Golfe : Washington a bien du mal à mettre sur pied une coalition

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La frégate britannique HMS Montrose, photo diffusée le 11 juillet 2019. (AFP)
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Washington a bien du mal à mettre sur pied une coalition internationale dans le Golfe pour protéger les navires marchands empruntant le détroit d’Ormuz, les alliés des Etats-Unis craignant de se laisser entraîner dans un conflit avec l’Iran.

Alors que les tensions ne cessent de monter dans le Golfe depuis le retrait américain, en mai 2018, de l’accord sur le nucléaire iranien, suivi du rétablissement par Washington de lourdes sanctions contre l’Iran, les Occidentaux ont jusqu’ici décliné la suggestion américaine de déployer des moyens militaires supplémentaires pour escorter leurs navires dans cette région.

Dernier allié en date à exprimer des doutes, l’Australie a indiqué dimanche « réfléchir sérieusement » à la requête « complexe » des Etats-Unis, mais n’avoir pris aucune décision.

« Nous sommes profondément préoccupés par la hausse des tensions dans la région et nous condamnons fermement les attaques contre le commerce maritime dans le golfe d’Oman », a déclaré la ministre australienne de la Défense Linda Reynolds.

Mais « en fin de compte, nous ferons, comme toujours, ce qui est dans notre intérêt national », a-t-elle ajouté au cours d’une conférence de presse à l’issue d’une rencontre à Sydney avec le chef de la diplomatie américaine Mike Pompeo et le nouveau chef du Pentagone Mark Esper.

Les Etats-Unis ont lancé l’idée d’une coalition en juin, après des attaques contre plusieurs navires dans la région du Golfe imputées par les Etats-Unis à l’Iran qui a démenti. L’idée était que chaque pays y escorte militairement ses navires marchands avec le soutien de l’armée américaine, qui assurerait la surveillance aérienne de la zone et le commandement des opérations.

Les Européens ont décliné l’offre, ne voulant pas s’associer à la politique de « pression maximale » sur l’Iran du président américain Donald Trump, car ils cherchent à préserver l’accord nucléaire iranien.

Pompeo agacé

Questionné sur ce manque d’enthousiasme, M. Pompeo, qui est l’un des artisans de la politique iranienne des Etats-Unis, est apparu agacé.

« Il ne faut pas croire ce qui est rapporté dans la presse. Il y a beaucoup de conversations en cours, avec tous les pays, comme avec l’Australie. Ils prennent tous cette demande très au sérieux », a-t-il assuré. « Je suis convaincu que nous aurons une coalition mondiale ».

Le ministre américain de la Défense, qui a promis des annonces « dans les jours qui viennent », s’est montré conciliant, reconnaissant que les réponses des alliés ont été « variées ». 

« L’objectif reste le même, que ce soit une opération menée sous le commandement des Etats-Unis ou menée par quelqu’un d’autre, un partenariat européen », a dit M. Esper, laissant entendre que Washington pourrait abandonner l’idée de commander l’opération. « Les deux atteignent le même but: une unité d’efforts destinés à assurer la liberté de navigation ».

Paris, Londres et Berlin prévoient de « coordonner » leurs moyens et de « partager (leurs) informations » dans le Golfe pour y renforcer la sécurité maritime, mais sans pour autant y déployer des moyens militaires supplémentaires, selon la ministre française des Armées Florence Parly.

« Nous travaillons à nous organiser entre Européens, mais une chose est sûre: notre comportement ne devra avoir qu’un seul objectif, faire baisser les tensions actuelles et défendre nos intérêts », a-t-elle souligné.

L’Allemagne a clairement pris ses distances avec l’idée d’une mission de protection dans le détroit d’Ormuz, estimant qu’elle est vouée à compliquer les efforts européens en vue d’un règlement diplomatique avec l’Iran.

« La priorité doit être à notre avis les efforts diplomatiques et la désescalade » de la crise des pétroliers entre Téhéran et Londres, a déclaré la semaine dernière une porte-parole du gouvernement, Ulrike Demmer. »Le gouvernement allemand est réticent face à la proposition concrète des Etats-Unis et c’est pourquoi elle n’a pas proposé d’y participer », a-t-elle précisé, car « l’approche globale de notre politique vis-à-vis de l’Iran diffère nettement de l’approche actuelle des Etats-Unis ».

Après la saisie d’un pétrolier britannique par l’Iran en juillet, Londres a décidé d’escorter les navires civils battant pavillon britannique dans le détroit d’Ormuz, et a envoyé un deuxième navire de guerre dans la région.