La Chine célèbre son anniversaire, avec Hong Kong en embuscade

Le président chinois Xi Jinping prononce un discours le 30 septembre à Pékin à la veille des célébrations des 70 ans de la fondation de la République populaire de Chine. [AFP]
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La Chine prépare une démonstration de force mardi pour le 70e anniversaire du régime communiste avec un défilé militaire géant, qui pourrait être éclipsé par de nouvelles manifestations à Hong Kong.

Quinze mille soldats, des centaines de chars, missiles et avions de combat: le défilé décennal du 1er octobre s’annonce comme l’un des plus gigantesques jamais vus à Pékin.

Objectif: afficher l’émergence d’un pays passé en 70 ans du statut d’homme malade de l’Asie à celui de deuxième puissance économique mondiale.

La discipline des soldats marchant au pas de l’oie devrait aussi refléter l’autorité renforcée du Parti communiste chinois (PCC) depuis l’arrivée au pouvoir de Xi Jinping en 2012.

Le président chinois devrait être la vedette incontestée de la journée, qu’il entamera par un discours depuis la porte Tiananmen, l’endroit même où son lointain prédécesseur Mao Tsé-toung proclama la République populaire le 1er octobre 1949.

Lundi, Xi Jinping et les plus hauts hiérarques du PCC se sont inclinés devant le corps embaumé de Mao, décédé en 1976, dans son mausolée de la place Tiananmen.

Selon un bilan avancé par de nombreux sinologues à l’étranger, les campagnes politiques et économiques lancées par le « Grand timonier » se sont traduites par la mort de 40 à 70 millions de personnes.

Xi Jinping, 66 ans, est lui-même parfois qualifié de dirigeant chinois le plus puissant depuis Mao. Il a ainsi obtenu l’an dernier la levée dans la constitution de la limite de deux mandats présidentiels, ce qui pourrait lui permettre de se maintenir au pouvoir à vie.

Mais la puissance chinoise est contestée par le président américain Donald Trump, qui a déclenché l’an dernier une guerre commerciale contre Pékin à coup de droits de douane punitifs. L’économie chinoise a commencé à accuser le coup.

Journée de colère

L’autorité de Pékin est surtout battue en brèche depuis juin à Hong Kong, à l’extrême sud du pays, par un mouvement de contestation jamais vu depuis le retour de l’ex-colonie britannique à la Chine en 1997.

Des manifestations violentes ont encore opposé dimanche forces de l’ordre et manifestants pro-démocratie, qui accusent Pékin d’accroître son influence dans le territoire autonome.

« Nous nous attendons à ce que la situation demain soit très, très dangereuse », a averti lundi John Tse, haut responsable de la police locale.

« Les émeutiers radicaux sont en train d’élever leur niveau de violence. La profondeur et l’ampleur de leurs violences et de leurs projets montrent qu’ils se livrent de plus en plus à des actes de terrorisme », a-t-il accusé.

Les manifestants hongkongais, qui ont appelé à une « journée de colère », comptent bien profiter des célébrations de mardi pour crier encore plus fort leur ressentiment à l’encontre du régime chinois, dénoncer le recul des libertés et la violation, selon eux, du principe « Un pays, deux systèmes » qui avait présidé à la rétrocession de 1997.

S’exprimant lundi soir, le président Xi Jinping s’est engagé à poursuivre l’application de ce principe et à respecter le « haut degré d’autonomie » de Hong Kong.

Ces propos ne constituent en aucun cas une concession: il s’agit d’un simple rappel de la position de Pékin, qui affirme depuis le début de la crise respecter ses engagements envers le territoire.

Les tensions à Hong Kong sont nées de l’opposition à un projet de loi local qui devait autoriser les extraditions vers la Chine continentale. Le texte a depuis été enterré mais les revendications se sont considérablement élargies. 

Le gouvernement hongkongais avait déjà annulé le feu d’artifices prévu pour le 1er octobre, par crainte d’incidents.

