Syrie: combats dans les secteurs frontaliers et fuite de 800 proches de l’EI

Un combattant syrien proturc au nord de la Syrie, le 13 octobre 2019. [AFP]
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Les combats font rage dimanche dans le nord de la Syrie, opposant les forces kurdes aux militaires turcs et leurs supplétifs syriens qui cherchent à conquérir des secteurs frontaliers, a rapporté l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH).

Depuis le début mercredi de l’offensive turque contre une milice kurde syrienne, plus de 130.000 personnes ont été déplacées, a indiqué l’ONU, les organisations internationales mettant en garde contre un nouveau drame humanitaire dans le pays en guerre.

D’après des médias turcs, Ankara cherche à contrôler dans le nord syrien une bande territoriale frontalière longue de 120 kilomètres et profonde d’une trentaine de kilomètres, allant des villes kurdes de Tal Abyad à Ras al-Aïn.

Près de Tal Abyad, de « violents combats » se déroulent dans la localité de Suluk, où les forces turques et leurs supplétifs syriens ont conquis « des secteurs », d’après l’Observatoire. Des raids aériens turcs ont visé les environs.

Un responsable des Forces démocratiques syriennes (FDS), principale coalition de combattants kurdes et arabes qui contrôle de vastes régions dans le nord et le nord-est syrien, a confirmé ces combats.

« Les Turcs essayent d’en prendre le contrôle, mais il y a de violents affrontements avec nos forces », a-t-il dit.

Sur un autre front, à Ras al-Aïn, les forces kurdes ont fait reculer les militaires turcs et leurs supplétifs syriens, d’après l’OSDH. « Les combats se poursuivent à la périphérie ouest de Ras al-Aïn ».

Lors des violences nocturnes, 17 combattants proturcs ont été tués à Ras al-Aïn ou par des tireurs embusqués des forces kurdes, tout comme quatre combattants des FDS, selon l’Observatoire.

Depuis mercredi, 85 combattants kurdes ainsi que 38 civils ont été tués dans les violences, selon un dernier bilan de l’OSDH.

Samedi, Ankara avait annoncé avoir conquis Ras al-Aïn, mais les FDS et l’OSDH avaient nié.

« Les forces d’Ankara et les rebelles proturcs ont reculé dans plusieurs zones où ils ont progressé la veille », selon le responsable des FDS.

Un autre responsable des FDS, stationné à Ras al-Aïn, a lui aussi rapporté le recul des forces turques. Les FDS ont eu recours à « des tunnels souterrains » pour prendre l’assaillant par surprise.Le Bureau de coordination des affaires humanitaires de l’ONU (Ocha) a annoncé samedi soir que « des déplacements significatifs continuent d’être rapportés dans les zones rurales autour de Tal Abyad et Ras al-Aïn », avec des « estimations actuelles dépassant les 130.000 personnes ».

Ces déplacés ont été installés dans des écoles transformées en abri dans des villes et des localités relativement épargnées par les violences, d’après Ocha.

Fuite de 800 proches de l’EI en plein assaut turc

Les autorités kurdes en Syrie ont annoncé dimanche la fuite de près de 800 proches de jihadistes du groupe État islamique (EI) d’un camp de déplacés, qui ont profité selon elles du chaos sécuritaire créé par l’offensive turque. 

Les combats dans le nord de la Syrie, près de la frontière turque, continuent de faire rage au cinquième jour de cette offensive qui a entraîné la mort de plus de 150 personnes, dont une cinquantaine de civils, et l’exode de plus de 130.000 personnes.

Avec cet assaut, la Turquie cherche à instaurer une « zone de sécurité » de 32 km de profondeur pour séparer sa frontière des territoires aux mains des Unités de protection du peuple (YPG), une milice kurde qualifiée de « terroriste » par Ankara.

A la faveur de la guerre complexe en Syrie déclenchée en 2011, la minorité kurde a instauré une autonomie de facto sur de vastes régions du nord et nord-est du pays, le long de la frontière turque. Ces secteurs sont sous le contrôle des Forces démocratiques syriennes (FDS), une alliance dominée par les YPG.

