Partis fédéraux et vétérans: aujourd’hui libéraux et conservateurs, bonnet rouge, bonnet bleu…

Des membres de l’association des Vétérans UN-NATO Canada observent le déroulement du 70e anniversaire du jour-J au musée de l’aviation et de l’espace du Canada (anciennement le musée national de l’aviation) à Ottawa, Ontario le 6 juin 2014 (Sergent Dan Shouinard/Direction des affaires publiques de l’Armée)
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«Vous avez été trahi et vous méritez mieux», dit le chef conservateur Andrew Sheer. «Nous allons veiller à ce que tous les anciens combattants reçoivent l’aide dont ils ont besoin et nous soutiendrons leurs familles quand elles en auront besoin» indique pour sa part la plateforme Libérale.

Si le Parti Libéral et le Parti Conservateur ne se ressemblent pas en termes d’orientation, de perspective et de vision, ils ont en commun le fait d’avoir été au pouvoir et d’avoir pu démontrer la vraie valeur de leur amour politique à l’égard des vétérans. Les deux ont eu l’opportunité de se montrer, ou pas, à la hauteur du respect du sacrifice militaire avec lequel il beurre leur discours pour s’attirer des votes.

Et dans leur différence, à chacun leur tour au pouvoir, ils travaillent très bien ensemble en «faisant du pouce» sur les absurdités créées par le gouvernement précédent. Et en bout de ligne, finissent par adopter les mêmes façons de faire qui font en sorte que rien n’est jamais réglé. Des exemples?

La Nouvelle Charte des Anciens Combattants, qui s’est avérée un vrai désastre pour les vétérans et leurs familles, a été pensée et orchestrée par les Libéraux en 2005 (et appuyée par TOUS les partis) puis, mise en œuvre par les Conservateurs en 2006. Ce sont les Libéraux, qui, en 2018, ont lancé en grande pompe leur nouveau système de pension décrié de toutes parts. Dans les faits, ceux qui appartiennent au système pré-2006 demeurent encore les mieux «traités»: dans ce pays, quand les vétérans se comparent entre eux, ils ne se consolent pas toujours parce que plusieurs vivent dans une misère inacceptable.

À la recherche d’un ministre aux «couilles de fer»

Aujourd’hui, en pleine période électorale, le Parti Vert, tout comme le Parti populaire du Canada, le NPD, et même les Conservateurs s’engagent à faire une ré-ré-ré-restauration du système de pension pré-2006, une ré-ré-révision de la Charte. Toutes des affaires qui auraient dû être réglées depuis un p’tit bout, mettons. Mais pour que ça se fasse, non seulement il faudra un(e) ministre avec des couilles politiques de fer, il faudrait aussi qu’un parti soit véritablement animé par une volonté politique à régler ce qui ne va pas, en dehors des cours de justice. Surtout, il faudrait que la communauté des vétérans s’accapare de son propre pouvoir pour influencer le brassage politique des enjeux et pour user de sa capacité à les faire avancer.

Mais l’instabilité gouvernementale favorise aussi la stabilité des hauts-fonctionnaires-d’ACC-qu’on-aurait-vraiment-intérêt-à-remplacer. Depuis 2014, ce sont 6 ministres qui ont défilé à la tête du Ministère des Anciens Combattants, tous aussi convaincus les uns que les autres. Et d’ici quelques jours, nous saurons qui prendra la relève, peu importe le melting pot politique avec lequel nous devrons vivre à partir du 21 octobre au soir et ce, pour les 4 prochaines années.

Il ne faudrait pas omettre que les deux partis, une fois au pouvoir, ont retourné des fonds (initialement destinés aux anciens combattants) non-utilisés au Conseil du Trésor: que le NPD s’engage ne pas les retourner et s’en servir pour réinvestir n’est pas sorti de nulle part. Les deux partis se sont évertués (le mot est fort..) à réduire le temps d’attente dans le traitement des dossiers, chacun avec leur méthode Kool-Aid respective: le seul résultat probant, c’est que la durée d’attente s’est allongée.