Les grandes dates de la Chine communiste, de 1949 à nos jours

Des livres et des souvenirs à l’effigie de Mao Tsé-Toung en vente au marché d’antiquités de Panjiayuan à Pékin, le 7 septembre 2019. [AFP]

Voici les dates-clés de la République populaire de Chine depuis sa fondation par le dirigeant communiste Mao Tsé-toung il y a 70 ans, à la fin d’une longue guerre civile.

Fondation et répression

Le 1er octobre 1949, Mao Tsé-toung proclame la République populaire de Chine à Pékin, depuis la porte Tiananmen. Les campagnes politiques parfois violentes se succèdent.

En 1956-1957, durant la campagne des « Cent fleurs », les intellectuels sont invités à s’exprimer et à critiquer le Parti communiste chinois (PCC). Un demi-million d’entre eux, les « droitiers », seront ensuite envoyés dans des camps. 

Mao lance en 1958 le « Grand bond en avant ». Industrialisation et collectivisation à outrance provoquent une gigantesque famine pendant trois ans: quelque 45 millions de morts dans les campagnes.

En 1959, les troupes chinoises répriment un soulèvement au Tibet, dont le chef spirituel, le dalaï lama, s’exile en Inde. 

Révolution culturelle

De 1966 à 1976, Mao, écarté après le désastre du Grand bond, lance la « Révolution culturelle » pour reprendre le pouvoir avec l’aide des « gardes rouges », des jeunes communistes fanatisés. Chaos et guerre civile font de 1 à 2 millions de morts, écoles et universités sont fermées. L’armée doit rétablir l’ordre. 

Mao décède

Mao meurt le 9 septembre 1976. Sa femme Jiang Qing et trois de ses acolytes gauchistes, la « Bande des Quatre », sont arrêtés pour leur responsabilité dans la Révolution culturelle.

Le pragmatique Deng Xiaoping accède au pouvoir en 1978 et lance une politique de réformes et d’ouverture économiques qui enclenche un processus de développement sans précédent. 

1989: place Tiananmen

Le réformiste Hu Yaobang, ancien secrétaire-général du Parti limogé en 1987, meurt en 1989. Des milliers d’étudiants et de civils réclament sa réhabilitation et manifestent pour la démocratie et la liberté. Le mouvement est écrasé dans le sang place Tiananmen dans la nuit du 3 au 4 juin. 

Deng Xiaoping décède en 1997, quelques mois avant la rétrocession de Hong Kong à la Chine par la Grande-Bretagne. 

Boom économique

La Chine rejoint en 2001 l’Organisation mondiale du commerce (OMC), une adhésion suivie d’une explosion de son commerce extérieur. L’économie tourne à plein régime avant l’organisation des premiers Jeux olympiques d’été à Pékin en 2008.

En 2010, le pays devient la deuxième économie mondiale, devant le Japon. 

Autoritarisme du PCC

Xi Jinping arrive au pouvoir en novembre 2012. Il lance une campagne anti-corruption sans précédent, s’en prend aux avocats et aux dissidents et étouffe tout espoir de réformes politiques. En 2018, il obtient la levée de la limite des deux mandats présidentiels, ouvrant la voie à une présidence à vie potentielle.

En août 2018, la Chine est accusée d’avoir détenu jusqu’à un million d’Ouïghours et d’autres minorités musulmanes dans des centres de rééducation dans la région du Xinjiang (nord-ouest), frappée par des attentats attribués à des séparatistes ou des islamistes. Pékin rejette ces accusations. 

Protestations pro-démocratie à Hong-Kong

Le 4 septembre 2019, après trois mois de contestation historique du pouvoir pro-Pékin à Hong Kong, la cheffe de l’exécutif Carrie Lam annonce le retrait définitif d’un projet de loi controversé sur les extraditions vers la Chine continentale. Mais l’agitation en faveur de la démocratie se poursuit. 

Chine : des changements radicaux en 70 ans

Le nouvel aéroport de Pékin, le 28 septembre 2019. [AFP]

La Chine, qui célèbre la proclamation de la République populaire de Chine le 1er octobre 1949, est très différente du pays rural conquis il y a 70 ans par les communistes chinois emmenés par Mao Tsé-toung.

De la campagne à la ville

Avec 1,4 milliard d’habitants, la Chine est le pays le plus peuplé au monde. 

