Irak: 4 morts devant le consulat iranien à Kerbala, la désobéissance civile s’accentue

Des manifestants irakiens allument un feu près du consulat de l'Iran à Kerbala, dans le sud de l'Irak, le 3 novembre 2019. [Archives/AFP]
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Quatre manifestants ont été tués près du consulat iranien à Kerbala, dans le sud de l’Irak, où les manifestants bloquaient routes, administrations, infrastructures portuaires et pétrolières en réponse à l’appel du Premier ministre Adel Abdel Mahdi à « retourner à la vie normale ».

Dans la nuit, des manifestants ont tenté d’incendier la représentation diplomatique de l’Iran, pays voisin et grand parrain de la politique irakienne, à Kerbala, ville sainte chiite à 100 km au sud de Bagdad, visitée chaque année par des millions de pèlerins iraniens.

Ils ont déployé des drapeaux irakiens sur son mur d’enceinte et y ont écrit « Kerbala libre, Iran dehors ».

Les forces de l’ordre ont répliqué avec des rafales de balles réelles, faisant quatre morts, selon des cadres de la médecine légale.

Ali, 20 ans, figure parmi les victimes, touché par une balle à l’épaule et une autre à la tête, a affirmé à l’AFP son père Wissam Chaker.

« Que le gouverneur ne vienne pas nous dire que (les manifestants) étaient armés alors qu’ils n’avaient que des pierres contre les balles des forces de sécurité », a lancé un proche d’une autre victime, refusant de donner son nom.

Les forces de l’ordre « protègent le consulat d’un pays étranger alors que nous, on veut seulement que notre pays soit libre sans qu’aucun autre pays ne le dirige », a affirmé dans la nuit un manifestant à l’AFP, les protestataires accusant Téhéran d’être l’architecte du système politique irakien qu’ils jugent corrompu et incompétent.

Depuis quelques jours, la colère des protestataires qui réclament « la chute du régime » se concentre sur l’Iran, l’une des deux puissances agissantes en Irak avec les Etats-Unis. Ces derniers sont absents des slogans des manifestants, et n’ont pas fortement réagi à la crise qui secoue l’Irak.

A l’opposé, en octobre, le général Qassem Soleimani, commandant des opérations extérieures de l’armée idéologique iranienne, a multiplié les visites en Irak. Et les commentaires du guide suprême iranien Ali Khamenei qui dénonce un « complot » américain et israélien n’ont fait qu’exacerber l’ire des Irakiens.

« Fermé au nom du peuple »

A Bagdad et dans le sud du pays, la plupart des écoles publiques n’ouvrent plus leurs portes, tandis que dans plusieurs villes du sud, des cortèges de manifestants ont accroché d’immenses banderoles « Fermé au nom du peuple » sur des dizaines de bâtiments publics et bloqué des routes et des ponts, paralysant la circulation sur les grands axes.

La route menant au port d’Oum Qasr (sud), vital notamment pour les importations alimentaires de l’Irak, est désormais coupée par des blocs de béton sur lesquels est inscrit « Fermé sur ordre du peuple ».

Dans le port même, des dizaines de bateaux ont repris la route sans avoir pu décharger leurs cargaisons, a indiqué à l’AFP une source portuaire.

A Missane (sud), les manifestants bloquaient deux champs pétroliers exploités par des compagnies chinoises: Halfaya, l’un des plus grands champs du pays, deuxième producteur de l’Opep, et Buzurgan. La production n’a pas été interrompue mais des employés ont affirmé à l’AFP ne pas avoir pu accéder à leurs installations.

Dans l’autre ville sainte chiite du pays, Najaf, les manifestants ont symboliquement effacé le nom de la rue « Imam Khomeini » pour la renommer « Rue de la révolution d’octobre ». 

« Construire notre pays »

Née le 1er octobre, la contestation a été marquée par des violences meurtrières qui ont fait, officiellement, au moins 257 morts. Depuis sa reprise le 24 octobre, elle est désormais organisée par étudiants et syndicats, et les manifestants occupent des places devenues d’immenses camps autogérés, parfois dans une atmosphère festive.

Jusqu’ici, les manifestants ont répondu à toutes les déclarations des autorités par une contestation accrue. En décrétant un couvre-feu nocturne à Bagdad, elles ont multiplié le nombre de manifestants sur la place Tahrir la nuit et des cortèges de voitures, musiques et klaxons hurlants, sortent désormais chaque nuit au moment où débute le couvre-feu.

En sortant dimanche soir de son silence pour réclamer « un retour à la vie normale » et en décrétant que « de nombreuses revendications ont déjà été satisfaites », M. Abdel Mahdi semble avoir de nouveau un peu plus durci le bras de fer.

Car les promesses d’élections anticipées, de réformes du système des embauches et des retraites, n’apaisent pas la colère des dizaines de milliers de manifestants qui tiennent des piquets de grève et autres rassemblements.

« On veut construire notre pays, on va continuer la désobéissance civile, nos 200 martyrs ne seront pas morts pour rien », lance Mohammed, 19 ans, à Bagdad.