Syrie: Donald Trump isolé et durement critiqué

Le président américain Donald Trump le 3 octobre 2019 en Floride. [AFP]
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« Enorme erreur », « désastre »: en décidant abruptement de laisser le champ libre à la Turquie dans le nord de la Syrie, Donald Trump a suscité de très vives réactions, sur la scène internationale comme au sein de son propre camp.

Cette spectaculaire annonce du milliardaire républicain pose une nouvelle fois la question de son rapport aux alliés de l’Amérique, et renforce l’image d’un président isolé au sein de sa propre administration.

Si M. Trump a toujours fustigé les guerres « sans fin », le retrait des troupes américaines de secteurs proches de la frontière turque, dans le nord de la Syrie, place les forces kurdes – alliées de Washington dans la lutte antijihadiste – à la merci d’une offensive militaire d’Ankara.

La décision, annoncée dimanche soir, tard, dans un communiqué de deux paragraphes de la Maison Blanche, a suscité la stupeur. Et le silence du département d’Etat et du Pentagone n’ont fait que renforcer le sentiment d’un virage stratégique de taille pris sans consultation.

En janvier, le chef de la diplomatie américaine Mike Pompeo assurait que les Etats-Unis entendaient s’assurer que « les Turcs ne massacrent pas les Kurdes ». Quelques mois plus tard, il mettait en garde Ankara contre les conséquences « dévastatrices » d’une intervention en Syrie.

Lundi matin, les réactions de la plupart des ténors du parti républicain ont été cinglantes.

Pour le sénateur Lindsey Graham, proche du président américain avec lequel il joue régulièrement au golf, cette décision est « un désastre en puissance » et « l’abandon des Kurdes sera une tache sur l’honneur de l’Amérique ».

Et l’influent sénateur conservateur de Caroline du Sud de menacer de proposer une résolution au Sénat pour revenir sur cette décision. Et, pour mieux souligner l’isolement du président, il précise s’attendre à un fort soutien des élus des deux bords sur ce dossier emblématique.

Autre grand soutien habituel du président au Congrès, Liz Cheney, numéro trois des républicains à la Chambre des représentants, s’est indignée d’une décision «qui ignore les leçons du 11-Septembre».  

«Retirer les forces américaines du nord de la Syrie est une erreur catastrophique qui met en péril nos avancées contre l’EI et menace la sécurité américaine», a-t-elle tonné, retweetant également   un tweet de l’Institute for the Study of War qui affirme qu’au cours du dernier mois, le dirigeant du groupe armé Etat islamique, Abu Bakr al Baghdadi, a annoncé le lancement d’une campagne visant à libérer les combattants et leurs partisans fidèles des prisons et des camps de personnes déplacées, y compris dans le nord de la Syrie.

Le sénateur de Floride Marco Rubio a lui parlé d’une « grave erreur qui aura des implications bien au-delà de la Syrie ».

« Toujours soutenir nos alliés »

Des Irakiens manifestent dans le centre de Bagdad le 4 octobre 2019. [AFP]

Nikki Haley, ancienne ambassadrice des Etats-Unis à l’ONU et figure montante du parti républicain, a jugé utile de rappeler au 45e président des Etats-Unis un principe simple des relations internationales: « Nous devons toujours soutenir nos alliés si nous attendons d’eux qu’ils nous soutiennent ».

« Les Kurdes ont un rôle crucial dans notre combat couronné de succès contre l’EI en Syrie. Les laisser mourir est une énorme erreur », a-t-elle ajouté.

Lorsqu’il avait annoncé, fin 2018, le départ le plus rapide possible des quelque 2.000 soldats américains stationnés en Syrie (un départ qui a depuis été largement remis en cause), le général Jim Mattis, chef du Pentagone, avait décidé de claquer la porte.

« Comme vous, j’ai dit depuis le début que les forces armées des Etats-Unis n’avaient pas pour vocation à être le gendarme du monde », avait-il expliqué dans une lettre de démission ciselée. Mais « il faut traiter les alliés avec respect », ajoutait-il.

Après le communiqué de la Maison Blanche, et les tweets du président américain, martelant sa volonté de « sortir de ces guerres ridicules et sans fin, dont beaucoup sont tribales », la réaction la plus tranchante est probablement venue de celui qui fut l’un des acteurs centraux – sous Barack Obama puis Donald Trump – de la lutte contre l’EI.

Brett McGurk, qui a démissionné en décembre de son poste d’émissaire chargé de la lutte contre le groupe jihadiste, a résumé son analyse en quelques tweets.

« Donald Trump n’est pas un Commandant en chef. Il prend des décisions impulsives, sans connaissances ni délibérations. (…) Le communiqué de la Maison Blanche démontre une absence totale de compréhension de ce qui se passe sur le terrain »

Sa conclusion? « Après un échange téléphonique avec un dirigeant étranger, Trump a fait un énorme cadeau à la Russie, à l’Iran et au groupe Etat islamique ».

«Trahison ignoble»

Chez les démocrates aussi, les critiques fusaient.  

L’ancienne secrétaire d’État Hillary Clinton a accusé Donald Trump de s’être «allié avec les dirigeants des régimes autoritaires turcs et russes aux dépens de nos alliés loyaux et des intérêts américains».  

«Sa décision est une trahison ignoble aussi bien des Kurdes que de son serment présidentiel», s’est-elle indignée sur Twitter.  

Le candidat à la primaire démocrate Bernie Sanders a souligné qu’il prônait depuis longtemps la fin de l’«intervention militaire» américaine au Proche-Orient. «Mais l’annonce soudaine de Donald Trump […] est extrêmement irresponsable», a-t-il tweeté. «Elle mènera probablement à plus de souffrances et d’instabilité».  

Et pendant que l’indignation monte, le département d’État essaie de réparer les pots cassés en affirmant que les États-Unis ne retirent qu’un «tout petit nombre» de soldats qui étaient déployés en Syrie à la frontière turque, et seulement sur «une toute petite distance», selon ce qu’a déclaré lundi un haut responsable américain, alors que Donald Trump évoquait, lui, un retrait plus généralisé.

Plus tôt dans la matinée, Donald Trump avait expliqué qu’il voulait laisser aux différents protagonistes du conflit syrien le soin de «résoudre la situation» eux-mêmes et lundi, les troupes américaines déployées dans le nord de la Syrie ont débuté leur retrait de secteurs proches de la frontière turque.

En réponse aux critiques fusant de prtout, l’occupant de la Maison Blanche évoque maintenant dans de nouveaux tweets un peu irréels sa «grande sagesse inégalée» et promet d’«anéantir» l’économie turque si Ankara allait selon lui trop loin en Syrie…

*Avec AFP