Nucléaire: Russie et Iran ironisent sur une initiative américaine

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«Il est tristement ironique que cette réunion ait été organisée à la demande des États-Unis, le régime à l'origine de la situation actuelle», a jugé l'ambassadeur Kazem Gharib Abadi. (AFP)
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La Russie et l’Iran ont ironisé mercredi devant l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) sur la volonté des États-Unis de voir Téhéran respecter l’accord nucléaire de 2015, alors même que Washington a dénoncé unilatéralement celui-ci l’an passé.

Convoquée à la demande des États-Unis après la violation par l’Iran de certains de ses engagement, une réunion extraordinaire des gouverneurs de l’agence onusienne à Vienne a permis aux États européens parties à ce texte de rappeler leur volonté de voir Téhéran respecter à la lettre ses obligations.

«Notre soutien repose sur le fait que l’Iran respecte intégralement ses engagements», ont rappelé le Royaume-Uni, la France et l’Allemagne dans une déclaration commune, l’ambassadrice américaine, Jackie Wolcott, accusant de son côté Téhéran de se livrer à une tentative d’«extorsion nucléaire».

Conclu en juillet 2015 par les Européens, les États-Unis, la Russie et la Chine, l’accord est destiné à garantir le caractère strictement pacifique du programme nucléaire iranien en échange d’une levée des sanctions frappant ce pays.

Le président Donald Trump a toutefois annoncé le retrait américain du texte en mai 2018 et le rétablissement de sanctions affectant notamment la vente de pétrole iranien. L’Iran a en réponse dépassé ce mois-ci le plafond autorisé de ses stocks d’uranium faiblement enrichi et celui de son degré d’enrichissement.

«Il est tristement ironique que cette réunion ait été organisée à la demande des États-Unis, le régime à l’origine de la situation actuelle», a jugé mercredi l’ambassadeur d’Iran auprès de l’AIEA, Kazem Gharib Abadi.

Une «bizarrerie» également relevée par le représentant russe, Mikhaïl Oulianov, selon qui, après l’avoir jugé «horrible», Washington démontre aujourd’hui qu’il est «conscient de l’importance» de l’accord.

«Nous appelons tous les membres du conseil (des gouverneurs) à condamner fermement cette politique américaine destructive», a-t-il ajouté, estimant qu’«en premier lieu, les États-Unis doivent abandonner leurs tentatives d’imposer un embargo pétrolier à Téhéran».

La réunion s’est achevée sans dépôt de motion ni déclaration finale, selon des diplomates.

L’AIEA avait attesté le 1er juillet que l’Iran avait dépassé le plafond autorisé de 300 kg d’uranium faiblement enrichi, et le 8 juillet qu’il avait enrichi au-delà du maximum autorisé de 3,67%.

Selon une source diplomatique à Vienne mercredi, l’AIEA a indiqué à ses pays membres avoir constaté un niveau d’enrichissement de «4,53%», conforme aux affirmations de Téhéran. Ce niveau reste éloigné des 90% nécessaires à un usage militaire, selon les experts.