Syrie: les forces du régime entrent dans une ville clé du nord-ouest

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Le corps d'un Syrien dans les décombres d'une construction après une frappe aérienne sur Maaret al-Noomane dans le sud de la province d'Idleb, le 14 août 2019. [AFP]
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Les forces gouvernementales syriennes sont entrées dimanche à Khan Cheikhoun, une ville du nord-ouest du pays située sur une autoroute stratégique, où des combats intenses continuent de les opposer à des jihadistes et rebelles, selon une ONG.

Depuis plusieurs jours, les forces prorégime, soutenues par l’aviation russe, avaient repris aux jihadistes et rebelles plusieurs villages à l’ouest de Khan Cheikhoun.

Cette ville, située sur l’autoroute traversant la province d’Idleb, relie Damas à la métropole d’Alep (nord), toutes deux sous contrôle gouvernemental.

« Les forces du régime sont entrées à Khan Cheikhoun pour la première fois depuis qu’elles en avaient perdu le contrôle en 2014 », a indiqué Rami Abdel Rahmane, le directeur de l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH).

La majeure partie de la province d’Idleb et des segments des provinces voisines d’Alep, de Hama et de Lattaquié échappent toujours au contrôle du régime de Bachar al-Assad, huit ans après le début de la guerre. 

La région d’Idleb, dominée par le groupe jihadiste Hayat Tahrir al-Cham (HTS, ex-branche syrienne d’Al-Qaïda) et abritant quelques groupes rebelles, est la cible depuis fin avril de bombardements quasi quotidiens du régime et de son allié russe. 

« Les forces du régime ont progressé dans des quartiers du nord-ouest de la ville et ont pris le contrôle de plusieurs bâtiments mais des affrontements violents se poursuivent », a indiqué dimanche Rami Abdel Rahmane. 

Au moins 59 rebelles et jihadistes et 28 membres des forces prorégime ont été tués dans ces affrontements depuis samedi soir, selon l’OSDH. 

« Résistance féroce »

Les combattants jihadistes et rebelles ont opposé une « résistance féroce » aux forces prorégime et ont « eu recours à des attaques suicides » pour repousser leur avancée, a précisé le directeur de cette ONG qui dispose d’un vaste réseau de sources en Syrie. 

Aujourd’hui quasiment vidée de ses habitants, Khan Cheikhoun abritait environ 100.000 personnes avant le début de l’escalade militaire en cours, dont une majorité de déplacés venus d’autres régions, notamment de la province voisine de Hama.  

Depuis fin avril, au moins 1.400 combattants jihadistes et rebelles et plus de 1.200 combattants prorégime sont morts dans les affrontements à Idleb, selon l’ONG. 

Et plus de 860 civils ont péri dans les bombardements, selon l’OSDH. Plus de 400.000 personnes ont par ailleurs été déplacées dans cette région de trois millions de personnes, selon l’ONU. 

L’ONU par la voix d’un de ses porte-paroles à Amman, David Swanson, a fait part samedi à l’AFP de sa « grande préoccupation après la récente reprise de la violence dans le nord-ouest de la Syrie, « qui a fait plus de 500 morts confirmés parmi les civils, et des centaines de milliers de femmes, d’enfants et d’hommes déplacés ».

Un accord sur une « zone démilitarisée » dans la région d’Idleb conclu en septembre 2018 par Ankara, parrain des rebelles, et Moscou, n’a été que partiellement appliqué, les jihadistes ayant refusé de se retirer.

Déclenchée en 2011 après la répression meurtrière par le régime de Bachar al-Assad de manifestations prodémocratie, la guerre en Syrie a fait plus de 370.000 morts et jeté sur les routes de l’exil des millions de personnes.

Au fil des ans, le régime de Damas a réussi à consolider son emprise sur plus de 60% du pays, grâce au soutien de la Russie et l’Iran.