Syrie: rebelles et jihadistes se retirent d’un secteur clé du nord-ouest

Un panneau à l'entrée de la localité de Khan Cheikhoun, le 12 juillet 2017, où l'armée syrienne est soupçonnée d'avoir mené une attaque chimique meurtrière en avril de la même année. (AFP/Archives/Omar haj kadour)
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Les jihadistes et rebelles ont été contraints mardi de se retirer de secteurs clés de la région d’Idleb, dans le nord-ouest de la Syrie, face à l’avancée des troupes du régime, soutenues par Moscou, sur fond de tensions entre Ankara et Damas.

Selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH), les groupes anti-Assad ont quitté la ville stratégique de Khan Cheikhoun, dans la province d’Idleb, ainsi que des secteurs adjacents dans le nord de la province voisine de Hama.

La majeure partie de la province d’Idleb et des segments des provinces voisines d’Alep, de Hama et de Lattaquié échappent toujours au contrôle de Bachar al-Assad, après huit années de conflit, malgré les reconquêtes de la majorité du territoire syrien par le régime.

Cette région, dominée par le groupe jihadiste Hayat Tahrir al-Cham (HTS, ex-branche syrienne d’Al-Qaïda) et abritant des groupes rebelles proturcs, est la cible depuis fin avril de bombardements quasi quotidiens de Damas et de son allié russe.

Un porte-parole de HTS a toutefois nié dans un communiqué publié sur Telegram le retrait du groupe du nord de Hama, évoquant un « repositionnement » des combattants après d’intenses bombardements du régime.

Ce retrait des rebelles et jihadistes intervient quelques heures après que les forces du régime se sont emparées de plus de la moitié de Khan Cheikhoun et ont réussi à bloquer l’autoroute Alep-Damas devant l’arrivée d’un convoi militaire turc.

Cette route stratégique, dans le viseur du régime depuis des mois, relie les deux métropoles sous son contrôle en traversant Idleb.   

Avec ce retrait, un important poste d’observation turc dans la ville de Morek, à une dizaine de kilomètres au sud de Khan Cheikhoun, se retrouve encerclé par les forces du régime, a précisé à l’AFP le directeur de l’OSDH, Rami Abdel Rahmane.

Les soldats turcs « n’ont d’autre choix que de se retirer à travers des routes » contrôlées par le régime ou à sa portée, selon lui. 

Ankara possède plusieurs postes d’observations à Idleb et dans ses environs, en vertu d’accords conclus par le passé avec Moscou.

« Avertissement clair »

Lundi, la Turquie avait dépêché un convoi militaire composé d’environ 50 véhicules, au lendemain de l’entrée des forces prorégime dans Khan Cheikhoun.

Mais celui-ci avait dû s’arrêter en cours de route après des bombardements russes et syriens visant à l’empêcher de progresser et ayant tué trois civils, selon Ankara. Les trois morts sont des combattants rebelles proturcs, a de son côté affirmé l’OSDH.

Damas a accusé la Turquie d’avoir envoyé « des véhicules chargés de munitions » pour secourir les jihadistes et les rebelles face à la progression de l’armée syrienne. 

Le quotidien progouvernemental syrien Al-Watan a affirmé mardi que les frappes aériennes avaient visé un véhicule rebelle qui guidait le convoi. « C’était un avertissement clair contre les tentatives turques de ressusciter les terroristes », a assuré le quotidien.

Ankara a « fermement » condamné l’attaque, la jugeant « en contradiction avec les accords existants, la coopération et le dialogue avec la Russie ». Mardi, elle a renchéri en exhortant Damas à ne pas « jouer avec le feu ».

La Turquie, parrain de groupes rebelles à Idleb, est présente dans cette région en vertu d’un accord conclu en septembre 2018 en Russie afin d’éviter une offensive d’envergure du régime.

Cet accord, qui prévoyait la création d’une « zone démilitarisée » devant servir de tampon entre les territoires du régime et ceux tenus par les jihadistes et rebelles, n’a été que partiellement respecté, les jihadistes ayant refusé de se retirer.

« Maintenir Astana »

Les derniers rebondissements sur le terrain montrent que les postes d’observation turcs peuvent compliquer l’avancée des forces prorégime, mais pas l’empêcher, estime l’analyste Sam Heller, du centre de réflexion International Crisis Group (ICG).   

Il n’est pas clair si Damas et Moscou vont avancer davantage « ou s’arrêter pour consolider leurs nouvelles positions et exercer des pressions sur Ankara » pour mettre en oeuvre l’accord sur la création de la zone-tampon, explique-t-il à l’AFP.

Selon Samuel Ramani, un autre analyste, Damas chercherait à montrer que « la Turquie, et non l’armée syrienne, est le principal transgresseur de l’accord » russo-turc.

Mais, « pour la Russie, maintenir la coalition d’Astana est une priorité », a-t-il ajouté, en référence au processus de négociations sur la Syrie lancé en 2017 par Moscou, Ankara et Téhéran, dans la capitale du Kazakhstan (rebaptisée Nur-Sultan). 

Depuis fin avril, plus de 860 civils sont morts dans les bombardements du régime syrien et de la Russie, selon l’OSDH.

Déclenchée en 2011 après la répression par le régime de manifestations prodémocratie, la guerre en Syrie a fait plus de 370.000 morts et déplacé des millions de personnes.