La Russie, rivale du Canada dans l’Arctique, devrait tenter d’interférer dans les élections canadiennes

Les forces armées canadiennes affûtent leurs compétences « temps froid » au-dessus du cercle arctique, aux côtés d’autres pays de l’OTAN et de pays partenaires (OTAN)
Temps de lecture estimé : 3 minutes

Une nouvelle étude de l’Université de Calgary confirme qu’il est hautement probable que la Russie tente d’interférer dans la campagne électorale canadienne pour, notamment, servir ses intérêts dans l’Arctique.

L’auteur de cette étude, Sergey Sukhankin, professeur à l’Université de Calgary et chercheur associé à la Jamestown Foundation, un réputé institut de recherche et d’analyse basé à Washington et qui fut fondé en 1984 comme plateforme de soutien aux dissidents soviétiques, affirme toutefois que le potentiel d’influence de Moscou demeure relativement modéré parce que la société canadienne n’est pas aussi divisée que les autres régions visées par le passé, dont les États-Unis, lors de la présidentielle de 2016, et le Royaume-Uni, lors du référendum sur le Brexit.

Mais «Le Kremlin démontre une volonté grandissante de dominer l’Arctique, où la Russie est en compétition avec le Canada. Cela veut dire que le Canada doit s’attendre à une hausse des attaques informatiques, particulièrement de la part de pirates militants», écrit M. Sukhankin.

Rival, tout comme les États-Unis, de la Russie dans l’Arctique, le Canada doit donc s’attendre et se préparer à la possibilité d’une tentative d’ingérence dans les élections fédérales d’octobre.«Ottawa devrait être prêt à voir une hausse des cyberattaques, de la désinformation et de la propagande contre le Canada dans un avenir rapproché».

Ces avertissements font écho à ceux formulés par le gouvernement libéral et les agences canadiennes de renseignement.

La ministre des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, lors de la réunion des ministres des Affaires étrangères à Dinard en France en avril dernier, avait déjà estimé «très probable» une ingérence étrangère dans les prochaines élections fédérales au Canada.

«Nous sommes très inquiets», avait alors déclaré la cheffe de la diplomatie canadienne. à moins de sept mois des élections fédérales prévues en octobre, où le premier ministre libéral Justin Trudeau remet son mandat en jeu. «Nous estimons que l’ingérence est très probable et nous pensons que des acteurs étrangers mal intentionnés ont déjà probablement déployé des efforts en vue de perturber notre démocratie».

Les opérations du groupement tactique de l’OTAN dirigé par le Canada en Lettonie ont débuté le 19 juin 2017 par une cérémonie au camp Ādaži, en Lettonie à laquelle ont participé plus de 1 000 militaires provenant de sept nations de l’OTAN. (FAC)

Tentative de discréditer la mission canadienne en Lettonie

Mais il n’y a pas que l’Arctique.

Le Canada est une proie alléchante: il fait partie du G7, de l’OTAN, et est actif sur la scène internationale. Ses déploiements militaires, accords, investissements, échanges diplomatiques, aide étrangère intéressent donc les autres États.

Outre l’Arctique, les campagnes de désinformation menées par la Russie touchent d’autres enjeux, Selon la récente étude de l’Université de Calgary, la Russie cherche notamment à ridiculiser la présence militaire canadienne en Lettonie dans le cadre de l’OTAN.

Une menace réelle et grave à notre démocratie

Pour ce faire, Moscou, faisant appel aux pires préjugés, présente la Lettonie comme un potentiel «État-satellite» pour les États-Unis et un cheval de Troie pour l’implantation de «valeurs occidentales immorales» comme le mariage homosexuel et la légalisation du cannabis.

En avril dernier, le Centre de la sécurité des télécommunications, faisant le point sur les cybermenaces contre le processus démocratique du Canada en 2019, présentait la Russie et ses activités de désinformation et d’intoxication comme principale menace au processus démocratique.

L’Internet Research Agency (IRA) russe « continue de créer des sites web illégitimes pour y afficher des renseignements faux et trompeurs qu’il fait passer pour des blogues personnels ou du journalisme électronique indépendant », indiquait alors le CST..

Pour répondre à cette menace, Ottawa a créé début 2019 le Groupe de travail sur les menaces en matière de sécurité et de renseignements visant les élections. Il s’agit d’un comité, formé de cinq hauts fonctionnaires, responsable de surveiller toute tentative d’ingérence étrangère dans la campagne électorale.

Le Groupe est formé de représentants du CST, du Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS), de la Gendarmerie royale du Canada (GRC) et d’Affaires mondiales Canada (AMC) – s’emploie à détecter les activités criminelles, secrètes ou clandestines et à les empêcher d’influencer le processus électoral canadien ou de s’ingérer dans celui-ci.

Le Groupe, qui a pour mission de faire connaître les menaces étrangères contre le processus électoral du Canada et de préparer le gouvernement à évaluer et à contrer ces menaces, pourra informer directement les membres de tout parti politique concernant des menaces potentielles et il détient l’autorité nécessaire pour alerter directement la population durant la campagne en cas d’ingérence étrangère.

La menace est réelle. Notre processus démocratique peut très bien être perverti. Nous ne pouvons plus vire dans le déni et encore moins, comme certains, se réjouir que les valeurs libérales canadiennes soient mises en danger par une puissance étrangère dont les intérêts s’opposent frontalement aux nôtres.