Syrie, Irak, Liban: la lutte d’Israël contre l’Iran et ses alliés

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Photo fournie par le Hachd al-Chaabi montrant la carcasse d'un véhicule calciné sur le site d'une attaque de drone dans l'ouest de l'Irak à proximité de la frontière syrienne le 25 août 2019
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Frappes israéliennes en Syrie, mais aussi accusations d’attaques au drone au Liban et en Irak: la confrontation indirecte entre Israël et l’Iran, jusque-là limitée au conflit syrien, menace de déborder sur deux autres fronts.

Que s’est-il passé?

L’armée israélienne a annoncé dimanche avoir mené la veille une frappe dans le village syrien d’Aqraba, situé au sud de Damas, afin de prévenir une attaque de drone orchestrée par l’Iran depuis la Syrie, selon elle.

Après ce premier incident, le Hezbollah libanais a accusé Israël d’avoir mené dimanche avant l’aube une attaque au drone contre son bastion au sud de Beyrouth. Le chef de la puissante formation chiite, Hassan Nasrallah, a présenté cette attaque comme « le premier acte d’agression » d’Israël au Liban depuis la guerre qui a opposé les deux camps en 2006.

Puis, dans un troisième incident, le Hachd al-Chaabi, une puissante force paramilitaire irakienne elle aussi favorable à l’Iran, a accusé Israël d’avoir mené une attaque de drones ayant tué l’un de ses combattants en Irak, près de la frontière syrienne.

L’armée israélienne a refusé de commenter les allégations en provenance du Liban et d’Irak.

Qu’est-ce qui a changé?

L’Iran est l’ennemi juré d’Israël, qui craint de voir la République islamique se doter de l’arme nucléaire.

Depuis le début du conflit en Syrie en 2011, l’armée israélienne a mené des centaines de frappes sur le sol syrien contre des cibles qu’elle dit être de l’Iran et du Hezbollah, deux alliés du régime de Bachar al-Assad.

Israël ne reconnaît pas souvent la paternité de ces frappes comme elle l’a fait dimanche.

L’Etat hébreu avait affirmé avoir abattu en février 2018 un drone iranien ayant pénétré son espace aérien. Mais c’est la première fois que l’Etat hébreu accuse l’Iran d’avoir préparé une attaque au drone armé depuis la Syrie.

Sur l’Irak, le quotidien New York Times, citant des responsables américains, a soutenu jeudi qu’Israël avait mené une frappe contre des dépôts d’armes dès juillet. Si ce bombardement et la frappe de drone de dimanche sont confirmés, cela représenterait une claire expansion de la campagne militaire d’Israël contre des alliés de l’Iran dans la région.

Pourquoi l’Irak?

Selon de nombreux analystes israéliens, l’Iran semble avoir transféré certaines de ses activités vers l’Irak afin de se prémunir contre les frappes israéliennes en Syrie. 

« Tout pays qui permet que son territoire serve à des agressions contre Israël devra en subir les conséquences », a prévenu récemment le Premier ministre Benjamin Netanyahu suggérant ainsi que son pays pouvait mener des attaques ailleurs qu’en Syrie.

Pour Yaakov Amidror, du centre d’analyse du Jerusalem Institute for strategy and security, « l’Irak, en tant que pays souverain, doit prendre en considération qu’il est devenu une rampe de lancement pour l’Iran ». 

« Vous ne pouvez pas faire partie de la stratégie de l’Iran, de ses infrastructures et rester hors-jeu. Si vous en faites partie, vous en faites partie », avance-t-il.

Y-a-t-il risque d’escalade? 

Pour Karim Bitar, directeur de recherche à l’Institut de relations internationales et stratégiques (Iris) à Paris, les frappes en Syrie et en Irak ont pu faire l’objet d’une coordination entre Américains et Israéliens, alors que Washington est engagé dans une politique de pression maximale contre l’Iran.

A ce stade, selon Amos Yadlin, un ancien chef du renseignement militaire israélien, le risque de représailles pour Israël est de voir des soldats de l’allié américain pris pour cibles en Irak.

Mais c’est au Liban que la situation paraît la plus dangereuse, souligne Karim Bitar: « Beaucoup de gens semblent jouer avec le feu à un moment des plus sensibles », et « tout autre incident de ce genre pourrait très bien déclencher une confrontation plus large. »

Le chef du Hezbollah a, lui, promis une réaction. « Je dis à l’armée israélienne aux frontières. Dès cette nuit, préparez-vous, et attendez-nous un jour, deux, trois, quatre », a martelé Hassan Nasrallah.

La dernière guerre entre Israël et le mouvement chiite à l’été 2006 a fait, en 33 jours, 1.200 morts côté libanais et 160 côté israélien.

Y-a-t-il des considérations de politique intérieure?  

L’annonce de la frappe en Syrie intervient avant les législatives israéliennes du 17 septembre, lors desquelles le Premier ministre de droite Benjamin Netanyahu, au pouvoir depuis une décennie, remet son mandat en jeu.

Yaakov Amidror, ancien conseiller à la sécurité nationale de M. Netanyahu, écarte l’idée d’une influence du calendrier électoral, arguant que l’armée israélienne ne se laisse généralement pas dicter ses stratégies par les campagnes électorales.

Il estime toutefois que cette frappe pourrait « aider (Benjamin Netanyahu) politiquement lors des prochaines élections ».