Yémen: les Emirats réduisent leurs troupes en évoquant une logique de « paix »

Photo d'archives de soldats émiratis, engagés dans des opérations de la coalition arabe contre les rebelles au Yémen, sur la base aérienne d'Al-Anad, dans la province yéménite de Lahj (sud), le 4 octobre 2015. (AFP)
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Les Emirats arabes unis ont annoncé lundi une réduction de leurs troupes au Yémen,  affirmant que cela doit leur permettre de passer d’une « stratégie » prioritairement « militaire » à une logique de « paix » dans ce pays dévasté par la guerre.

Abou Dhabi et Ryad sont les piliers d’une coalition militaire qui soutient depuis mars 2015 les forces gouvernementales dans la guerre contre les rebelles Houthis, soutenus par l’Iran.

Plus de quatre ans après cette intervention étrangère, les Houthis contrôlent toujours de vastes zones de l’ouest et du nord du pays, dont la capitale Sanaa, aucun des deux camps ne prenant le dessus sur l’autre.

Ce conflit a fait des dizaines de milliers de morts, dont de nombreux civils, selon diverses ONG, et provoqué la pire catastrophe humanitaire au monde, d’après l’ONU. Les images d’enfants morts ou malnutris ont fini par faire réagir en Europe mais aussi aux Etats-Unis, où l’idée que les armes vendues à la coalition soient utilisées contre les civils a choqué les esprits.

La conclusion en décembre 2018, sous l’égide de l’ONU en Suède, d’un accord sur une trêve dans la ville portuaire de Hodeida (ouest), principal point d’entrée de l’aide humanitaire internationale, a fait naître un espoir, mais l’accord n’a été que très partiellement appliqué.

Raisons « stratégiques et tactiques »

« Nous avons un certain nombre de troupes qui sont réduites pour des raisons stratégiques à Hodeida et pour des raisons tactiques » dans d’autres parties du Yémen, a déclaré lundi à des journalistes un haut responsable émirati sous couvert de l’anonymat.

« Cela a à voir essentiellement avec le fait de passer d’une stratégie militaire prioritaire à une stratégie de paix prioritaire », a-t-il ajouté.

Le responsable émirati a cependant réitéré l’engagement de son pays auprès du gouvernement yéménite et de son partenaire saoudien pour combattre les Houthis.

« Ce n’est pas vraiment une décision de dernière minute. Cela fait partie d’un processus, et bien entendu d’un processus au sein de la coalition qui a fait l’objet d’amples discussions avec nos partenaires », a-t-il souligné.

Interrogé à Ryad, le porte-parole de la coalition, Turki al-Maliki, a assuré que les Emirats et leurs alliés étaient déterminés à « poursuivre leurs opérations et parvenir à leurs objectifs stratégiques » au Yémen.

Les forces émiraties ont « totalement évacué » la base militaire de Khokha, à environ 130 km au sud du port stratégique de Hodeida, toujours aux mains des Houthis, a indiqué pour sa part lundi à l’AFP un responsable gouvernemental yéménite.

Mais elles poursuivent leurs opérations militaires le long de la côte occidentale du Yémen avec la coalition et les forces gouvernementales yéménites, a ajouté ce responsable qui a souhaité rester anonyme.

L’armée émiratie a également quitté un poste militaire à Sarwah, dans la province de Marib, à l’est de Sanaa, et retiré ses batteries antimissile Patriot de la région, selon la même source yéménite.

Ce responsable a précisé que les Emirats avaient formé des dizaines de milliers de Yéménites, principalement pour combattre les jihadistes d’Al-Qaïda dans la Péninsule arabique (Aqpa) et du groupe Etat islamique (EI) dans les provinces yéménites du sud.

« Critiques croissantes »

« Avec le retrait, les Emirats peuvent rendre plus visibles leurs différences avec l’Arabie saoudite mais ils ne mettront pas en danger leur alliance avec le royaume », juge James Dorsey, spécialiste du Moyen-Orient.

« Cela traduit davantage l’inquiétude de longue date des Emirats quant à sa position internationale sur fond de critiques croissantes sur le nombre de civils tués » au Yémen, selon lui.

La déclaration émiratie survient dans un contexte de tensions dans le Golfe sur l’Iran, mais aussi quelques jours après qu’un sénateur démocrate américain a prévenu que Washington pourrait suspendre ses ventes d’armes à Abou Dhabi s’il s’avérait que cet allié a transféré des missiles américains à des rebelles en Libye.

Ces transferts présumés « sont particulièrement inquiétants », a dit Robert Menendez, numéro deux de la commission des Affaires étrangères du Sénat, car ils seraient survenus peu après le feu vert donné par la Maison Blanche –en contournant le Congrès– à plus de huit milliards de dollars de ventes d’armes à Ryad et aux Emirats.

Ces ventes ont indigné des parlementaires américains qui craignent que les armes soient employées contre les civils yéménites.