Hong Kong: la Chine promet de « riposter » à Washington, le siège du campus continue

Des manifestantes pro-démocratie, accompagnées par des secouristes, quittent le campus de l'université polytechnique de Hong Kong, le 21 novembre 2019. [AFP]
Temps de lecture estimé : 3 minutes

La Chine a promis jeudi de « riposter » après l’adoption aux Etats-Unis d’une résolution de soutien aux manifestants pro-démocratie à Hong Kong, où quelques contestataires jusqu’au-boutistes restaient retranchés sur un campus assiégé depuis cinq jours par la police.

Le Congrès américain a adopté mercredi un projet de loi soutenant les « droits de l’Homme et la démocratie » dans l’ex-colonie britannique. Le texte menace de suspendre le statut économique spécial accordé par Washington au territoire semi-autonome chinois.

Hong Kong est secoué depuis juin par sa plus grave crise politique depuis sa rétrocession en 1997 à la Chine. Des manifestants, parfois violents et se livrant au vandalisme, exigent notamment le suffrage universel. 

« Ce projet de loi émet un très mauvais signal en direction des criminels se livrant à la violence », a dénoncé Wang Yi, le ministre chinois des Affaires étrangères.

« Il vise à semer le chaos voire même à détruire Hong Kong », s’est-il insurgé dans un communiqué. 

Avant de devenir effective, la loi doit être signée par Donald Trump. Mais le président américain devrait l’approuver, selon une source proche du dossier, au risque de faire dérailler les actuelles négociations commerciales entre Pékin et Washington.

« La Chine va prendre des mesures énergiques et va riposter avec détermination », a assuré de son côté Geng Shuang, un porte-parole du ministère des Affaires étrangères.

Pendant ce temps, l’Université polytechnique de Hong Kong (PolyU) est le théâtre depuis cinq jours de la plus longue confrontation entre manifestants et policiers depuis le début de la contestation. 

Cocktails Molotov  

La présence policière a cependant été nettement réduite jeudi. Et la situation était très calme sur le campus. Quelques irréductibles se préparaient à manger dans une cantine, tandis que d’autres s’enveloppaient dans des couvertures de survie.

Des pancartes réalisées à la main avertissaient les passants de ne pas fumer près des endroits où sont entreposés des cartons de cocktails Molotov, prêts à être utilisés contre la police.

Sur le millier de manifestants occupant l’établissement au départ, il n’en restait que quelques dizaines, selon des journalistes de l’AFP présents sur place.

Un certain nombre ont pris la fuite, déjouant les barrages policiers ou s’échappant par les égouts. Mais la majorité se sont rendus ou ont été interpellés par les forces de l’ordre à leur sortie.

Le siège avait débuté dimanche dans la violence, avec des contestataires jetant des cocktails Molotov et des briques aux policiers voulant les déloger. La police avait notamment répondu par des tirs de gaz lacrymogènes.

Un total de 700 personnes ont déjà été arrêtées en lien avec l’occupation de l’université, avait indiqué mercredi soir la police.

A l’extérieur du campus, des agents d’entretien avaient effacé une partie des stigmates de l’affrontement, déblayant débris, ordures et éclats de verre. 

Le mouvement pro-démocratie est né de l’opposition à un projet de loi visant à autoriser les extraditions vers la Chine continentale — où la justice n’est pas indépendante du pouvoir.

« Prendre le risque »

Ce texte a depuis été retiré, mais les manifestants ont élargi leurs revendications au suffrage universel complet pour l’ensemble des élections et à une enquête indépendante sur ce qu’ils présentent comme des violences policières.

Les émeutes régulières refroidissent les investisseurs et font fuir les touristes, ce qui a pour conséquence d’étrangler les petits commerces et l’économie hongkongaise — désormais en récession.

Hong Kong a un système capitaliste et jouit de la liberté d’expression, contrairement à la Chine continentale. Les Etats-Unis lui accordent à ce titre un statut économique particulier, qui le protège des droits de douane punitifs imposés par Donald Trump contre les produits chinois.

Mais le texte du Congrès conditionne le maintien de ce privilège à la validation annuelle par le département d’Etat d’une situation jugée convenable en matière de respect des droits de la part des autorités hongkongaises. »Si ce projet de loi devient une loi effective, les investisseurs y réfléchiront à deux fois avant de prendre le risque » d’investir dans la cité autonome, juge Hao Hong, analyste du cabinet Bocom International, cité par l’agence Bloomberg.

Autre conséquence du vote américain: la Bourse de Hong Kong a terminé en baisse de 1,57% jeudi, les investisseurs étant inquiets que l’initiative ne vienne torpiller les efforts sino-américains pour finaliser un accord commercial.