Élections 2019: indifférence envers nos vétérans

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De près ou de loin, nous sommes tous concernés par les politiques et les décisions gouvernementales qui gèrent nos vies et qui se traduisent, soit par des avantages (fort heureusement), soit par des incohérences qui finissent par s’accumuler et qui sont génératrices d’impacts négatifs.

Nonobstant le parti au pouvoir, chacun porte le poids de ses combats quotidiens comme victime, comme proche aidant ou par conviction profonde. Pour certains, c’est l’environnement et l’urgence climatique qui les font vibrer. Pour d’autres, c’est la question de l’identité (LGBTQ2, culturelle, religieuse, etc..) qui les interpelle. Ou encore, celles de l’immigration, de l’aide à mourir, de l’accès aux soins de santé et tout le reste. Tout est un enjeu mais surtout, quand on les ramène à Monsieur Madame tout le monde, tout est important. Chacun en porte le poids individuellement, collectivement et socialement.

Pour ma part, c’est, évidemment le dossier des Anciens Combattants qui constitue ma lunette primaire pour faire mon choix. Si je le suis activement depuis 2014– et y contribue ma façon, notamment par mes rencontres, ma participation aux comités parlementaires et au comité aviseur des Familles d’ACC, – c’est ce combat qui définit ma paire de lunettes électrice. Écouter 6 heureux-élus-au-sein-de-leur-parti en débattre en anglais pour nous convaincre de la pertinence d’un vote n’est pas toujours rassurant face à l’avenir. Il faut vraiment remercier Julian Fantino pour son illustre imbécillité ministérielle qui aura eu l’avantage de mettre les vétérans au cœur des enjeux des dernières élections parce que d’emblée, un triste constat: on parle pas mal moins des vétérans pendant la présente campagne électorale.

Entre plusieurs rapports et de nombreuses études, toutes tablettées et oubliées dès leur publication, malgré le jeu de chaises incessant (dont 6 ministres des Anciens Combattants en 5 ans), on oublie que la situation n’évolue pas toujours en faveur des vétérans. La bonne nouvelle, c’est qu’à force de détermination et de volonté à brasser la cabane pour garder les enjeux bien vivants et bien présents au Parlement, on finit par trouver de véritables alliés qui utilisent leur pouvoir parlementaire et permettent d’effectuer des gains ‘politiques’. Même imparfaits, ils présentent au moins l’avantage d’avoir quelque chose sur lequel travailler et faire évoluer.

Un bon exemple est le dossier de la méfloquine, qui grâce aux efforts d’un petit nombre de vétérans dont Dave Bona qui a trouvé en la députée conservatrice Cathay Wagantall (aussi au comité parlementaire des anciens combattants), une féroce alliée. Elle a largement contribue à conserver une lumière politique sur le dossier, à sa façon et avec la limite de son pouvoir. Si elle ne parle plus de méfloquine sur les réseaux sociaux, les Conservateurs le font par le biais de leur plateforme électorale. C’est signe que l’appropriation politique du dossier évolue…peut-être aussi en raison des actions judiciaires actuellement en cours.

Un autre exemple (absolument imparfait) porte sur la naissance de la mesure de Reconnaissance de l’Aidant naturel. Le gain politique consiste en un versement de 1000$ directement au nom de l’aidant. L’imperfection (grosse comme le monde) demeure dans son accessibilité: les critères d’admission le limite à ceux qui prodiguent des soins physiques. Encore une fois, si ACC reconnait l’affectation qu’est le SPT pour un vétéran, on ne reconnait toujours pas le rôle vital et essentiel de ceux qui composent avec la souffrance reliée au service militaire, avec toute la complexité de sa spécificité.

