Mali: une centaine de morts dans un nouveau « carnage », le gouvernement appelé à agir

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Des soldats français dressent un camp au Mali le 26 mars 2019 sur la route Gossi-Hombori, dans la région de Gourma. (Archives/AFP)
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Une centaine de morts, des maisons incendiées, des animaux abattus: une attaque a ravagé un village dogon du centre du Mali, ensanglanté par un cycle d’atrocités entre communautés de plus en plus antagonistes, pour lequel l’ONU a appelé lundi à un « sursaut national ».

Cette attaque, dans la nuit de dimanche à lundi, contre un village de la zone de Bandiagara, à l’est de Mopti, fait suite au massacre le 23 mars de quelque 160 Peuls attribuée à des chasseurs dogons dans cette région, proche de la frontière avec le Burkina Faso, devenue la plus violente du pays.

Depuis l’apparition en 2015 dans le centre du groupe jihadiste du prédicateur Amadou Koufa, recrutant prioritairement parmi les Peuls, traditionnellement éleveurs, les affrontements se multiplient entre cette communauté et les ethnies bambara et dogon, pratiquant essentiellement l’agriculture, qui ont créé leurs « groupes d’autodéfense ».

« Des hommes armés, soupçonnés d’être des terroristes, ont lancé un assaut meurtrier contre le paisible village de Sobame Da », également connu sous le nom de Sobane-Kou, a indiqué le gouvernement.

Le bilan provisoire « fait état de 95 morts et de 19 portés disparus, plusieurs animaux abattus et des maisons incendiées », précise le gouvernement, dénonçant un « carnage ».

« C’est un village dogon qui a été quasiment rasé », a confié une source de sécurité malienne sur place. Un élu local a évoqué des « corps calcinés ».

« Ni méchants ni gentils »

Selon un rescapé, Amadou Togo, les assaillants étaient « une cinquantaine d’hommes lourdement armés, venus à bord de motos et de pick-up », qui ont « d’abord encerclé le hameau avant de lancer l’assaut ».

« Certains ont été égorgés et éventrés, des greniers et du bétail ont été brûlés. Personne n’a été épargné: femmes, enfants et vieilles personnes », a-t-il raconté à l’AFP, évoquant, outre les 95 morts, 38 blessés et une vingtaine de portés disparus.

Le chef de la Mission de l’ONU au Mali (Minusma), Mahamat Saleh Annadif, a condamné cet « acte d’une barbarie inqualifiable ».

Ce drame rappelle « que dans cette spirale de la violence, il n’y a pas les méchants d’un côté et les gentils de l’autre. Tout le monde est responsable. Le seuil de l’intolérable est atteint et le temps d’un sursaut national s’impose », a-t-il ajouté.

Le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, a également condamné l’attaque, appelant les protagonistes à la « retenue » et à « s’abstenir de représailles ». Il « exhorte le gouvernement et tous les acteurs à engager un dialogue intercommunautaire pour résoudre les tensions et les différends ».

L’association de chasseurs dogons Dan Nan Ambassagou, officiellement dissoute par le gouvernement le 24 mars, au lendemain du massacre d’Ogossagou, a condamné un « acte terroriste et génocidaire intolérable », indiquant qu’elle « considère cette attaque comme une déclaration de guerre ».

Le groupe, qui avait démenti toute implication dans la tuerie d’Ogossagou mais rejeté sa dissolution et refusé de « déposer les armes », réitère « sa disponibilité » aux populations pour « assurer davantage leur sécurité » face aux carences de l’Etat et de la communauté internationale.

Stigmatisation des Peuls

Dans un rapport publié la semaine dernière sur une attaque de chasseurs dogons présumés le 1er janvier, la Minusma et le Haut-commissariat des Nations unies aux droits de l’Homme (HCDH) avaient souligné l’exacerbation des tensions dans la région depuis deux ans.

« En l’absence des Forces de défense et de sécurité maliennes (FDSM), des soi-disant groupes d’autodéfense et autres milices se sont formées sur base communautaire », face aux Peuls, souvent assimilés aux groupes extrémistes, selon ce rapport sur l’attaque qui fait état d’un bilan définitif de 39 Peuls tués dans cette attaque contre le village de Koulogon.

Dans son dernier rapport sur le Mali, en vue de l’examen par le Conseil de sécurité le 27 juin du renouvellement du mandat de la Minusma, le secrétaire général de l’ONU avait mis en garde contre de nouvelles « atrocités » dans le centre du Mali.

Réagissant à la nouvelle attaque lundi, Amnesty International a appelé à « mettre la protection des civils au coeur des discussions » du Conseil.

Le nord du Mali était tombé en mars-avril 2012 sous la coupe de groupes jihadistes, en grande partie dispersés par une intervention militaire lancée en janvier 2013 à l’initiative de la France, qui se poursuit.

Mais des zones entières échappent au contrôle des forces maliennes, françaises et de l’ONU, malgré la signature en 2015 d’un accord de paix censé isoler définitivement les jihadistes, dont l’application accumule les retards.