Le suspect de la fusillade d’El Paso qui a fait 20 morts et 26 blessés: un extrémiste anti-migrants

Des forces de l'ordre déployés à El Paso à la suite d'une fusillade, le 3 août 2019 dans cette ville du Texas. (AFP)
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Un tireur a semé la mort samedi dans un supermarché d’El Paso, dans le sud des Etats-Unis, où il a tué 20 personnes venues faire leurs courses en ce premier jour de week-end, avant d’être interpellé.

La fusillade, survenue en milieu de matinée aux abords d’un hypermarché Walmart prisée de la communauté hispanique, a également fait 26 blessés, dont certains se trouvaient samedi soir dans un état critique.

Selon la police, le tireur, un homme blanc de 21 ans, a laissé « un manifeste » qui indique « un lien possible avec un crime de haine ». 

Aux Etats-Unis, ce qualificatif désigne les attaques dirigées contre une personne ciblée en raison de certaines caractéristiques comme la couleur, l’origine ou la religion.

« Cette journée, qui aurait dû être normale pour des gens venus faire du shopping, s’est transformée en l’une des plus meurtrières de l’histoire du Texas », a déclaré le gouverneur de cet immense Etat, Greg Abbott, lors d’une conférence de presse.

« Vingt innocents d’El Paso ont perdu la vie », a-t-il ajouté en appelant la population à « se réunir », toutes origines confondues, pour surmonter cette « catastrophe ».

Sans attendre, les habitants de cette ville située à la frontière du Mexique ont répondu massivement à un appel à donner leur sang pour les blessés, qui ont été transférés dans plusieurs hôpitaux de la ville.  

« Nous avons onze victimes âgées de 35 à 82 ans dans notre hôpital », a précisé David Shimp, le directeur du centre médical Del Sol. « Neuf sont dans un état critique, dont trois entre la vie et la mort », a-t-il précisé sur la chaîne CNN.

Photo du suspect entrant dans un hypermarché Walmart d’El Paso, au Texas, le 3 août 2019. La fusillade a fait plusieurs morts selon les autorités. (AFP)

« Tomber à terre »

Le tireur s’appelle Patrick Crusius et est originaire des environs de Dallas. 

Sur une capture d’écran de caméra de surveillance, mise en ligne par la chaîne locale KTSM, on le voit entrer dans l’hypermarché armé d’un fusil, les oreilles couvertes d’un casque anti-bruit.

Le magasin venait de mettre en vente des fournitures scolaires avant la rentrée. Selon la police, entre 1.000 et 3.000 clients s’y pressaient pour faire leurs courses au moment du drame. 

Vanessa Saenz, 37 ans, venue avec son fils de un an et sa mère, en faisait partie. Elle a expliqué sur Fox News avoir entendu « comme des feux d’artifices » alors qu’elle cherchait une place de parking.

« J’ai vu un homme avec un T-shirt noir et un pantalon camouflage qui portait ce qui m’a semblé être un fusil. Il visait les gens et tirait directement sur eux. J’en ai vu trois ou quatre tomber à terre », a-t-elle poursuivi.

Des vidéos amateurs montrent des scènes de panique, avec des clients qui courent pour se mettre à l’abri, et des corps inanimés au sol. Sur l’une d’elles, filmées dans la zone commerciale, on entend des détonations à intervalles réguliers. 

Robert Curado a expliqué au journal El Paso Times s’être caché avec sa mère entre deux distributeurs à l’entrée du Walmart. « L’homme a essayé de me tirer de dessus mais il m’a raté car j’ai plongé », a-t-il raconté en assurant avoir reconnu un « AK-47 », un fusil d’assaut. 

« Le manifeste d’un anti-migrant »

Un manifeste, attribué au tireur, circule sur internet. Ce texte, qu’ont pu voir et ont rapporté certains médias américains, dénonce « une invasion hispanique du Texas » et fait référence à la tuerie commise par un suprémaciste blanc dans des mosquées de Christchurch en Nouvelle-Zélande (51 morts) le 15 mars). 

