Ottawa révoque le statut du consul syrien à Montréal

Le consul honoraire syrien à Montréal Waseem Ramli (à droite), aux côtés du président syrien Bachar al-Assad. [Facebook]
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La ministre des Affaires étrangères Chrystia Freeland a annoncé aujourd’hui qu’elle révoque, avec «effet immédiat», le statut de consul honoraire récemment accordé à Waseem Ramli, un homme d’affaires de la communauté syrienne de Montréal qui se trouve à être aussi un ardent défenseur du régime de Bachar al-Assad.

Si on en croit le communiqué d’aujourd’hui, le manque de discrétion et l’outrecuidance de Wassem Ramli lui auront été fatales.

«Les opinions exprimées publiquement par Waseem Ramli à la presse et sur les médias sociaux sont choquantes et inacceptables, a fait savoir la ministre par voie de communiqué mercredi. Quiconque partage ces opinions n’aurait jamais dû être autorisé par Affaires mondiales Canada à occuper ce poste.»

Waseem Ramli aurait notamment qualifié de «terroristes» les Casques blancs, ces secouristes engagés dans les zones rebelles en Syrie qui avaient été récompensés en 2017 aux Oscars pour un documentaire retraçant leur travail, au risque de leur vie, pour sauver les nombreux civils victimes de la guerre.

Témoins des atrocités du régime Assad, ils sont depuis dans le collimateur de Damas.

L’an dernier, le Canada en collaboration avec un groupe d’alliés internationaux, s’était même employé à réinstaller un groupe de Casques blancs et de membres de leur famille qui ont dû fuir la Syrie, car ils étaient directement visés par le régime syrien et son soutien, la Russie.

À la suite de violation grave du régime Assad du droit international et des droits de la personne, y compris les attaques chimiques contre des civils, qualifiées d’odieuses par Ottawa, le Canada, outre imposé des sanctions sous la Loi des mesures économiques spéciales, a par le passé expulsé des diplomates syriens et rappelé son personnel de Damas, mais a conservé un poste de consul honoraire à Montréal afin de fournir des services de base aux Syriens du Canada.

Mais, depuis 2015, une série de nomination douteuses ont irrités le Canada: en 2015, la consul honoraire syrienne Nelly Kanou, copropriétaire de quatre pharmacies Jean Coutu, avait été prise à exporter des médicaments illégalement vers le Moyen-Orient, puis son remplaçant Raed Makho, se retrouvait en conflit d’intérêt en raison de ses activités comme consultant en immigration.

Puis, ce fut la nomination de Waseem Ramli, ardent défenseur du régime Assad, comme consul honoraire de la Syrie à Montréal alors que le Canada accueillait plus de 60 000 réfugiés syriens, fuyant la persécution.

Sur sa page Facebook, Ramli ne se gêne pas pour publier de nombreux messages à la gloire de l’armée syrienne et de Bashar el-Assad. Le 31 août dernier, il poussait l’audace jusqu’à inviter les gens à planifier leurs prochaines vacances en Syrie, en parfaite contradiction avec l’avis aux voyageurs du gouvernement canadien qui enjoint d »éviter tout voyage en Syrie en raison du conflit qui y fait rage.

Dans les rues de Montréal, rapportent de nombreux médias locaux, il conduit de façon ostentatoire un Hummer rouge aux couleurs du régime syrien arborant la plaque d’immatriculation «1Syria» et la photo d’Assad affichée sur une des vitres.

«Je tiens à exprimer mes sincères regrets face à la situation difficile que cette candidature a posé à de nombreux syriens vivant au Canada, y compris de nombreux braves Casques blancs et autres réfugiés qui habitent maintenant dans notre pays et qui peuvent se sentir effrayés et en détresse», explique Mme Freeland..

Finalement, sans attendre la réouverture du consulatle 1er octobre, Chrystia Freeland aura tout de suite scellé le sort de Wassem Ramli comme consul honoraire.

«La décision d’aujourd’hui signifie que M. Ramli ne pourra pas exercer quelque fonction consulaire qui soit. Nous continuerons de chercher des moyens d’assurer que des services consulaires de base et des visas puissent être fournis aux Syriens du Canada.» indique la ministre qui, dans la foulée de cette décision de révoquer le statut de Waseem Ramli, a également chargé son ministère d’entamer «un examen du système par lequel ces nominations sont traitées», afin de s’assurer que ces futures nominations soient dorénavant surveillées de plus près».