Afghanistan: Que cache l’annonce de la fin des négociations avec les talibans?

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Des hélicoptères militaires américains au dessus de Kaboul, le 19 août 2019 en Afghanistan. (AFP)
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Donald Trump a annoncé samedi soir à la surprise générale qu’il mettait fin aux « négociations de paix » engagées depuis un an avec les talibans, qui semblaient pourtant sur le point d’aboutir à un accord historique après dix-huit ans de conflit en Afghanistan.

Le président afghan Ashraf Ghani a pour sa part fait savoir dimanche par ses services qu’il demeurait « prêt à travailler avec les Etats-Unis et d’autres alliés pour arriver à une paix durable » et déclaré « apprécier les efforts sincères de ses alliés ». 

Le président des Etats-Unis a aussi dévoilé qu’il devait initialement rencontrer ce dimanche à Camp David, « séparément » et dans le plus grand « secret », Ashraf Ghani mais aussi « les principaux dirigeants des talibans ».

Une telle rencontre aurait été sans précédent, à quelques jours qui plus est du 18e anniversaire des attentats du 11 septembre 2001 qui avaient provoqué l’intervention militaire américaine en Afghanistan pour chasser du pouvoir les talibans, accusés de donner refuge à Al-Qaïda. 

« Ils étaient en route pour les Etats-Unis ce soir » mais « j’ai immédiatement annulé la réunion », a-t-il précisé sur Twitter.

« Malheureusement, pour tenter à mauvais escient d’accroître la pression », les talibans « ont reconnu un attentat à Kaboul qui a tué un de nos grands grands soldats et onze autres personnes », a-t-il souligné pour justifier sa décision spectaculaire de « mettre fin aux négociations de paix ».

Cet attentat survenu jeudi était le deuxième en quelques jours dans la capitale afghane revendiqué par les insurgés malgré « l’accord de principe » que le négociateur américain Zalmay Khalilzad affirmait avoir conclu avec eux lors des pourparlers de Doha. L’émissaire des Etats-Unis était justement allé présenter ce texte en début de semaine au président Ghani à Kaboul.

« Un prétexte »

« Qui sont ces gens qui tuent autant de monde pour soi-disant faire monter les enchères? Ils ont échoué, ils n’ont fait qu’aggraver leur position! », a encore lancé Donald Trump sur Twitter.

« S’ils sont incapables d’accepter un cessez-le-feu durant ces discussions de paix très importantes, et sont en revanche capables de tuer douze innocents, alors ils n’ont probablement pas les moyens de négocier un accord significatif. Pendant combien de décennies encore veulent-ils combattre? », a conclu le milliardaire républicain.

« Plus longtemps que les Etats-Unis », lui a répondu Laurel Miller, responsable de la diplomatie américaine pour l’Afghanistan et le Pakistan entre 2013 et 2017 et aujourd’hui directrice Asie de l’organisation de prévention des conflits International Crisis Group.

Selon elle, le projet de rencontre secrète avec les dirigeants des talibans « est une grosse surprise ». « Pourquoi l’annuler en raison d’une attaque meurtrière à Kaboul jeudi alors que les talibans ont multiplié les attentats récemment? Ce n’est pas très clair », dit-elle à l’AFP.

Pour Michael Kugelman, du cercle de réflexion Wilson Center, le problème naît du fait que « le gouvernement américain était prêt à négocier en position de faiblesse ». « Trump veut partir d’Afghanistan. Est-ce qu’il va se retirer même sans accord? », a-t-il interrogé sur Twitter, tout en prédisant une possible reprise des négociations. 

A Kaboul, le directeur de l’Institut afghan d’études stratégiques, Davoud Moradian, a pour sa part imputé lui aussi l’échec à la stratégie de Washington, qui a selon lui «donné l’impression que les États-Unis étaient pressés de partir, que l’accord soit applicable ou pas».

Donald Trump, qui juge de longue date que ce conflit a coûté trop d’argent et de vies aux États-Unis et a promis de «mettre fin aux guerres sans fin», avait clairement fait savoir qu’il voulait battre le rappel des troupes avant de briguer un second mandat en novembre 2020.