Le manifeste s’intitule «Une vérité qui dérange».

Il commence par les mots suivants:

En général, je soutiens le tireur de Christchurch et son manifeste. Cette attaque est une réponse à l’invasion hispanique du Texas. Ce sont eux les instigateurs, pas moi. Je ne fais que défendre mon pays contre remplacement culturel et ethnique. Certaines personnes penseront que cette déclaration est hypocrite compte tenu de a destruction ethnique et culturelle complète des indigènes par nos ancêtres européens, mais cela renforce mon point de vue. Les indigènes n’ont pas pris l’invasion des Européens au sérieux, et ce qui reste n’est plus qu’une ombre. Mes motivations pour cette attaque ne sont pas du tout personnelles. En réalité, la communauté hispanique n’était pas ma cible avant que je lies The Great Replacement Ce manifeste couvrira les raisons politiques et économiques de l’attaque, mon matériel, et mes attentes quant à la réponse que cela générera, et mes motivations et pensées personnelles.

Il poursuit en énumérant les «raisons politiques».

En bref, l’Amérique se décompose de l’intérieur et constitue un moyen pacifique de s’arrêter.

Le manifeste dit que les politiciens démocrates et républicains échouent car ils représentent une des plus grandes trahisons aux États-Unis. « 

«En raison de la mort des baby-boomers, de la rhétorique de plus en plus anti-migrant de la droite et de la population hispanique en augmentation constante, l’Amérique deviendra bientôt un État à parti unique. Le parti démocrate sera propriétaire de l’Amérique et ils le savent », déclare-t-il encore.

Il présente les politiques démocrates sur la frontière, les migrants illégaux et la citoyenneté comme une façcon de recruter des électeurs et de réaliser un  »coup d’état ».

Il énumère ensuite les «raisons économiques» selon lesquelles l’immigration réduira le nombre d’emplois disponibles pour les citoyens américains.

Même si les nouveaux migrants font le sale boulot, leurs enfants ne le font généralement pas. Ils veulent vivre le rêve américain.

Et le tueur termine ce manifeste se en déclarant que ses opinions précédaient la campagne présidentielle de Donald Trump…

Les Etats-Unis, où le port d’armes est légal, sont régulièrement endeuillés par des fusillades qui touchent aussi bien les écoles que les lieux de culte, de fête ou de travail ou les commerces. 

La tuerie d’El Paso est la 249e depuis le début de l’année ayant touché quatre personnes ou plus, selon l’ONG Gun violence archives. 

Dimanche, un tireur de 19 ans a fait irruption dans un festival de gastronomie en Californie, tuant trois personnes dont un garçon de trois ans, avant de se donner la mort.

Un employé du groupe Walmart avait déjà ouvert le feu mardi dans un supermarché de la chaîne, situé dans le Mississippi, tuant deux de ses collègues. 

Comme après chaque bain de sang, plusieurs voix se sont élevées pour réclamer une meilleure régulation du marché des armes à feu.

« Il est grand temps d’agir et de mettre un terme à cette épidémie de violences liée aux armes », a tweeté le favori de la course à la primaire démocrate Joe Biden.

Le ministre de la Justice Bill Barr a promis de traduire rapidement en justice le responsable du massacre.

Les États-Unis face à la « menace » du « terrorisme blanc », Trump au banc des accusés

Plusieurs voix se sont élevées dimanche aux Etats-Unis, au lendemain de deux fusillades sanglantes, pour appeler les autorités à prendre la mesure de la « menace » que représente le « terrorisme blanc », les démocrates accusant Donald Trump de l’alimenter avec ses discours incendiaires.

« Il est clair que les vies perdues à Charleston, San Diego, Pittsburgh et, vraisemblablement désormais aussi à El Paso, sont les conséquences d’un terrorisme nationaliste blanc », a estimé un candidat à la primaire démocrate, Pete Buttigieg, en référence à des attaques menées dans une église noire, deux synagogues et à celle de samedi dans un centre commercial du Texas.

