«Comme un film»: Trump raconte la mort de Baghdadi

Le président des Etats-Unis Donald Trump a raconté, depuis la "Diplomatic Room" de la Maison Blanche, la mort du chef du groupe Etat islamique, Abou Bakr al-Baghdadi, le 27 octobre 2019. [AFP]
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« C’était vraiment incroyable à voir ».Donald Trump a livré dimanche, depuis la Maison Blanche, un récit truffé de détails et d’impressions personnelles sur l’opération militaire américaine en Syrie ayant abouti à la mort du chef du groupe Etat islamique (EI), Abou Bakr al-Baghdadi.

Les premières phrases du 45e président américain depuis la « Diplomatic Room » sont solennelles: « La nuit dernière, les Etats-Unis ont fait payer le prix de la justice au principal leader terroriste au monde. Abou Bakr al-Baghdadi est mort ».

S’ensuit le récit sur la façon dont le chef jihadiste, considéré comme responsable d’attentats sanglants dans nombre de pays à travers le monde, a été chassé au bout d’un tunnel où il s’est suicidé en activant une veste chargée d’explosifs.

Puis, au lieu de s’éclipser à l’issue de sa déclaration télévisée, comme l’avait fait son prédécesseur démocrate Barack Obama le 2 mai 2011 lors de l’annonce de la mort d’Oussama Ben Laden, le milliardaire républicain décide de répondre aux questions des journalistes présents dans la pièce. 

Dans un style très direct et un mélange de registres dont il est coutumier, il passe, d’une seconde à l’autre, du récit très imagé de la mort de l’homme le plus recherché du monde – « Il criait, il pleurait, il gémissait » – à la mise en avant de ses « livres à succès ».

« C’était quelque chose d’incroyable à regarder. J’ai pu le voir (…) depuis la Situation Room. Nous avons vu l’opération avec beaucoup de clarté, c’était comme si vous regardiez un film », raconte-t-il, évoquant cette mission menée à plusieurs milliers de kilomètres de Washington, dans le nord-ouest de la Syrie, très proche de la frontière turque.

Syrie: maison détruite sur le lieu du raid qui visait le chef de l’EI, Abou Bkr Al Baghdadi. [AFP]

« Un magnifique chien »

« C’était incroyable, c’était parfait, et c’était très compliqué », ajoute-t-il, se félicitant qu’aucun soldat américain n’ait été tué dans l’opération.

A plusieurs reprises, il souligne qu’un chien de l’armée a été blessé: « Un magnifique chien, un chien très doué », précise-t-il.

« Nous avons atterri avec huit hélicoptères (…) Une équipe de formidables combattants est sortie de ces hélicoptères ».

Le président des Etats-Unis s’attarde longuement sur la façon dont les soldats sont entrés dans le bâtiment.

« Si vous êtes quelqu’un de normal, vous faites +toc toc, est-ce que je peux entrer ?+ (…) Mais ils ont fait exploser un gros mur et cela ne leur a pris que quelques secondes, il y avait un magnifique trou dans le mur ».

« Nous savions que le tunnel existait, et que c’est là où il se trouvait (…) Nous n’étions pas sûr à 100% que le tunnel était une impasse, nous avons progressé très rapidement ».

« Il est arrivé au bout du tunnel, poursuivi par nos chiens. Il a déclenché sa veste, se tuant et tuant les trois enfants ».

« Il est mort comme un chien », martèle-t-il à plusieurs reprises.

Comment Abou Bakr al-Baghdadi a-t-il été identifié ? 

« Ils ont son ADN (…) Pour arriver jusqu’à son corps, ils ont du enlever beaucoup de débris car le tunnel s’était effondré, mais ces gars sont bons. Ils ont un fait un test sur place. Cela a été rapide ».

Pourquoi avoir envoyé un énigmatique tweet samedi soir « Quelque chose d’énorme vient de se passer! » ? 

« C’était pour vous prévenir (…) pour que vous ne soyez pas en train de jouer au golf », répond-il aux journalistes.

« J’ai écrit 12 livres »

« Votre chaine fait un super boulot », lâche-t-il à un moment en s’adressant un journaliste de la chaîne d’information conservatrice One America News Network (OAN).

Un peu plus tard, vantant son « instinct », l’ancien magnat de l’immobilier se lance dans une longue digression sur Oussama Ben Laden.

« J’ai écrit un livre, qui a eu beaucoup de succès environ un avant avant les attentats du 11-septembre (…) J’ai dit: +il y a cet homme Oussama Ben Laden, vous feriez mieux de le tuer », raconte-t-il.

