Trump limoge John Bolton, son conseiller à la sécurité nationale

747
Le président américain Donald Trump et son ex-conseiller à la sécurité nationale John Bolton dont il a annoncé le limogage mardi. (AFP)
Temps de lecture estimé : 5 minutes

Le président américain Donald Trump a annoncé mardi, d’un tweet, le limogeage de son conseiller à la sécurité nationale John Bolton avec lequel il était en désaccord sur nombre de dossiers, de l’Iran à la Corée du Nord.

« J’ai informé John Bolton hier soir que nous n’avions plus besoin de ses services à la Maison Blanche », a tweeté M. Trump, à peine une heure après l’annonce par l’exécutif d’un point de presse auquel devait participer M. Bolton en compagnie du secrétaire d’Etat Mike Pompeo.

« J’étais en désaccord avec nombre de ses suggestions, comme d’autres au sein de cette administration », a ajouté le président, en évoquant cet avocat de formation connu en particulier pour sa moustache.

« J’ai demandé à John sa démission, elle m’a été remise ce matin », a-t-il poursuivi, assurant qu’il nommerait son successeur la semaine prochaine.

D’un tweet laconique et énigmatique, M. Bolton a simplement indiqué qu’il avait proposé de présenter sa démission lundi soir et que le président lui avait répondu: « Parlons-en demain ».

Ce limogeage spectaculaire intervient dans un climat particulièrement tendu entre les Etats-Unis et l’Iran, dossier sur lequel Donald Trump a envoyé des signaux contradictoires ces dernières semaines, entre extrême fermeté et volonté de négocier, voire même de rencontrer son homologue iranien Hassan Rohani.

Cette annonce est tombée moins de deux heures avant un point de presse, qui avait été annoncé par la Maison Blanche et auquel devait participer M. Bolton en compagnie du secrétaire d’Etat Mike Pompeo.

Elle intervient également moins de 48 heures après l’annulation d’une rencontre secrète prévue à Camp David entre le président américain et les talibans avec lesquels Washington négociait depuis plusieurs mois un accord de paix sur l’Afghanistan.

« Nouvelles opportunités diplomatiques » ?

Ancien ambassadeur des Etats-Unis à l’ONU, M. Bolton était notoirement hostile à la main tendue de Donald Trump au dirigeant nord-coréen Kim Jong Un, et il avait été directement pris pour cible, au printemps 2018, par le régime de Pyongyang.

« Nous avons déjà, par le passé, évoqué la personnalité de Bolton et nous ne cachons pas le dégoût qu’il nous inspire », avait lancé le ministère des Affaires étrangères.

Au début des années 2000, déjà, son extrême fermeté sur ce dossier lui avait valu d’être traité de « déchet humain » dans la presse nord-coréenne.

Peu avant son arrivée à la Maison Blanche, il avait estimé qu’il était « parfaitement légitime pour les Etats-Unis » de répondre à la menace représentée par une Corée du Nord nucléaire « en frappant les premiers ».

Le sénateur républicain Rand Paul a salué avec force l’annonce du limogeage de M. Bolton. « Le président a d’excellentes intuitions sur la politique étrangère et sur la nécessité de mettre fin à nos guerres sans fin », a-t-il tweeté. « Il devrait être conseillé par ceux qui partagent sa vision ». 

« Depuis le début, deux voix murmuraient à l’oreille de Donald Trump: celle recommandant la diplomatie et mettant en garde contre le conflit, et celle poussant à la belligérance et mettant en garde contre le risque d’apparaître faible », résume Robert Malley, président de l’International Crisis Group,

« Avec le départ de Bolton, la deuxième a incontestablement perdu son principal avocat. Cela pourrait créer de nouvelles opportunités diplomatiques sur l’Iran, l’Afghanistan, la Corée du Nord et le Vénézuela. Espérons que (le président) les saisira », a-t-il ajouté.

Défense, sécurité, diplomatie: la valse des ministres et conseillers de Trump

Travailler comme ministre ou conseiller de Donald Trump dans les secteurs stratégiques de la diplomatie ou de la défense revient à s’asseoir sur un siège éjectable, comme le prouve le limogeage mardi du conseiller à la sécurité nationale John Bolton, dernier d’une longue liste.

Bolton, Flynn, Mc Master: Sécurité nationale

Le président américain était en désaccord avec John Bolton sur nombre de sujets brûlants, de l’Iran à la Corée du Nord en passant par l’Afghanistan. M. Bolton était le troisième occupant de ce poste depuis l’investiture de Donald Trump en janvier 2017.

Michael Flynn n’a tenu que 22 jours à ce poste. Ancien chef du renseignement militaire américain très apprécié de Donald Trump, il a fait les frais, le 13 février 2017, de l’affaire russe, dont il est l’un des principaux protagonistes.

Il avait été remplacé par H.R. McMaster, général trois étoiles qui a à son tour quitté ses fonctions en avril 2018. Le président l’avait notamment réprimandé sur Twitter pour avoir estimé « irréfutables » les preuves d’une ingérence de Moscou dans l’élection américaine.

Rex Tillerson, secrétaire d’Etat

L’ancien PDG d’ExxonMobil a été limogé de son poste de chef de la diplomatie le 13 mars 2018, après des mois de tensions et d’humiliations de la part de Donald Trump sur la stratégie diplomatique américaine. Il a été remplacé par le chef de la CIA, Mike Pompeo.

Jim Mattis, ministre de la Défense

Des divergences devenues insurmontables: Jim Mattis a annoncé le 20 décembre 2018 qu’il quittait son poste, critiquant notamment la stratégie diplomatique de Donald Trump. 

Après l’annonce du retrait des troupes américaines en Syrie, cet ancien général des Marines était dans une position plus inconfortable que jamais, lui qui s’y était vigoureusement opposé. 

Kirstjen Nielsen, ministre de la Sécurité intérieure

Le départ annoncé le 7 avril 2019 de la ministre de la Sécurité intérieure a signalé la volonté de Donald Trump de durcir encore sa politique d’immigration.

Les relations de Mme Nielsen avec Donald Trump ont longtemps été perçues comme difficiles. Mais alors qu’on disait que le président se plaignait constamment de son travail, elle est restée fermement loyale.

Nikki Haley, ambassadrice à l’ONU

Nikki Haley a annoncé début octobre 2018 sa décision de quitter son poste d’ambassadrice à l’ONU à la fin de l’année. Aucune explication claire n’a été fournie sur l’annonce surprise du départ de cette fille d’immigrés indiens au caractère affirmé, qui était devenue la femme la plus en vue du gouvernement.

Donald Trump a choisi en février son actuelle ambassadrice au Canada, Kelly Knight Craft, pour la remplacer mais elle doit encore être confirmée à ce poste par le Sénat. 

Dan Coats, directeur du renseignement national

Le chef des services de renseignement américains Dan Coats a quitté ses fonctions le 15 août 2019, moins d’un mois avant le limogeage de John Bolton. A ce poste, il supervisait et coordonnait les activités de la CIA, de la NSA et des autres services de renseignement américains, mais était régulièrement en désaccord avec Donald Trump sur des sujets de première importance.

Parmi les autres départs notables de l’administration du 45e président des Etats-Unis, on compte également l’influent Steve Bannon, conseiller de l’ombre du président, Gary Cohn, conseiller économique, Scott Pruitt, ministre de l’environnement et Jeff Sessions, ministre de la Justice.