Cannabis médical chez les vétérans: 100 millions $ cette année malgré les doutes sur son efficacité

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Ottawa, qui a dépensé un montant record de 75 millions $ pour couvrir les coûts de la marijuana à des fins médicales pour les anciens combattants au cours du dernier exercice financier, se dirige malgré les doutes grandissants sur son efficacité vers des dépenses de près de 100 millions $ cette année, selon des données d’Anciens Combattants Canada.

En novembre 2016, une nouvelle politique établissait la limite de remboursement de cannabis à des fins médicales vendu par des producteurs autorisés ou l’équivalent en marijuana fraîche ou en huile de cannabis à trois grammes par jour, à moins qu’un ancien combattant ne bénéficie d’une exemption médicale spéciale, comparativement à un maximum de 10 grammes auparavant.

Ottawa expliquait par une hausse des coûts et le manque de preuves scientifiques sur les bénéfices pour la santé du cannabis médical sa décision de réduire la quantité de cannabis offerte aux anciens combattants.

Le ministère soulignait alors que cette politique de remboursement du cannabis à des fins médicales assurait l’équilibre entre les «preuves» anecdotiques des vétérans et des intervenants et les données probantes alors disponibles.  Bref, le ministère, loin d’être convaincu des bénéfices, mais ne cherchant pas l’affrontement, avait choisi de ménager les vétérans tout en tentant d’épargner un peu d’argent, la question pourtant centrale, de l’efficacité semblant relégué au second plan.

Ce changement avait réduit les coûts pour le gouvernement l’année suivante, mais ces économies ont été de courte durée alors qu’un toujours plus grand nombre d’anciens combattants se sont tournés vers le gouvernement fédéral pour payer leur marijuana à des fins médicales.

De plus en plus populaire malgré les nombreuses questions sans réponse

En 2014, le Collège des médecins de famille du Canada avait suggéré aux médecins qui prescrivent le cannabis à des fins médicales de commencer par une faible dose et de procéder lentement. Depuis, bien de l’eau a coulé sous les ponts.

On ne sait pas non plus à quel point la légalisation du cannabis à des fins récréatives pour l’ensemble de la population le 17 octobre 2018 a pu avoir une influence sur le choix des vétérans du cannabis à des fins médicales, mais de plus en plus d’anciens combattants, tout comme des non-vétérans, se tournent aujourd’hui vers cette substance malgré le fait que bon nombre de questions sur ses bienfaits et sur ses effets secondaires à plus long terme demeurent sans réponse.

Certes, des études ont montré que les produits à base de cannabis semblaient réduire les symptômes de l’ESPT, (état de stress post-traumatique), tels que l’insomnie et les cauchemars, mais les chercheurs, comme le Dr Chandni Hindocha, du Research Department of Clinical, Educational and Health Psychology de l’University College London (UCL), et le Dr Michael Bloomfield, psychiatre consultant au Traumatic Stress Clinic de l’UCL, s’entendent pour dire que de nombreuses questions restent sans réponse sur l’innocuité et l’efficacité des médicaments à base de cannabis pour le traitement de l’ESPT ainsi que sur les effets potentiels à long terme tels que la dépendance ou le risque de psychose. Ce qui n’empêche pas plusieurs vétérans, de guerre lasse après avoir essayé d’autres traitements, de se tourner vers le cannabis, ni le ministère d’avoir adopté une position pour le moins ambivalente sur la question.

L’important est que la recherche se poursuive. Le cannabis à des fins médicales est un domaine de traitement en évolution et Anciens Combattants Canada devra sans doute, comme il l’a promis, «suivre de près l’information publiée à ce sujet et ajuster sa politique», faisant, on l’espère, primer le bien‑être des vétérans et de leur famille sur toute considération administrative ou politique.

The Effectiveness of Cannabinoids in the Treatment of Posttraumatic Stress Disorder PTSD a Systematic Revie… by Anonymous opV0GNQtw on Scribd