Invictus 2020: les athlètes d’Équipe Canada s’entraînent à Valcartier [PHOTOS/VIDÉO]

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Du 9 au 13 septembre avait lieu au Centre des sports de la Base Valcartier le camp d’entraînement d’Équipe Canada en préparation aux Jeux Invictus 2020, qui se dérouleront à La Haye, aux Pays-Bas, du 9 au 16 mai et réuniront 500 athlètes de 19 pays qui se mesureront dans 10 disciplines sportives adaptées.

La sensibilisation à l’importance du rôle que joue le sport afin d’aider les militaires et les anciens combattants de l’ère moderne n’a cessé de croître au fil des ans. L’objectif des Jeux Invictus (du latin  »invaincu ») est d’améliorer la qualité de vie des membres des forces armées et des vétérans malades ou blessés ainsi que de leurs familles grâce au sport.

Les athlètes d’Équipe Canada se sont entraînés à Valcartier dans les disciplines suivantes : tir à l’arc, athlétisme, cyclisme, aviron intérieur, dynamophilie, volleyball assis, natation, basketball en fauteuil roulant et rugby en fauteuil roulant.

En marge de cet entraînement, 45eNord.ca a eu le privilège de s’entretenir avec l’une des athlètes de l’Équipe, la Sergent à la retraite Nadia Duranleau, et Joe Kiraly, un des organisateurs et gestionnaire des communications pour le programme gouvernemental Soldier On/Sans limites, qui offre aux membres malades et blessés des Forces armées canadiennes (FAC) des ressources et des occasions de pratiquer des sports et de participer à des activités récréatives dans un environnement qui favorise la vie active. .

Comme en témoigne l’entrevue qu’elle nous généreusement accordée Nadia Duranleau, qui refusait même jadis de quitter les Forces pour des raisons médicales, estimant cela déshonorant, mais qui a pu faire depuis un long et difficile chemin jusqu’à devenir la championne qu’elle est aujourd’hui, l’expérience qu’elle a vécu grâce au sport a changé du tout au tout sa perspective.

Question:Comment ça va?

Réponse: Ça va très bien, je suis excessivement heureuse d’être ici et je vous remercie à l’avance de l’opportunité d’exprimer mes sentiments sur ma semaine d’entraînement ici. Donc, j’apprécie.

Q.:Votre histoire à partir de l’événement qui a été un tournant dans votre vie?

R.:Oui, absolument, absolument, Écoutez, moi j’ai joint les Forces en 1990, j’étais un militaire très en forme, très en santé, physiquement et mentalement, j’ai toujours une vie active à travers les Forces armées, mes déploiements, mes exercices, mes activités, et dans mon métier aussi également.

J’ai eu un malheureux accident, un incident qui s’est déroulé en 2007 : je travaillais sur la base des Forces armées à Borden et j’étais responsable des rations à ce moment là. J,ai descendu les escaliers et j’ai glissé, comme dans les films, des pois, à terre….

Q.:Vous avez glissé sur quoi?

R.:Oui, oui, j’ai glissé sur des pois, des pois qui servent à faire la soupe au pois. Aussi banal que ça, un employé civil qui a fait l’erreur de ne pas ramasser les dégâts. Moi, mon bureau était au sous-sol, alors je descends au sous-sol, j’atterris sur le dos et trois ans plus tard je dois subir une opération, une fusion L-5, S-1 (une discectomie entre les vertèbres l5 et s1, NDLR) et je vous dirais que depuis ce temps là, ma carrière et mon état physique et mental n’ont plus jamais été le même à partir de ce moment là et pour beaucoup plus d’années plus tard.

Q.:Est-ce que, sans le sport, vous auriez été capable d’accepter l’événement ? Accepter ce qui est presque inacceptable?

