Le Cachemire indien sous chape de plomb pour éviter un soulèvement

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Des forces de sécurité à un point de contrôle sur une route de Jammu, le 7 août 2019 en Inde. (AFP)
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Le Cachemire indien connaissait mercredi son troisième jour de black-out total imposé par les autorités indiennes, qui veulent éviter un embrasement après la révocation explosive de l’autonomie de cette région troublée où au moins un manifestant est mort ces derniers jours.


Mise à jour 08/08/2019

Le Pakistan a écarté jeudi le recours à la force face à l’Inde, qui a révoqué lundi l’autonomie constitutionnelle de la partie du Cachemire qu’elle contrôle et qu’Islamabad revendique.

Déjà annoncée par le Premier ministre Imran Khan, la volonté du Pakistan de saisir le Conseil de sécurité de l’ONU a été confirmée par M. Qureshi, qui a dénoncé une décision « moralement incorrecte » prise par New Delhi.


« Nous savons que le Cachemire bout, il va exploser violemment mais nous ne savons pas quand. Je ne sais pas comment le confinement peut être levé sans voir des manifestations violentes », a déclaré à l’AFP un responsable sécuritaire dans la vallée de Srinagar.

Après des préparatifs dans le plus grand secret, le gouvernement nationaliste hindou du Premier ministre Narendra Modi a révoqué lundi l’autonomie constitutionnelle du Jammu-et-Cachemire (nord) et fait voter sa dislocation par le Parlement indien, au risque d’embraser cette région en proie à une insurrection séparatiste depuis trente ans.

La région himalayenne, que le Pakistan revendique également, est sous une chape de plomb depuis dimanche soir et totalement coupée du monde, tous les moyens de communication étant bloqués. Malgré le lourd déploiement sécuritaire et des interdictions de déplacement et rassemblement, des habitants de la grande ville de Srinagar ont fait état de manifestations sporadiques.

Un responsable de la police s’exprimant sous condition d’anonymat a déclaré à l’AFP qu’un jeune protestataire poursuivi par la police « a sauté dans la rivière Jhelum et est mort ». Les faits sont survenus mardi dans la vieille ville de Srinagar, un bastion de la contestation contre l’Inde que de nombreux habitants du Cachemire, zone à majorité musulmane, perçoivent comme une force d’occupation.

Plus de 100 personnes, dont des responsables politiques locaux, ont été arrêtées ces derniers jours, a rapporté l’agence Press Trust of India en citant des officiels. Selon ces derniers, les seules perturbations sont « de rares incidents de jets de pierres ».

Des manifestations sur place ont fait au moins six blessés, selon des informations fragmentaires obtenues par l’AFP. Un hôpital de la ville de Srinagar a reçu six personnes présentant des blessures par balles ou d’armes non létales, a indiqué un responsable médical de l’établissement.

« En cage »

Un silence irréel plane sur Srinagar ces derniers jours, les rues désertes présentant l’aspect d’une ville fantôme. Toutes les boutiques sont fermées. Des soldats armés tiennent des barrages de barbelés. Seuls les pigeons et les chiens errants se déplacent librement. 

Les journalistes sur place sont contraints de rester à l’intérieur du quartier où ils se trouvent, les autorités ne donnant pas de laissez-passer pour franchir les nombreux barrages militaires. « Ce blocage est vraiment sans précédent », a témoigné un photographe couvrant la région depuis plus de 30 ans et qui n’a pas souhaité être nommé.

Des riverains et jeunes à scooter tournaient en rond dans leur rue pour tuer l’ennui. « Pendant des jours, (les autorités) nous ont menti en faisant état de menaces terroristes mais le point positif est que tout le monde avait fait des stocks de denrées essentielles avant que nous ne soyons mis en cage », a déclaré à l’AFP un promeneur.

En raison du black-out et des restrictions, il était presque impossible d’avoir une vision d’ensemble de la situation à travers le Cachemire.

« Nous n’arrivons pas à rassembler suffisamment de détails de la plupart des zones de la vallée du Cachemire », a indiqué le responsable sécuritaire, ajoutant que les téléphones satellitaires donnés à près de 300 responsables de l’administration et de la police fonctionnaient à peine. « C’est comme si une calamité naturelle invisible nous avait frappés. »

Le Pakistan expulse l’ambassadeur indien, suspend le commerce bilatéral

Le ministre pakistanais des Affaires étrangères Shah Mehmood Qureshi (D) participe à une conférence de presse, le 7 avril 2019 à Multan, dans le centre du Pakistan. (AFP)

Par ailleurs, le Pakistan a annoncé mercredi qu’il expulsait l’ambassadeur indien à Islamabad et suspendait le commerce bilatéral avec l’Inde, deux jours après la révocation par New Delhi de l’autonomie constitutionnelle de la partie du Cachemire qu’elle contrôle et que le Pakistan revendique.

« Nous allons rappeler notre ambassadeur à Delhi et renvoyer le leur », a affirmé le ministre des Affaires étrangères Shah Mehmood Qureshi à la télévision pakistanaise ARY news.

Le gouvernement a également annoncé dans un communiqué qu’il abaissait le niveau des relations diplomatiques avec l’Inde et suspendait le commerce bilatéral. 

Ces décisions ont été annoncées après une nouvelle réunion du comité de sécurité nationale, à laquelle ont participé les principaux ministres et généraux pakistanais.

Le gouvernement indien a annoncé lundi la révocation de l’autonomie constitutionnelle du Cachemire, une décision explosive qui vise à placer sous une tutelle plus directe de New Delhi cette région rebelle revendiquée par le Pakistan.

L’Etat du Jammu-et-Cachemire (Nord) bénéficiait jusqu’alors d’un statut spécial garanti par la Constitution indienne. Il permettait à cette région de légiférer sur tous les sujets à l’exception de la défense, des Affaires étrangères et des communications.

Le Pakistan, qui revendique le Jammu-et-Cachemire depuis la partition avec l’Inde en 1947, au terme de la colonisation britannique, avait qualifié lundi cette décision d' »illégale ».

Le Pakistan veut porter la question du Cachemire devant les instances internationales, avait annoncé mardi son Premier ministre Imran Khan, se disant prêt à aller devant le Conseil de sécurité de l’ONU et la Cour pénale internationale.

La décision pourrait exacerber la rébellion sanglante au Cachemire indien, qui a coûté la vie à plus de 70.000 personnes, principalement des civils, depuis 1989.

En prévision de possibles troubles, les autorités indiennes ont déployé ces dix derniers jours plus de 80.000 paramilitaires supplémentaires dans cette zone déjà hautement militarisée.