« Personne ne m’a écouté (…) S’ils m’avaient écouté, beaucoup de choses auraient été différentes », ajoute-t-il, assurant que des gens viennent toujours le « féliciter » aujourd’hui pour ce livre visionnaire.

« J’ai écrit 12 livres au total, ils ont tous très bien marché », ajoute-t-il.

Après avoir une nouvelle fois défendu sa stratégie en Syrie, le président de le première puissance mondiale conclut l’échange avec les journalistes.

« C’était un animal, un animal sans courage. Merci beaucoup à tous, c’est un grand jour pour notre pays ».

La mort de Baghdadi: un succès bienvenu pour Trump sur la scène intérieure

«C’est un grand jour pour notre pays », la plus grande victoire « que l’on puisse avoir ». En annonçant dimanche matin la mort du chef djihadiste, le milliardaire républicain n’a pas, comme à son habitude, lésiné sur les superlatifs.

L’opération militaire, telle que décrite par les responsables américains, a été un succès remarquable en termes de renseignement, de coopération avec les autres puissances impliquées dans le conflit syrien, et d’exécution par un commando de forces spéciales héliportées.

Mais pour Donald Trump, il était aussi urgent politiquement de sortir de la spirale des dernières semaines.

L’opposition démocrate est déterminée à faire avancer la procédure de destitution contre le président, et la solidarité des républicains a semblé tanguer après ses décisions sur la Syrie, vues comme un lâchage des Kurdes qui ont été des alliés indispensables dans le combat contre le groupe EI.

Dès dimanche matin, c’est le sénateur Lindsey Graham qui donné le ton et battu le rappel des républicains.  

«C’est le moment où les critiques les plus sévères du président Trump devraient dire : “Bien joué”», a-t-il dit dimanche matin juste après l’allocution présidentielle.

«Ce que je vois se produire en Syrie fait sens pour moi. Maintenant je comprends ce que le président veut faire», a-t-il assuré.

Le 7 octobre, il avait pourtant dénoncé un choix « porteur de désastre » au lendemain de la décision de retrait des troupes et de l’annonce d’une offensive turque imminente.

Cette opération, qui a pris fin à la faveur d’un cessez-le-feu négocié par les Américains, a permis aux Turcs de repousser les Kurdes au-delà d’une zone de sécurité d’une trentaine de kilomètres.

Pour le chef de la majorité républicaine au Sénat, Mitch McConnell, la politique de Trump sur la Syrie était il y a quelques jours un «cauchemar stratégique». Il a loué dimanche «le leadership» du milliardaire républicain.

Rempart républicain

Les républicains semblent donc prêts à serrer les rangs derrière le président, au moment où il en a le plus besoin.

Car, de leur côté, les démocrates disent progresser à grands pas dans leur enquête en vue de la destitution du président. Diplomates et hauts fonctionnaires se sont succédé lors d’auditions à huis clos à la Chambre de représentants qui, selon eux, nourrissent les soupçons d’un abus de pouvoir de Donald Trump.

Le locataire de la Maison-Blanche est accusé d’avoir tenté de forcer la main de son homologue ukrainien pour qu’il ouvre une enquête sur Joe Biden, l’un de ses principaux rivaux pour l’élection de 2020. Le fils de ce dernier siégeait au Conseil d’administration d’une société ukrainienne.

La Chambre des représentants, à majorité démocrate, est déterminée à parvenir à une mise en accusation («impeachment») de Donald Trump. Son destin serait alors entre les mains du Sénat, à majorité républicaine, qui devrait ensuite décider s’il convient de le destituer.

Pour le président américain, la politique intérieure n’est jamais très loin. Tout comme la façon dont il se compare à son prédécesseur Barack Obama.

Pour lui, nul doute que l’élimination d’Abou Bakr Al-Baghdadi, est d’une dimension supérieure à celle d’Oussama ben Laden, approuvée en 2011 par le président démocrate.

«Oussama Ben laden, c’était important, mais Oussama Ben laden est devenu Oussama ben Laden avec le World Trade Center. (Baghdadi) est un homme qui a construit quelque chose, comme il aimait le dire, un pays», a déclaré Donald Trump.

En 2011, sur Twitter, il avait appelé à cesser de féliciter Barack Obama, affirmant que le mérite de l’opération ne revenait pas au président, mais à l’armée américaine.

Tout à son succès, Donald Trump a tenu dimanche à égratigner d’autres sceptiques de son action en Syrie, les Européens, à qui il reproche de ne pas vouloir rapatrier leurs ressortissants partis combattre dans les rangs de l’EI.

«Je vais les déposer à vos frontières et vous pourrez vous amuser pour les rattraper», a-t-il attaqué. «Ils ne peuvent pas marcher jusqu’à nous. Il y a beaucoup d’eau entre eux et notre pays».