Syrie : Poutine et Erdogan parviennent à un accord

Le président turc Recep Tayyip Erdogan le 16 septembre 2019 à Ankara en Turquie. [AFP]
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Le président russe recevait mardi son homologue turc pour des pourparlers consacrés au Nord-Est de la Syrie, au moment où Ankara menace de reprendre son offensive contre des combattants kurdes après quelques jours de trêve.


Mise à jour 23/10/2019, 10h27

Les Kurdes de Syrie abandonnés de tous. Si les forces kurdes ne se retirent pas conformément à l’accord Ankara-Moscou, «les gardes-frontières syriens et les officiers de la police militaire russe devront se retirer», laissant les Kurdes à la merci des Turcs, a précisé le Kremlin mercredi par la voix de son porte-parole, Dmitry PeskovLe commandant des Forces démocratiques syriennes (SDF), avait déclaré plus tôt qu’il ne faisait pas confiance aux Russes, car ils avaient trahis les Kurdes lors de l’offensive turque à Afrin au début de 2018.

Mise à jour, 22/10/2019, 17h08

Le président russe Vladimir Poutine a appelé le président syrien Bachar al-Assad pour l’informer des détails de l’accord avec la Turquie sur les patrouilles dans la zone frontalière au nord de la Syrie.

Mise à jour, 22/10/2019, 13h53

Poutine et Erdogan, qui ont discuté de l’évolution de la situation en Syrie, notamment des moyens de normaliser la situation dans le nord-est du pays, de lutter contre les  »groupes terroristes internationaux » et de faire avancer le processus de règlement politique, sont parvenus à un accord qui, tout en répondant aux préoccupations d’Ankara, préserve les intérêts du régime Assad, allié de la Russie, la présidence turque publiant une déclaration selon laquelle « l’intégrité du territoire et l’unité politique de la Syrie sont la clé d’un avenir stable dans la région ».

La déclaration de la présidence turque affirme aussi à la suite de cet accord turco-russe sur le nord de la Syrie, qu’aujourd’hui est « un grand jour pour les nations civilisées luttant contre ‘les groupes terroristes’  » à la suite de l’accord turco-russe sur le nord de la Syrie.

L’accord prévoit à partir du 23 octobre à midi, soit dans 150 heures, le retrait des YPG d’une zone de 30 km de profondeur tout le long de la bande frontalière, la saisie de leurs armes et la destruction de leurs fortifications. L’accord russo-turque sur le nord de la Syrie prévoit également des patrouilles conjointes turco-russes à la frontière. Cet accord, qui devrait tempérer l’offensive turque, n’est pas sans rappeler l’accord américano-turque, aujourd’hui défunt, sur une zone de sécurité, mais où c’était les USA qui se portait garants de la sécurité de leurs alliés kurdes maintenant laissés à la merci du Kremlin et des puissances régionales.


« La situation dans la région est très grave », a déclaré Vladimir Poutine au début de sa rencontre avec Recep Tayyip Erdogan, appelant à « trouver une solution même aux questions les plus difficiles ». 

A son arrivée à Sotchi,  M. Erdogan a indiqué espérer que ces pourparlers constituent « une opportunité de paix plus solide », alors qu’Ankara réclame le retrait des combattants kurdes du Nord-Est syrien, y compris dans les zones sous contrôle du régime syrien soutenu par Moscou.

A la suite de l’annonce du retrait militaire américain du Nord-Est syrien, Ankara a lancé le 9 octobre une offensive contre une milice kurde, un allié essentiel des Occidentaux dans la lutte contre le groupe jihadiste Etat islamique. La Turquie, qui réclame une « zone de sécurité » à sa frontière, qualifie de « terroristes » ces Unités de protection du peuple (YPG).

Elle a néanmoins suspendu son offensive jeudi, à la faveur d’une fragile trêve négociée entre Turcs et Américains. Mais cette pause expire à 19H00 GMT mardi et le pouvoir turc se dit prêt à frapper si les YPG ne se sont pas retirées.

Le président turc Recep Tayyip Erdogan a averti mardi que l’offensive dans le nord de la Syrie reprendrait « avec une plus grande détermination », faute d’un retrait des forces kurdes avant 19H00 GMT.

« Le processus (de trêve) s’achève aujourd’hui à 22H00 (19H00 GMT). Si les promesses faites par les Américains ne sont pas respectées, l’opération reprendra avec une plus grande détermination », a déclaré le président turc.

Cette trêve visait à permettre aux YPG de se retirer de leurs positions comprises dans un projet de « zone de sécurité » que la Turquie veut mettre en place le long de sa frontière afin de séparer celle-ci des territoires contrôlés par les forces kurdes.

M. Erdogan a affirmé que « 700 à 800 » combattants kurdes s’étaient retirés pour le moment, ajoutant qu’entre 1.200 et 1.300 combattants devaient encore quitter la zone.

« Nous suivons cela de près. Ce processus ne sera pas achevé sans un retrait complet », a-t-il ajouté.

Ce projet de « zone de sécurité », qui doit s’étirer dans un premier temps sur 120 km, des villes de Ras al-Aïn à Tal Abyad, doit s’élargir à 444 km, de Jarablous à la frontière irakienne, a déclaré M. Erdogan mardi.

Après le retrait des troupes américaines du nord de la Syrie, les forces kurdes ont fait appel au régime de Bachar al-Assad qui a déployé des troupes dans certaines villes, compliquant la création de la « zone de sécurité » voulue par Ankara.

Avant de prendre l’avion pour la station balnéaire de Sotchi où il doit s’entretenir avec M. Poutine, M. Erdogan a indiqué que cette question serait au coeur des discussions.

« Nous allons avoir l’opportunité de discuter du (retrait) des YPG des zones où se trouve le régime », a déclaré le président turc. « Nous espérons délivrer cette région du fléau du terrorisme séparatiste à travers notre coopération avec la Russie », a-t-il insisté.

Moscou a dit comprendre certaines des revendications turques, mais a en réalité freiné l’avancée turque, en encourageant un dialogue entre le régime de Damas et les Kurdes.

L’offensive turque a été vivement condamnée par la communauté internationale, notamment les pays occidentaux, mais aussi par des responsables iraniens auxquels M. Erdogan a adressé une rare pique mardi.

« Il y a parfois des voix discordantes qui s’élèvent en Iran. Les dirigeants iraniens, à commencer par (le président Hassan) Rohani, auraient dû les faire taire. Cela nous incommode », a déclaré M. Erdogan.

*Avec AFP