Il y a 70 ans, l’immense majorité de la population vivait dans les campagnes. Seuls 10% des Chinois résidaient alors dans des villes.

En 2019, la Chine est devenue un pays où les citadins sont nettement majoritaires – ils représentent environ 60% de la population.

Une centaine de villes chinoises comptent plus d’un million d’habitants. Le pays compte au moins six mégalopoles de plus de 10 millions d’habitants.

Pékin et Shanghai ont plus de 20 millions d’habitants chacune.

Une fièvre de construction immobilière a transformé le paysage au cours des trois dernières décennies. Cinq des plus grands buildings du monde se dressent en Chine continentale.

Un régime autoritaire 

1949 marque l’avènement au pouvoir de Mao Tsé-toung. Son long règne a été chaotique. Le « Grand Bond en avant », un ambitieux programme d’industrialisation et de collectivisation lancé en 1958, a mené à des famines qui ont provoqué la mort de dizaines de millions de personnes. La Révolution culturelle, lancée en 1966 par Mao, a entraîné chaos et guerre civile. Mao est mort en 1976.

Aujourd’hui, la Chine est présidée par Xi Jinping. Secrétaire général du Parti communiste chinois depuis 2012, élu président en 2013, le nouvel homme fort de la Chine a renforcé son pouvoir personnel. Les médias d’Etat développent un culte de la personnalité autour de lui et le parlement a modifié la Constitution pour lui permettre de rester président pour une durée illimitée.

Un nouvel ordre économique mondial 

La reconnaissance de la République populaire de Chine a pris du temps. L’Union soviétique et l’Allemagne de l’Est ont été parmi les premiers pays à la reconnaître en 1949.

Soixante-dix ans plus tard, la Chine est devenue une grande puissance incontournable et la deuxième puissance économique mondiale.

L’économie chinoise a décollé grâce à l’admission du pays à l’OMC (Organisation mondiale du commerce) en 2001. La Chine est devenue l’usine du monde. 

Pékin cherche désormais à étendre son influence en tissant de « nouvelles routes de la soie », un programme d’investissements dans les infrastructures terrestres et maritimes entre l’Asie, l’Europe et l’Afrique, qui inquiète certains pays.

Connectés y compris pour acheter 

La Chine comptait 829 millions d’utilisateurs internet en 2018, ce qui en fait le plus gros marché internet au monde.

Parmi eux, 817 millions surfent sur internet depuis leur téléphone mobile, ce qui en fait aussi le plus gros marché pour les smartphones au monde.

Il y a dix ans, le nombre d’internautes était seulement de 298 millions.

La Chine constitue aussi le plus grand marché du commerce de détail en ligne. Son événement annuel, la Journée des célibataires, a battu un nouveau record le 11 novembre 2018, avec un total de 30,8 milliards de dollars de dépenses.

Mais Pékin impose sa censure sur le web, en édictant des règles toujours strictes sur les contenus et en bloquant des sites étrangers comme Facebook, Twitter et plusieurs médias en ligne occidentaux.

Sur la route 

En 1949, 50.000 voitures circulaient en Chine.

Actuellement, il a 409 millions de conducteurs, selon des chiffres du gouvernement. Pour la seule année 2018, 32 millions de voitures neuves ont été achetées par les Chinois.

Mais cette noria de voitures crée des problèmes dans les villes très peuplées, avec de gros embouteillages et de la pollution.

Le pays de tous les superlatifs

La Chine peut se targuer d’avoir le plus long pont du monde (Macao-Zhuhai), le plus haut pont (Guizhou), le plus grand réseau de trains à grande vitesse, le plus grand aquarium et bien entendu la plus grande muraille…

Avec une population de 1,4 milliard d’individus, la Chine représente le plus gros marché automobile au monde, ce sont les plus gros mangeurs de porc, les plus gros consommateurs de tabac et ils ont plus d’hôpitaux que n’importe quel pays.

Mais la Chine détient aussi un triste record mondial, celui des exécutions de condamnés à mort, qui seraient au nombre de plusieurs milliers par an, selon Amnesty International.