Les FDS ont été les partenaires incontournables des Occidentaux, principalement des États-Unis, dans la lutte contre l’EI. Et elles n’ont eu de cesse d’avertir que l’assaut turc risquait d’entraîner une résurgence de l’EI qui profiterait d’un contrôle de sécurité très réduit avec le redéploient des forces kurdes pour combattre les Turcs et leurs supplétifs syriens.

Dimanche, « 785 (proches) de membres étrangers de l’EI ont fui le camp d’Aïn Issa », a indiqué dans un communiqué l’administration kurde. « Ils ont attaqué les gardes et ouvert les portes ».

« Toutes les familles de membres de l’EI ont fui », a indiqué à l’AFP un responsable kurde, Abdel Qader Mouahad, en faisant état « d’émeutes » et de la présence de « cellules dormantes » jihadistes se faisant passer pour des déplacés dans le camp.

Selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH), une partie des gardiens du camp se sont retirés pour aller épauler les forces kurdes combattant les supplétifs syriens à 10 km de là.

« Catastrophe »

Des bombardements ont également visé les environs du camp, ont précisé les autorités kurdes et l’OSDH.

Quelque 12.000 combattants de l’EI, des Syriens, des Irakiens mais aussi 2.500 à 3.000 étrangers originaires de 54 pays, sont détenus dans les prisons sous contrôle des Kurdes, selon leurs statistiques. Les camps de déplacés accueillent quelque 12.000 étrangers, 8.000 enfants et 4.000 femmes.

Alors que les Occidentaux ont condamné l’offensive turque en disant craindre une résurgence de l’EI, les autorités kurdes ont appelé à une action internationale « rapide pour empêcher une catastrophe dont les conséquences ne se limiteront pas à la Syrie ».

Sur le front des combats qui se concentrent sur une bande allant des villes frontalières de Ras al-Aïn à Tal Abyad, tenues par les forces kurdes, les forces turques ont poursuivi leur lente progression.

Près de Tal Abyad, les forces turques et leurs supplétifs ont conquis la localité de Suluk, d’après l’OSDH. Elles ont pris au total depuis mercredi 36 villages aux Kurdes malgré la forte résistance des Kurdes.

14 civils tués

Sur le front de Ras al-Aïn, plus à l’est, les forces kurdes ont fait reculer les militaires turcs et les combats se poursuivent, d’après l’OSDH.

Les forces kurdes utilisent  « des tunnels souterrains » pour prendre l’assaillant par surprise, a dit un responsable des FDS à Ras al-Aïn. 

Au moins 14 civils ont été tués dans des tirs ou des bombardements, dont cinq personnes à bord d’une voiture prise pour cible par des combattants proturcs près de Aïn Issa, au sud de Tal-Abyad, selon l’Observatoire.

En cinq jours, 104 combattants kurdes ainsi que 52 civils ont été tués dans les violences, selon un dernier bilan de l’OSDH. Ankara a annoncé la mort de quatre soldats en Syrie et de 18 civils dans la chute de roquettes kurdes tirées sur des villes frontalières turques.

Selon l’ONU, « des déplacements significatifs continuent d’être rapportés autour de Tal Abyad et Ras al-Aïn », avec des « estimations dépassant les 130.000 personnes ». Ces déplacés sont installés dans des écoles transformées en abri dans des zones épargnées par les violences.

Les FDS ont combattu pendant des années l’EI, vaincu en mars dernier en Syrie, avec principalement l’aide des États-Unis dont des centaines de soldats sont déployés dans le nord syrien.L’offensive turque a été lancée deux jours après que les États-Unis ont retiré des soldats des abords de la frontière syro-turque, semblant donner le feu vert à l’assaut.

Un « coup de couteau dans le dos », ont accusé les FDS en appelant malgré tout les Etats-Unis à « fermer l’espace aérien face à l’aviation turque », principal atout dans l’offensive.