Renouvellement de la flotte de CF-18: Airbus jette l’éponge

L'Eurofighter Typhoon du Consortium Eurofighter réunissant la Grande-Bretagne, l'Allemagne, l'Italie et l'Espagne (Eurofighter)
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Airbus, l’une des quatre entreprises qui devaient soumissionner sur le contrat de 19 milliards portant sur la construction des 88 nouveaux avions de chasse destinés à remplacer nos « CF-18 » vieillissants, se retire de la course, ouvrant encore davantage la voie à Lockheed Martin et à son F-35.

Airbus a annoncé au gouvernement canadien qu’elle retire l’«Eurofighter Typhoon», conçu par le consortium européen réunissant le Royaume-Uni, l’Allemagne, l’Italie et l’Espagne, de la course pour construire le prochain avion de combat de l’Aviation royale canadienne.

L’avionneur dit avoir décidé de se retirer après avoir examiné les exigences de sécurité de NORAD et son coût pour les entreprises situées, comme lui, à l’extérieur de l’Amérique du Nord.

Il a également déclaré être convaincu que le régime des retombées industrielles, tel que défini dans l’appel d’offres canadien, «ne valorise pas suffisamment les engagements contraignants que Typhoon Canada était prêt à prendre».

Dans une déclaration envoyée à 45eNord.ca, la ministre de l’Approvisionnement Carla Qualtrough dit comprendre «que la participation à ce concours représente un engagement important pour les fournisseurs et nous respectons cette décision commerciale. Nous souhaitons remercier le gouvernement britannique et Airbus Defence and Space pour leur participation et leurs commentaires réfléchis au cours de ce processus».

La ministre rappelle que, dans le cadre du projet de remplacement de la flotte d’avions de chasse CF-18, «de solides résultats économiques sont une priorité […] et nous sommes convaincus que cet investissement soutiendra la croissance de la main-d’œuvre hautement qualifiée du Canada dans les industries de l’aérospatiale et de la défense pour les décennies à venir et créera d’importants avantages économiques et industriels dans l’ensemble du pays».

Pas totalement une surprise

Le géant européen s’était déjà plaint du changement apporté par le gouvernement libéral à l’appel d’offres, qui profiterait selon lui au F-35 de son rival américain Lockheed Martin. Les exigences relatives au nouvel avion de chasse canadien mettent dorénavant l’accent sur l’attaque stratégique (mission consistant à pénétrer en territoire ennemi pour effectuer notamment des frappes aériennes) et la frappe de cibles au sol lors de missions à l’étranger, ce qui favoriseraient le F-35 selon ses concurrents.

En outre, les règles en matière de retombées économiques ne s’appliquent pas au F-35, la participation du Canada à son développement excluant ces règles.

Airbus s’inquiétait déjà également cet été de l’exigence voulant que les fabricants prouvent que leurs appareils pouvaient être reliés en toute sécurité aux très secrets systèmes de renseignement des forces américaines. Les pays impliqués dans l’Eurofighter ne sont pas, à l’exception du Royaume-Uni, membres des «Five Eyes», un réseau de partage de renseignements qui comprend le Canada, les États-Unis, le Royaume-Uni, l’Australie et la Nouvelle-Zélande.

Plus que trois soumissionnaires

L’entreprise européenne devient ainsi la deuxième à retirer son chasseur de l’appel d’offres canadien, après le retrait du «Rafale» de la société française Dassault à l’automne 2018.

Il ne reste plus maintenant dans la course que le «Gripen» du suédois Saab, le «F-35» de Lockheed Martin et le «Super Hornet» de Boeing. Et encore, la présence de l’américain Boeing dans la course n’est pas assurée non plus, le rival de Lockheed Martin ayant également menacé cet été de se retirer de la compétition, estimant lui aussi qu’elle avantageait beaucoup trop Lockheed et son F-35 Lightning II .

L’invitation officielle à soumissionner avait été envoyée le 17 juillet de cette année. Les entreprises participantes ont jusqu’au début de 2020 pour faire leur proposition au gouvernement. L’évaluation se fera entre 2020 et 2021 afin qu’un contrat soit signé au début de 2022. Finalement, la livraison des premiers nouveaux avions de chasse doit intervenir en 2025 au plus tôt, tandis que la flotte de CF-18 sera maintenue en opération jusqu’en 2032.