Absolument, absolument, c’est un fâcheux événement qui, oui, je dois vous l’avouer également, oui c’est inacceptable, mais, arrivé à un certain moment on n’a plus le choix de l’accepter, parce qu’on s’y perd dans tout ça, on ne se retrouve plus, on n’est plus la personne qu’on était. Et non seulement nous, nous subissons les conséquences, mais les gens qui nous aiment et nous entourent également, donc famille, amis. C’est un événement qui finit par toucher tout le monde, vis à vis notre réaction, comment nous on réagit vis à vis ces événements là.

Q.:Vous étiez une sportive avant.

R.:Oui, oui, absolument, absolument. Moi, je faisais du vélo, je faisais de la course longue distance , les sports d’équipe surtout, aucun problème à faire l’épicerie non plus, ni à faire les sports avec les membres de ma famille, avec mon fils, qui a toujours été très actif également.

Donc, suite à mon accident, j’ai été un bon moment en physiothérapie et tout ça, mais suite à tout ça, je me suis complètement laisser aller. C’était seulement le travail, la famille, ensuite c’est devenu seulement le travail, la famille a été mise de côté plus souvent qu’à son tour. Parce que j’avais commencé aucun travail sur moi-même à ce moment là.

J’ai vraiment commencé à faire du travail sur moi-même, je vous dirais, été 2016, Quand j’étais plus capable, j’ai téléphoné au bureau des Anciens combattants, et j’ai demandé de l’aide.

Q.:Et vous avez obtenu l’aide que vous avez demandé?

R.:Oui, parce que, pardon…

Q.:Je suis désolé de vous ramener en arrière.

Non, ça va, ça va . La raison pour la laquelle je suis très émotionnelle comme ça, ça me dit que j,ai encore des petites choses à travailler…Mais c’est très positif. Là, j’ai eu un moment, j’arrive juste pas à croire que je suis ici, à raconter mon expérience (Nadia Duranleau en était à sa troisième entrevue cette semaine en marge du camp d’entraînement, NDLR).

Écoutez, je suis simplement encore sur mon nuage et j’ai pas encore décroché de ça.

Q.:Vous savez, pour nous, sergent, vous êtes un héros.

Il y a quelque chose que j’aimerais vous mentionner. On est …Je vous remercie de prime abord du compliment, mais vous comprendrez que moi, en particulier, je ne me vois pas comme un héros.

On est 32 ici qui ont été sélectionnés, il y a eu à peu près 500 applications et les 500 personnes qui ont appliqué méritent autant que moi. Si on parle de héros, ce sont tous les membres des Forces armées canadiennes ainsi que les vétérans.

Q.:Vous étiez déjà sportive et le sport vous a permis de vous retrouver et de vous rebâtir?

R.:C’est bien ça, parce que moi, quand j’ai pris ma retraite en 2011, j’ai décidé volontairement de me retirer , tout simplement parce que je ne voulais pas attendre et je ne voulais pas avoir une étiquette sur mon front qui m’identifiait comme étant un membre qui a été libéré des Forces à cause de conditions médicales.

Aujourd’hui, j’ai pas la même vision, pas du tout. Parce que, avant, je voyais ça comme très déshonorable et je voyais que, si j’avais quitté comme raison médicale, j’aurais pas quitté les Forces la tête haute. Vous comprenez, en 2011, c’est ce que je pensais. Maintenant, ma perspective est totalement, mais totalement différente. Parce que, effectivement, si j’étais sortie médicale en 20011, peut-être que ma réadaptation aurait été adéquate, plus vite.

En route pour La Haye

Et maintenant, voilà que vous allez au jeu Invictus, êtes-vous satisfaite de votre performance au camp d’entraînement? Avez-vous progressé? Êtes-vous prête pour les jeux?

