Liban: le soulèvement populaire ne faiblit pas, l’armée se montre

Les forces de sécurité libanaises se déploient aux abords d'un barrage de manifestants à Beyrouth, le 23 octobre 2019. [AFP]
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Le soulèvement populaire, qui a saisi le Liban tout entier pour huer la classe politique, ne donne mercredi aucun signe d’essoufflement et l’armée commence à se montrer dans la rue au bout d’une semaine d’une crise sans précédent.

Loin de faiblir après l’annonce de réformes par le gouvernement, le mouvement présente même les signes d’une vigueur nouvelle à Beyrouth, où les barrages de manifestants se sont multipliés dès l’aube sur la voie  qui conduit au centre de la capitale.

Les soldats et les forces de sécurité sont eux aussi plus nombreux aux abords des barrages, selon des journalistes de l’AFP sur place, avec l’apparition de blindés. 

« La décision a été prise d’ouvrir les routes principales pour faciliter le mouvement des citoyens », a indiqué à l’AFP une source militaire haut placée.

Un barrage a été levé de force pour débloquer l’entrée nord de Beyrouth et l’armée, jusque-là très discrète, a commencé à se déployer pour montrer sa force.

Banques, écoles et universités sont elles restées fermées jusqu’à nouvel ordre.

« La peur a disparu »

Chemise bleue ajustée et gel dans les cheveux, Hassan, 27 ans, et ses amis ne se sont pas laissé impressionner lorsque des soldats ont retiré les barrières qu’ils avaient installées au milieu d’une rue. Ils se sont tranquillement assis par terre en brandissant leurs drapeaux libanais, les soldats ont reculé et la rue est restée bloquée. 

« Voilà, le sentiment de peur a disparu! », s’est exclamé Hassan.

Michel Khairallah, un jeune serveur, veut lui « bloquer le pays jusqu’à la victoire ». C’est-à-dire l’arrivée d’un nouveau gouvernement « sans ministres corrompus », qui sera composé de « gens jeunes et compétents » capables de sortir enfin le pays du marasme. « Ils existent, ils attendent seulement leur tour ».

Pour le septième jour consécutif, des rassemblements sont prévus dans des villes du nord au sud du pays. Ils ont encore réuni mardi des dizaines de milliers de personnes à Beyrouth et à Tripoli, la grande ville du nord qui baigne dans une atmosphère de liesse.

Présenté lundi soir par le Premier ministre Saad Hariri, le vaste plan de réformes économiques n’a pas renversé la situation malgré quelques mesures hautement symboliques comme la baisse de 50% des salaires des ministres et des députés.

« Trop peu, trop tard? », s’interrogeait mercredi à la Une le quotidien francophone L’Orient le Jour. 

La presse locale tente de lister les pistes sans qu’aucune ne lui paraisse à ce stade convaincante: remaniement gouvernemental pour « sortir » les ministres les plus conspués par la rue, création d’un « comité de pilotage » composé d’experts respectés, élections anticipées… 

L’impôt de trop

Aucun leader de la contestation n’a jusque-là émergé. Un « comité de coordination de la révolution » a annoncé sa naissance mardi lors d’une prise de parole sur l’estrade de la place des Martyrs à Beyrouth, mais sans convaincre de sa représentativité.

Un groupe d’économistes a de son côté proposé ses services pour chercher des solutions.

L’étincelle de la révolte a été l’annonce impromptue le 17 octobre d’une nouvelle taxe, cette fois sur les appels via la messagerie WhatsApp.

L’impôt de trop qui a fait exploser la colère dans un pays où des besoins élémentaires, comme l’eau, l’électricité et l’accès universel aux soins, ne sont pas assurés 30 ans après la fin de la guerre civile (1975-1990). Sans oublier la classe politique inchangée depuis des décennies et jugée corrompue et incapable de trouver des solutions. Fort de ses bonnes relations avec la communauté internationale, M. Hariri mise de son côté sur un coup de pouce financier de l’étranger pour l’aider à sortir de l’impasse. Il a rencontré mardi les ambassadeurs de France et des Etats-Unis, deux pays amis, pour les convaincre du bien-fondé de son plan d’urgence.

Il espère surtout faire débloquer un fonds de 11 milliards de dollars promis en avril 2018 lors d’une conférence à Paris en échange de réformes structurelles.

Ancienne puissance mandataire, la France a appelé « à la préservation du caractère pacifique des protestations » et « renouvelé ses encouragements au gouvernement libanais pour réaliser les réformes nécessaires (…) au bénéfice direct de l’ensemble des citoyens ».