Même la propre fille de Donald Trump y est allé d’un tweet appelant à combattre les suprémacistes blancs: «La suprématie blanche, comme toute autre forme de terrorisme, est un fléau qui doit être détruit», a tweeté Ivanka Trump avant la prise de paroles de son père dimanche.  

El Paso, située sur la frontière mexicaine, abrite une population à 85% hispanique. Le tireur, un homme blanc de 21 ans, était venu de la banlieue de Dallas, à neuf heures de route, pour semer le carnage à une heure de grande affluence. 

Armé d’un fusil d’assaut, il a tué 20 personnes et fait 26 blessés avant de se rendre à la police, qui soupçonne un motif raciste.

Un manifeste, attribué au tireur et circulant sur internet, dénonce notamment « une invasion hispanique du Texas » et fait référence à la tuerie commise par un suprémaciste blanc dans des mosquées de Christchurch en Nouvelle-Zélande (51 morts, le 15 mars).

Treize heures plus tard, un autre homme a semé la terreur dans un quartier animé de Dayton, dans l’Ohio, faisant 9 morts en moins d’une minute. Selon un témoin, c’était aussi un homme blanc. 

« Diabolique »

« On a ici deux facteurs qui se combinent », a poursuivi Pete Buttigieg sur Fox News: « D’un côté la faiblesse des politiques de régulation du marché des armes, et de l’autre la hausse d’un terrorisme domestique inspiré par le nationalisme blanc. »

« On ne pourra pas protéger l’Amérique de cette menace si on n’est pas prêt à la nommer », a poursuivi le jeune maire de South Bend (Indiana). « Le gouvernement doit arrêter de prétendre que c’est juste du hasard et qu’on ne peut rien faire. »

Le président Trump a qualifié la fusillade d’El Paso d' »acte de lâcheté », sans s’étendre sur les motifs présumés du suspect. Et le maire républicain d’El Paso a réduit la tragédie dans sa ville à l’acte d’un « homme dérangé, purement diabolique ». 

Mais, même pour certains républicains, cette explication ne suffit plus.

« La lutte contre le terrorisme est déjà une priorité, je pense qu’elle devrait inclure de s’opposer avec fermeté au terrorisme blanc », a tweeté George P. Bush, le neveu de l’ancien président George W. Bush élu à un poste de responsable au Texas. « C’est une menace réélle et actuelle que nous devons dénoncer et faire disparaître », a-t-il poursuivi.

« Identité blanche »

En 2017 et 2018, selon le centre d’analyse New America, les violences d’extrême droite ont fait plus de victimes aux Etats-Unis que les attaques jihadistes.

Pourtant les autorités ont tardé à réagir, selon Robert McKenzie, de ce centre de réflexion. « Même sous le gouvernement du démocrate Barack Obama, les services de renseignements ont souvent ignoré les menaces d’extrême droite pour des raisons politiques », a-t-il écrit en début d’année.

Ce qui a changé depuis l’élection de Donald Trump en 2016, c’est le ton du débat public.

Le président a repris à son compte l’idée d’une « invasion » de migrants, a refusé de condamner les manifestations d’extrême droite à Charlottesville en août 2017, et a récemment appelé des parlementaires de l’opposition issues des minorités à « retourner » dans leur pays.

« Le président en personne promeut le racisme et la suprématie blanche », a accusé dimanche une autre candidate à la primaire démocrate, Elizabeth Warren.

Un de ses rivaux, Beto O’Rourke, est même allé plus loin, en assurant que Donald Trump « encourage non seulement la rhétorique raciste mais aussi la violence qui suit ».

« Çà ne vient pas seulement de lui », a-t-il toutefois noté, en fustigeant également la chaîne Fox News, la propagande raciste qui circule sur internet et « une plus grande tolérance envers le racisme » chez ses concitoyens.

Avec AFP