Écoutez, moi je vous dirais de prime abord, pourquoi je pense qu’à ce moment-ci, j’ai de bonnes chances et je commence à être prête à me préparer pour les jeux. Tout simplement parce que la qualité de l’organisation de Soldier On et de Team Canada Invictus 2020 depuis le début, depuis qu’on a reçu la confirmation de notre participation au mois de mai, écoutez, les informations, les communications qu’on reçoit, la logistique qui entoure ça, il y a aucun détail qui est laissé aller et ici sur le camp, on est entouré de coachs, d’entraîneurs qui ont des qualifications exceptionnelles et qui savent s’adapter à chacun d’entre nous et nous aider à trouver des options pour arriver au but escompté et à atteindre nos buts personnels, c’est ce qui est super important.

Donc, cette semaine est beaucoup concentrée sur les techniques, donc,on vous donne tous les outils nécessaires pour , quand on retourne à la maison à partir de samedi, qu’on puisse mettre en œuvre ces techniques là et continuer à évoluer, ajouter de la vitesse, ajouter de la force, et tout ça, tout ce qu’on apprend ici cette semaine, c’est extrêmement important, extrêmement.

Les prochaines étapes avant les jeux

Q.:Quelles sont les prochaines étapes avant le mois de mai 2020 à La Haye?

Avant d’ arriver à La Haye, on retourne à la maison avec tout le bagage qu’on a eu ici cette semaine. On nous met également, je vous donne un exemple, comme moi, j’ai la rame, j’ai l’aviron, donc, moi, je suis capable d’incorporer â avec mon programme d’entraînement que j’ai déjà de mon côté, donc ‘est un super de beau plus pour ça, j’ai la piscine qui est pas loin de chez moi parce ce que j’ai un événement sportif qui est la nage, écoutez moi, avant, je nageais comme une roche, maintenant, je ne mets pas de limites, je veux participer à toutes les compétitions de natation…

Q.: Vous avez pas aussi le basket en fauteuil roulant?

Oui, oui, merci, le basket en fauteuil roulant, c’est notre sport d’équipe. On est une équipe , on ‘’connecte’’, on commence à se connaître de plus en plus, on a eu deux coachs exceptionnels, phénoménals, vraiment, et on va me mettre en contact avec une équipe qui s’entraîne pour les Jeux du Québec à Gatineau où j’habite, et je vais avoir la chance d,aller pratiquer avec eux. Donc, toute l’expérience que je vis aller gagner avec cette équipe là. À mon retour pour le camp d’entraînement du mois de mars, j’amène un nouveau package avec moi.

Je parlais avec mes autres confrères et consœurs aussi dans l’équipe et, eux aussi ont la possibilité de faire la même chose une fois retournés à la maison. Donc, vous pouvez un peu vous imaginer, à notre retour, quand on va se revoir tout le monde ensemble au mois de mars…

Soldier On et la valeur de l’expérience partagée

Pour Joe Kiraly de Sodier On/Programme Sans Limites, ce camp d’entraînement était son premier contact avec les membres de l’équipe 2020.

Membre pendant 20 ans de la Marine royale du Canada avant d’être libéré il y a un an, Joe Kiraly a lui-même été blessé en 2018 et, avant d’y travailler comme gestionnaire des communications, a été lui même bénéficiaire du Programme Sans Limites.

Le Programme Sans limites /Soldier on vient en aide aux membres actifs et retraités de la Force régulière et de la Force de réserve des Forces armées canadiennes qui vivent avec une blessure ou une maladie permanente ou chronique, qu’elle soit apparente ou non.

Les membres des FAC, actifs ou retraités, blessés ou malades ont ainsi accès à de l’équipement, à un entraînement et à des événements adaptés à leur condition.

Outre les Jeux Invictus dont il est ici question, les participants de niveau avancé au Programmes Sans Limites/Sodier On prennent part, encadrés par des athlètes et entraîneurs professionnels, à des activités provinciales, nationales et internationales,

Les organisateurs, nous explique le gestionnaire des communications, faisant écho aux propos de Nadia Duranleau, ont pour rôle est de maximiser l’expérience des participants.

Mais ce qui tout aussi important à ses yeux est la valeur de l’expérience partagée. Le Programme Sans Limitres/Soldier On, conclut Joe Kiraly, «Est pour nous et par nous».