Qu’on en parle pas, qu’on en fasse un enjeu électoral ou non, il n’en demeure pas moins que la responsabilité gouvernementale est humaine; le ministère des Anciens Combattants est d’abord et avant tout, un ministère de Cœur. À travers la réalité administrative qui varie d’une province à l’autre et sur laquelle on ne peut pas nécessairement avoir de contrôle en lien avec les services. En outre, il serait bien que quelqu’un rappelle au ministère du Revenu du Québec qu’un jugement a été rendu à l’effet que certains vétérans n’ont pas à payer l’assurance médicaments publique (le Québec est la seule province canadienne à avoir ce système) et que cette cotisation va a l’encontre de la loi sur la santé fédérale. C’est aussi ça, aimer les vétérans d’une façon juste et équitable. Par contre, la question de l’argent via les bénéfices, ne devrait même plus faire la Une des quotidiens, comme ce fut le cas tout récemment, alors qu’ACC connait des délais d’attente encore plus long.

Justement, the famous Pension For Life qui a fait l’objet du plus bel effort marketing déployé par un ministre: O’Reagan a déguisé sa tournée promotionnelle par ses “Town Halls Meetings” qui illustraient aussi (faussement) un effort d’écoute. Rare sont ceux, outre les Libéraux, à le défendre: tout le monde sait que les nouveaux vétérans sont pénalisés par rapport au système de pension initial. Une trahison politique sur laquelle on a remarqué le silence de ceux qui ont capitalisé sur leur titre militaire pour attirer les votes et attiser l’espoir d’une communauté trahie en 2015.

Pourtant, les anciens combattants méritent qu’on s’y attardent parce que leurs démons, tout comme les défis auxquels ils font face, sont réels. Elections au pas.

Par exemple, passer par le Tribunal des Anciens combattants et devoir attendre des années avant de voir s’entamer le processus a des conséquences directes que tout le monde comprend. Mais de pousser la note du ridicule jusqu’à être représentés par des avocats-débordés-qui-ne-croient-même-pas-en-leur-propre-système et qui font des représentations qui vont nul part à des juges qui cachent mal leur je-m’en-calisse derrière leurs questions inadéquates et leur grain de sel personnel et qui rendent des décisions qui illustrent leur belle incompétence, condescendance et méconnaissance, n’aide ni le vétéran, ni les contribuables. Quand on pense que tout ce cirque est aussi généré par Anciens Combattants, le maître-de-la-décision-basée-sur-du-n’importe-quoi, n’est pas vraiment aidant pour quelqu’un qu’on dit aimer. Avez-vous déjà pensé au montant d’argent dépensé, que ce soit en cour ou au tribunal, à refuser des services et des bénéfices aux vétérans ? ‘Les vétérans en demandent plus que ce l’on peut donner’ constitue une aberration absolue. Les vétérans demandent du gros bon sens, c’est tout.

Les aimer, ça veut aussi dire leur donner le temps de se rétablir au maximum de leur potentiel de rétablissement. Ça veut dire comprendre que plusieurs resteront marqués à vie et que jamais ils ne réintégreront le marche du travail selon les normes de la société. Si tout le monde avait les moyens, comme Omar Kadhr, d’aller a Tout le monde en parle pour jaser de l’acquisition d’un centre d’achat pour oublier ses souffrances, on n’en parlerait pas.

Mais comme plusieurs finissent dans la rue, tout seuls, tout croches, dysfonctionnels, et que des enfants en bas âge, une semaine sur deux, se font trimbaler d’un divan a l’autre, on ne peut pas toujours se résigner avec un sourire. Et encore, il existe des hurluberlus qui parlent avec un grand sourire dans le visage de l’aisance avec laquelle on peut réhabiliter les combattants canadiens qui ont décidé d’aller se battre avec le groupe armé État islamique….

Pour ceux qui ont payé le prix ultime, perdu le combat contre leurs démons, pour ceux qui les combattent. Pour ceux qui les aiment, inconditionnellement.

Jeudi, je serai a l’écoute du débat des chefs, version francophone.

À vous et a votre famille,

Merci de votre service.

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