué la fin du « califat » autoproclamé par l’organisation ultraradicale sur de vastes territoires à cheval entre la Syrie et l’Irak voisin.

Mais, tandis que les forces kurdes traquent les cellules dormantes du groupe dans le nord-est syrien, l’EI continue de lancer des attaques dans le pays en guerre.

L’EI « n’a jamais cessé de constituer une menace dans le nord et l’est de la Syrie », déclare à l’AFP Nicolas Heras, chercheur du Center for New American Security.

Ces trois derniers mois, il a revendiqué plusieurs opérations dans les zones reconquises par les FDS, notamment des assassinats ciblés ainsi que des incendies dévastateurs dans des champs de blé.

Le 1er juin, selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH), un attentat à la voiture piégée a coûté la vie à dix civils et sept combattants des FDS à Raqa, qui fut la capitale de facto du « califat ».

« Cœurs et esprits »

Le 9 avril, un autre attentat suicide, toujours à Raqa, avait fait 13 morts, principalement des civils.

« L’EI est engagé dans une lutte acharnée avec les Etats-Unis et les FDS pour gagner les cœurs et les esprits de la population arabe locale », avance M. Heras.

Un élément-clé, d’autant que les FDS sont dominées par des combattants kurdes alors que les zones reconquises sont majoritairement arabes.

Selon l’expert, des tactiques telles que les incendies et les assassinats rendent difficile la tâche de la reconstruction, et l’avènement d’un nouvel ordre. Elles visent à persuader les habitants qu’il n’existe aucune alternative viable à l’EI, ajoute-t-il.

Ailleurs dans le pays, les jihadistes demeurent aussi un casse-tête pour les autorités en place.

Dans le vaste désert syrien, des embuscades et attaques récurrentes visent des forces du régime. 

Selon l’OSDH, plus de 150 combattants loyalistes ont été tués en trois mois. 

Les jihadistes sont également présents à Idleb (nord-ouest), où se trouve le dernier fief rebelle et jihadiste échappant au contrôle de Damas.

Et, sur internet, la machine de propagande de l’EI est toujours active, relayant notamment les actes perpétrés à l’étranger.

« Ce qui compte le plus, maintenant, c’est de convaincre les gens qu’ils sont là » pour longtemps, souligne l’analyste Hassan Hassan. 

Ils veulent persuader « les recrues potentielles qu’ils ont un projet à long terme qui dépasse le simple territoire ». 

Les attentats au Sri Lanka, qui ont fait 258 morts le 21 avril, suivis de la réapparition pour la première fois en cinq ans du chef de l’EI Abou Bakr al-Baghdadi dans une vidéo le 29 avril, s’inscrivent dans le cadre de cette stratégie, d’après M. Hassan.

« Renouer avec la normalité »

La coalition anti-EI reconnait la persistance du danger.

« Le soi-disant califat physique est vaincu, mais Daech en tant qu’organisation ne l’est pas », dit le porte-parole de la coalition, Scott Rawlinson, utilisant un acronyme arabe de l’EI.

La semaine dernière, les FDS ont annoncé avoir arrêté plusieurs membres de l’organisation dans le cadre de deux opérations conjointes, à Deir Ezzor et Hassaké (nord-est).

La coalition internationale contribue aussi aux travaux de déminage et à la création de conseils militaires dans les villes reprises aux jihadistes.

Après Tal Abyad, Kobané et Tabqa, dans le nord syrien, c’était au tour de Raqa de se doter la semaine dernière de son conseil militaire.

Objectif: « assurer la stabilité et renouer avec la normalité », explique M. Rawlinson à l’AFP.

« Ces initiatives (…) sont importantes pour garantir la défaite durable de Daech », relève-t-il.

Selon Hassan Hassan, la coalition et ses alliés vont toutefois redoubler d’efforts.

« La crainte, c’est qu’avec le temps, l’EI soit capable de se réorganiser et que la coalition perde l’opportunité de changer profondément les choses, notamment en matière de gouvernance, note-t-il.

Selon l’expert, il est capital d’inclure dans la gestion des affaires courantes des membres des communautés arabes locales dotés d’une réelle influence.

La population « doit être associée au processus, dans la sécurité et la politique, et gérer ses propres zones sans avoir le sentiment d’être gouvernée » de l’extérieur.