Et on n’a pas parlé de l’incohérence des Libéraux: d’un côté, la légalisation du cannabis et de l’autre, on rend l’accès au cannabis médical plus difficile aux vétérans. Ainsi, si une prescription de pilules est approuvée dans l’heure qui suit, la prescription de cannabis, accompagnée d’une lettre d’exemption et tout le tralalala, peut prendre des mois. Ça peut difficilement être plus ridicule. C’est comme ça que les politiciens rient de la face des vétérans.

Donc, dans leur grande compréhension et connaissance respective, quels sont les engagements des deux partis pour les vétérans? Il vaut la peine de les juxtaposer, juste pour illustrer ce qu’ils ont retiré de leurs leçons et leurs opportunités :

Parti Libéral/Parti Conservateur

Parti libéral

Nombre de candidats québécois possédant un background militaire: 4

(Marc Garneau, Marc-Aurèle Fortin, Dave Savard, Sameer Zuberi)

Santé mentale:

· Mise sur pied d’un nouveau service d’intervention où œuvreront des travailleurs, sociaux, des conseillers en gestion des cas et des intervenants en services de soutien aux pairs.

· Contact proactif tous les anciens combattants canadiens pour veiller à ce qu’ils soient au courant de l’aide qui est à leur disposition et de la façon d’y accéder.

Prestation d’invalidité

Jusqu’à 3 000 dollars en services de santé mentale gratuits avant qu’une demande d’invalidité soit nécessaire. · Pour simplifier et pour écourter le processus, nous mettrons au point un système d’approbation automatique pour les demandes d’invalidité les plus courantes, notamment la dépression, le syndrome de stress post-traumatique et l’arthrite, entre autres.

Appui aux familles (MILITAIRES) lors de mutation

Pour aider les membres de la famille à s’adapter plus facilement à leur nouvel environnement, création d’un service national de soutien à la formation et à l’emploi. Des services d’orientation professionnelle, des services de jumelage emploi-travailleur et d’autres aides à l’emploi adaptées aux besoins particuliers des familles de militaires et de policiers seront offerts. Aussi, donner aux familles une prestation libre d’impôt de 2 500 dollars chaque fois qu’ils déménagent, pour couvrir les frais de recyclage professionnel, de renouvellement de la certification et d’autres coûts associés à la recherche d’un nouvel emploi.

Anciens Combattants sans-abri

Construction de nouveaux logements accessibles et abordables conçus spécialement pour eux, et qui ont besoin de plus d’aide un large éventail de services de santé, de services d’emplois et de services sociaux.

Parti conservateur

Nombre de candidats québécois possédant un background militaire : 7

(Josée Bélanger, Dave Blackburn, Alupa Clark, Isabelle Lapointe, Véronique Laprise, Jessy McNeil, Pierre Paul-Hus)

Propositions

Enchâsser dans la loi un pacte militaire entre les vétérans du Canada et le gouvernement du Canada.

Éliminer l’arriéré des demandes de prestations des vétérans en l’espace de 24 mois.

Régler le problème identifié par le directeur parlementaire du budget (DPB), qui a constaté que les vétérans les plus gravement handicapés sont en plus mauvaise posture avec les « pensions à vie » qu’avec le système précédent.

Pour assurer qu’il n’y a pas d’écart entre le service dans les Forces armées canadiennes (FAC) et les prestations d’Anciens combattants Canada (ACC), revoir les règles sur l’attribution des services. Plus précisément, à ce que les FAC gardent les membres libérés pour raisons médicales jusqu’à ce que l’ensemble des prestations et des services des FAC, d’ACC et du Régime d’assurance-revenu militaire soient confirmés et en place ·

Rétablir des projets de commémoration essentiels.

Faire une étude indépendante de l’administration de la méfloquine dans les Forces armées canadiennes.

