Syrie: plus de 100 jihadistes de l’EI se sont échappés de prison admet un responsable américain

James Jeffrey, émissaire américain pour la Syrie le 22 octobre 2019 à Washington DC
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Plus de 100 prisonniers du groupe Etat islamique (EI) se sont échappés en Syrie depuis l’offensive turque contre les Kurdes dans le nord du pays, a indiqué mercredi un haut responsable américain.

« Nous pensons que leur nombre est maintenant supérieur à 100. Nous ne savons pas où ils se trouvent », a annoncé James Jeffrey, émissaire américain pour la Syrie, devant la commission des Affaires étrangères de la Chambre des représentants américaine.

Lors d’une allocution télévisée mercredi, le président américain Donald Trump a indiqué pour sa part qu' »un petit nombre » de jihadistes s’étaient échappés.

« Le général Mazloum (Abdi, le commandant des Forces démocratiques syriennes, ndlr) m’a assuré que l’EI était sous un contrôle très très strict et que les prisons sont fermement gardées », a-t-il appuyé.

La Turquie a lancé le 9 octobre une offensive contre les combattants kurdes, alliés de Washington et des Occidentaux dans la lutte contre l’EI, provoquant l’inquiétude de nombreux pays sur le sort des milliers de jihadistes étrangers détenus dans des camps qu’ils contrôlaient.

« Presque toutes les prisons que les Forces démocratiques syriennes (FDS) gardaient sont toujours sécurisées », a assuré M. Jeffrey. 

« Nous surveillons cela du mieux que nous pouvons. Nous avons encore des gens en Syrie qui travaillent avec les FDS et l’une des priorités sont ces prisons », a-t-il expliqué.

La Turquie a annoncé mardi soir qu’elle ne reprendrait pas son offensive militaire contre les forces kurdes dans le nord de la Syrie car ces dernières se sont retirées des zones frontalières.

L’émissaire américain a également déclaré avoir constaté « de multiples incidents que nous considérons comme des crimes de guerre » perpétués par la Turquie ou des groupes pro-Ankara, sans préciser lesquels.

Il a en revanche nié tout potentiel « nettoyage ethnique » de la part d’Ankara.

« Il n’y a pas eu de nettoyage ethnique généralisé dans cette zone depuis que les Turcs sont arrivés. De nombreuses personnes ont fui parce qu’elles étaient, comme nous, préoccupées par les groupes de l’opposition syrienne soutenus par la Turquie », a-t-il déclaré. 

Le responsable américain a précisé que les Etats-Unis enquêtaient sur des allégations des autorités kurdes qui accusent la Turquie d’avoir utilisé des armes non conventionnelles, dont le phosphore blanc (interdit par le droit international), dans leur offensive. 

L’offensive turque avait commencé à la suite de l’annonce du retrait militaire des Etats-Unis du Nord-Est syrien, dénoncé par de nombreux élus démocrates comme républicains comme un abandon des Kurdes, alliés de Washington dans la lutte contre l’EI.

« Je pense que cela restera comme l’une des plus grandes bévues de l’Histoire américaine », a dénoncé le représentant démocrate Eliot Engel, qui présidait la commission qui interrogeait M. Jeffrey.  

Trump lève les sanctions visant la Turquie

Par ailleurs, alors que les présidents russe et turc, acteurs centraux du conflit syrien, se sont mis par ailleurs d’accord sur une prise de contrôle en commun de la majeure partie de la zone frontalière, le président Trump a annoncé mercredi la levée des sanctions imposées mi-octobre à la Turquie après le lancement de l’offensive militaire d’Ankara contre les Kurdes en Syrie.

«J’ai demandé au secrétaire au Trésor de lever toutes les sanctions imposées le 14 octobre en réponse à l’offensive de la Turquie», a déclaré M. Trump depuis la Maison-Blanche.

Le président américain a par ailleurs laissé entendre que sa rencontre prévue le 13 novembre à la Maison-Blanche avec son homologue turc Recep Tayyip Erdogan aurait bien lieu comme prévu.

«Nous pourrions nous rencontrer très prochainement», a-t-il déclaré, présentant sa stratégie sur ce dossier comme un succès.

«Un nombre incalculable de vies ont été sauvées grâce à notre négociation avec la Turquie», a-t-il martelé. «Maintenant les gens disent : wow, quel résultat fantastique!», a-t-il ajouté, sans préciser à qui précisément il faisait référence.

L’offensive turque, qui avait été lancée à la suite de l’annonce du retrait militaire des États-Unis du nord-est syrien, a été dénoncé par de nombreux élus – démocrates comme républicains – comme un abandon des Kurdes, alliés de Washington dans la lutte contre les djihadistes du groupe État islamique.  

M. Trump a assuré mercredi que Mazloum Abdi, commandant des Forces démocratiques syriennes (FDS), dominées par les Kurdes, l’avait remercié. «Je viens de parler au général Mazloum, un homme formidable […] Il était extrêmement reconnaissant», a-t-il affirmé.

Le président américain a par ailleurs affirmé qu’un «petit nombre de soldats» américains resteraient en Syrie, «dans les zones où il y a du pétrole».

«Les pays de la région doivent prendre leur responsabilité et aider la Turquie et la Syrie à sécuriser leur frontière», a-t-il ajouté.