Conflit en Libye: Washington rejette une condamnation à l’ONU

Des services de secours alignent des cadavres retirés des décombres du centre de détention pour migrants de Tajoura, cible d'un raid aérien nocturne, à l'est de la capitale libyenne Tripoli, le 3 juillet 2019. (AFP)
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Les États-Unis ont empêché mercredi l’adoption par le Conseil de sécurité de l’ONU d’une condamnation unanime sur l’attaque meurtrière la veille en Libye d’un camp de détention de migrants, au terme de plus de deux heures de réunion, selon des diplomates.

Aucune explication n’a pu être obtenue dans l’immédiat auprès de la mission américaine sur les raisons du blocage par les États-Unis de ce projet de texte proposé par le Royaume-Uni, qui appelait aussi à un cessez-le-feu et au retour à un processus politique.

Selon une source diplomatique européenne, aucune instruction n’est venue de Washington pour un feu vert définitif à la publication de la déclaration.

Pendant la réunion convoquée en urgence à la demande du Pérou, président en exercice du Conseil de sécurité en juillet, tous les participants avaient cependant condamné oralement l’attaque, selon un diplomate s’exprimant sous couvert d’anonymat. Tous avaient aussi souligné la nécessité d’un cessez-le-feu et d’un retour à un dialogue politique, a-t-il ajouté.

Sans accuser une partie ou une autre, le projet de texte britannique reprenait l’ensemble de ces éléments et soulignait aussi la profonde préoccupation du Conseil devant l’aggravation de la situation humanitaire en Libye, en réclamant également aux États membres de l’ONU un plein respect de l’embargo sur les armes décrété en 2011.

En début de réunion, un responsable de l’ONU avait exhorté le Conseil de sécurité à adopter une «position forte pour la paix et la fin de la violence», à défaut de quoi le bilan des victimes civiles continuera à s’accroître en Libye, a rapporté une source onusienne.

Ce n’est pas la première fois que le Conseil se révèle dans l’incapacité de prendre une position commune depuis l’offensive début avril du maréchal Khalifa Haftar pour conquérir Tripoli, où siège le Gouvernement d’union nationale (GNA) de Fayez al-Sarraj.

Soutien américain à Haftar

Dans cette photo prise le 7 mai 2018, le maréchal libyen Khalifa Haftar fait un salut militaire lors d’un défilé militaire à Benghazi, dans l’est de la Libye. (AFP)

Depuis la mi-avril et un appel téléphonique entre le président américain Donald Trump et Khalifa Haftar, un projet britannique de résolution réclamant un cessez-le-feu est resté lettre morte sur la table du Conseil de sécurité.

Selon des diplomates, «les États-Unis ne veulent pas de résolution» qui critiquerait l’offensive du maréchal Haftar. En avril, l’émissaire de l’ONU pour la Libye, Ghassan Salamé, avait vivement dénoncé l’incapacité de la communauté internationale à adopter une position commune sur la Libye.

Le maréchal Haftar est notamment soutenu par l’Égypte et les Émirats Arabes Unis tandis que le GNA bénéficie de l’appui de la Turquie.

Selon une source onusienne, lors d’une rencontre les 22 et 23 juin, Ghassan Salamé n’a pas réussi à faire endosser au maréchal Haftar l’idée d’un cessez-le-feu. Ce dernier s’est borné à accepter d’étudier de petites mesures de confiance à conclure avec son adversaire, selon la même source.

D’après l’ONU, les centres de détention libyens comptent 5700 réfugiés et migrants, dont 3800 sont en position de vulnérabilité face à des combats.

En 2019, plus de 3000 réfugiés et migrants interceptés en mer ont été reconduits en Libye alors que personne ne peut affirmer qu’il s’agit d’un «pays sûr» pour leur sécurité, a par ailleurs fait valoir aux membres du Conseil de sécurité un responsable de l’ONU, en critiquant implicitement ces retours forcés.