A noter que le Parti Conservateur est le seul à effleurer la question de la méfloquine. Voilà longtemps qu’on en parle et voir le mot est en soi un important gain qui permettra de faire des avancées. Mais en même temps, que d’éliminer l’attente en 24 mois est noble…, mais on ne sait pas comment il atteindra sa cible. Peut-être, s’il est au pouvoir, il reprendra l’idée de la plateforme des Libéraux en faisant des approbations directes.

France-Canada, quand on se compare, on se console, mais…

Mon récent périple en Europe, notamment à la rencontre de vétérans Français, m’a toutefois fait comprendre à quel point les vétérans d’ici sont choyés : ils possèdent un statut, des services «accessibles» aussi pour leur famille, un système les secondant dans leur transition, leur rétablissement, leur invalidité.

Ici, le courage des vétérans qui braillent-à-la-caméra les élève au statut de héros –ou de «poster boy/girl » au Québec-.

Là-bas, les vétérans ont à transiger avec un système où tout est papier, absolument rien n’étant informatisé. Ici, si nos vétérans se font chier à remplir 6 fois par année le ridicule formulaire sur la qualité de vie, mais au moins, nul besoin de se faire des tonnes de photocopies puisqu’ils sont tous accessibles par le site d’Anciens Combattants Canada.

En France, la stigmatisation de la blessure de stress opérationnel est systémique et sociale : les vétérans Français qui accordent des entrevues pour parler de leur SPT le font souvent sous le couvert de l’anonymat.

Quand on pense que les Forces françaises comptent environs 500 000 soldats réguliers et réservistes et que le pays n’a aucune idée du nombre de ses vétérans, du nombre de suicides, de l’état réel de leur condition quand on leur montre la porte… L’ampleur de la souffrance qui s’y vit n’a pas de mots, elle se résume tristement par les morts qu’on enterre à toutes les semaines.

Quand on se compare, on se console? Peut-être. Mais se consoler n’empêchent pas nos propres larmes de couler: nous aussi, nous enterrerons nos propres morts.

Surtout, se comparer rappelle que le sacrifice ultime vient avec les décisions politiques de ceux qui sont au pouvoir. C’est vrai pour les engagements militaires, de l’équipement avec lequel on exige de faire le travail… et c’est aussi vrai pour les vétérans qui sont à la merci d’un système qui est loin d’être optimal et efficace et des stratèges politiques visant à faire des économies sur leur dos.

Finalement, c’est du pareil au même

Mais, pour revenir à nos deux partis fédéraux canadiens, anyway, c’est du pareil au même. Même si on revirait la question de bord dans tous le sens, il n’y en a pas un meilleur que l’autre parce que la politique, c’est la politique. Même si on se dit que la représentation militaire est intéressante, en bout de ligne, une fois élu, c’est la ligne de parti qu’il faut suivre et défendre. Pour arriver au vrai changement, il faut passer au travers la lourdeur de la machine parlementaire, faut avoir le bon rôle et les bonnes fonctions officielles. Et à regarder les vétérans élus des dernières années, rares sont ceux qui ont dénoncé l’abus de leur gouvernement.

Vivement qu’on en finisse avec les élections car bientôt, ce sera le Jour du Souvenir. Pour certains, la période noire de l’année est déjà bien entamée. Depuis 3 ans, mon Vétéran-À-Moi et moi commémorons à Grand-Mère, où La Légion organise annuellement une cérémonie aux flambeaux qui vient me chercher à chaque fois. C’est beau, c’est touchant, c’est humain, c’est intime. À chaque fois, j’observe la droiture des hommes et des femmes, qu’ils soient en uniforme ou qu’ils portent le béret, et je suis émue.

Si seulement, à notre tour, on pouvait se tenir debout, pour les vétérans, une fois pour toutes.

Mais comme aucun parti ne possède les conditions véritablement gagnantes, il ne reste qu’à espérer que nous élirons les bonnes personnes. Car tout ce qu’il reste, c’est l’espoir exprimé sur un formulaire de vote.

A vous et à votre famille,

Merci de votre service ( et merci de voter!)