Ukraine: des milliers de manifestants contre une « capitulation » face à Moscou

Non à la capitulation", scandaient les protestataires sur la place de l'indépendance, plus connue à Kiev sous le nom de Maidan, en brandissant des banderoles dénonçant le président ukrainien Volodymyr Zelensky. Kiev le 6 octobre 2019. [AFP]
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Au moins dix mille personnes ont manifesté dimanche à Kiev leur opposition à l’attribution d’une plus grande autonomie aux territoires séparatistes pro-russes, qui pourrait être accordée dans le cadre des efforts de paix prônés par le président Volodymyr Zelensky.

« Non à la capitulation », scandaient les protestataires sur la place de l’indépendance, plus connue à Kiev sous le nom de Maïdan, brandissant des banderoles adressant leur mise en garde au président ukrainien Volodymyr Zelensky.

Les manifestants, au nombre de 10.000 selon la police, et avec parmi eux des membres de groupes nationalistes comme Svoboda, se sont dirigés ensuite vers le siège de l’administration présidentielle et le parlement. 

L’ancien président Petro Porochenko, qui s’est joint à la manifestation, a de son côté affirmé sur Twitter que des « dizaines de milliers » de personnes avaient participé aux manifestations à Kiev et dans plus d’une vingtaine d’autres villes du pays.

Volodymyr Zelensky se prépare activement à un premier sommet avec le président russe, Vladimir Poutine, pour relancer le processus de paix dans l’est de l’Ukraine, un conflit vieux de cinq ans et qui a fait quelque 13.000 morts.

Ce processus de paix est actuellement au point mort. Des négociateurs russes et ukrainiens ont toutefois convenu mardi dernier d’une feuille de route prévoyant un statut spécial pour les régions séparatistes avec des élections locales libres, conformes à la constitution ukrainienne et validées par les observateurs internationaux.

Les critiques de Volodymyr Zelensky s’inquiètent toutefois que le président ukrainien, novice en politique, ne fasse des concessions excessives conduisant au maintien du contrôle de facto de Moscou sur les régions séparatistes.

Pour les manifestants, une plus grande autonomie accordée aux républiques populaires auto-proclamées de Donestk et de Lougansk se ferait au détriment des intérêts de l’Ukraine.

« Nous sommes contre la trahison. Nous voulons mettre un terme à l’occupation, aux décisions hâtives », a souligné devant l’AFP Sergiy Lezvinsky, 58 ans.

L’accord provisoire sur une feuille de route était une condition clé émise par Moscou pour participer à un sommet à quatre avec le président français Emmanuel Macron et la chancelière allemande Angela Merkel.

Un tel sommet quadripartite (Russie, Ukraine, France, Allemagne), baptisé « format Normandie », n’a plus eu lieu depuis 2016 à Berlin.

« Formule Poutine »

Ce plan est désigné sous l’appellation de « la formule Steinmeier », du nom de l’ancien ministre allemand des Affaires étrangères, Frank-Walter Steinmeier, qui l’avait proposé.

Mais les critiques assurent qu’il est favorable à la Russie. Petro Porochenko l’a qualifié de « formule Poutine », estimant qu’il entérinera l’annexion de la Crimée par la Russie et le contrôle de facto de l’est de l’Ukraine par Moscou.

« La formule Steinmeier est un projet de Poutine », a abondé un manifestant, Mykola Chepiga. 

Selon lui, les élections dans l’est de l’Ukraine ne pourraient avoir lieu que si Kiev rétablit au préalable son contrôle sur les frontières orientales du pays, partagées avec la Russie.

Certains protestataires se sont approchés de l’administration présidentielle aux cris de « Monica », allusion au surnom de « Monica Zelensky » dont est affublé le président ukrainien, après son échange téléphonique avec le président américain et qui vaut aujourd’hui à Donald Trump d’être confronté à une procédure de destitution. L’interjection rappelle également l’affaire Monica Lewinsky qui avait gravement perturbé la présidence de Bill Clinton, à la fin des années 90.

La foule a menacé devant le parlement d’ériger des barricades si le président ukranien soumettait au vote des députés des dispositions favorables à la Russie.

« Nous sommes suffisamment nombreux et nous ne voulons qu’une seule chose: chasser les occupants de notre terre », a proclamé l’un des organisateurs.

Dans une adresse à la Nation cette semaine, Volodymyr Zelensky a invité ses compatriotes à « ne pas céder à la provocation », promettant de ne pas attenter aux intérêts du pays.

L’Ukraine, une ancienne république soviétique, 45 millions d’habitants, a connu deux soulèvements populaires en l’espace de deux décennies.

Plus d’une centaine de personnes ont péri lors du soulèvement de 2014, accompagné de batailles de rue, qui a conduit à l’éviction du président pro-russe.

S’en est suivie l’annexion de la Crimée par la Russie et le soutien aux séparatistes de l’est ukrainien.