« Guerres sans fin »

De fait, le milliardaire républicain, qui a promis de « mettre fin aux guerres sans fin », avait donné son feu vert il y a un an à ces négociations directes et inédites avec les talibans.

Un accord était sur le point d’être conclu pour permettre un début de retrait progressif des 13.000 à 14.000 soldats américains en Afghanistan, en échange de garanties contreterroristes de la part des talibans, d’une « réduction de la violence » et du lancement de négociations de paix directes avec les autorités de Kaboul, ce à quoi les insurgés s’étaient jusqu’ici toujours refusés.

Mais le gouvernement afghan a exprimé sa « préoccupation » cette semaine sur le projet d’accord, demandant des éclaircissements à Zalmay Khalilzad, qui était donc retourné jeudi à Doha, au Qatar, pour reprendre les tractations avec les talibans.

Le chef de la diplomatie américaine Mike Pompeo avait initialement dit espérer une entente avant le 1er septembre pour que ces négociations interafghanes puissent démarrer avant l’élection présidentielle prévue le 28 septembre en Afghanistan.

Et Donald Trump, qui juge de longue date que ce conflit a coûté trop d’argent et de vies humaines aux Etats-Unis, avait clairement fait savoir qu’il voulait battre le rappel des troupes avant de briguer un second mandat en novembre 2020.

A tel point qu’une partie des observateurs et de la classe politique américaine, malgré le consensus sur la nécessité de mettre fin à ce conflit, redoutaient que le locataire de la Maison Blanche signe un « mauvais accord » en raison de son empressement électoraliste.

« J’espère que les talibans vont changer d’attitude et confirmer les engagements qu’ils avaient pris. Au bout du compte, tout cela devra être résolu par le dialogue », a dit le secrétaire d’État américain Mike Pompeo, appelant aussi de ses vœux une rencontre directe entre le gouvernement afghan et les insurgés, qui s’y sont refusés jusqu’ici. (AFP)

Mais de nouvelles négociations avec les talibans ne sont pas exclues, dit Pompeo

Washington n’a toutefois pas fermé la porte dimanche à de nouvelles négociations avec les talibans sur le conflit en Afghanistan, rompues de manière spectaculaire la veille par Donald Trump, mais les insurgés ont menacé les États-Unis d’une «souffrance» sans précédent pour leur revirement.

«L’Amérique va souffrir plus que tout autre», «son attitude anti-paix sera plus visible aux yeux du monde, et ses pertes humaines et financières vont augmenter», a mis en garde le mouvement rebelle, promettant de «poursuivre son djihad» jusqu’à la «fin de l’occupation».

Dans l’immédiat, la violence risque donc de redoubler à l’approche de l’élection présidentielle du 28 septembre en Afghanistan.

Est-ce pour autant la fin de ce processus inédit pour mettre fin à la plus vieille guerre des États-Unis ?

Malgré leur message belliqueux, les talibans ont dit «croire» que les Américains reviendront à la table des négociations.

Quant au chef de la diplomatie américaine Mike Pompeo, omniprésent dans les émissions dominicales pour expliquer la décision de Donald Trump, il n’a pas exclu une reprise des tractations, à condition que les insurgés «changent d’attitude» et «confirment les engagements qu’ils avaient pris». Faute de quoi «le président des États-Unis ne va pas réduire la pression», a-t-il averti.

«Je ne suis pas pessimiste», a même assuré le secrétaire d’État.

Mike Pompeo a dit également que Donald Trump n’avait pas encore décidé s’il irait de l’avant avec le retrait des troupes, même sans accord. Il a revanche insisté sur la nécessité de négociations interafghanes pour sortir de l’impasse.

Pour sa part, le président Ghani, tenu jusqu’ici à l’écart et qui avait exprimé sa «préoccupation» face au projet d’accord, a lui aussi jugé que toute future initiative «devrait être menée par l’Afghanistan et le gouvernement afghan».

Une rencontre entre le président américain et les insurgés aurait été sans précédent, à quelques jours qui plus est du 18e anniversaire des attentats du 11 septembre 2001, qui avaient provoqué l’intervention militaire américaine en Afghanistan pour chasser les talibans, accusés de protéger Al-Qaïda.