Iran: « particules d’uranium » détectées sur un site non déclaré, inquiétude internationale

Le vice-président iranien et chef de l'Organisation iranienne de l'énergie atomique (OIEA), Ali Akbar Salehi, lors d'une conférence de presse à Bruxelles, le 26 novembre 2018. [Archives/AFP]
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L’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) a détecté des « particules d’uranium naturel » dans un « lieu non déclaré en Iran », dont les activités nucléaire inquiètent « extrêmement » l’UE, la France, l’Allemagne et le Royaume-Uni.

« L’Agence a détecté des particules d’uranium naturel d’origine anthropogénique » – c’est-à-dire due à des activités humaines – « dans un lieu en Iran non déclaré à l’Agence », peut-on lire dans ce rapport interne destiné aux États membres, consulté lundi par l’AFP à Vienne.

L’AIEA ne nomme pas ce site. Des sources diplomatiques ont auparavant dit à l’AFP que le gendarme du nucléaire avait posé des questions à Téhéran concernant un lieu signalé par Israël, qui y soupçonnait des activités nucléaires.

Une source a aussi révélé que l’AIEA avait prélevé des échantillons sur ce site du district de Turquzabad, à Téhéran, au printemps.

Selon un diplomate travaillant dans la capitale autrichienne, le rythme de production d’uranium en Iran a considérablement augmenté pour atteindre plus de 100 kg par mois. Il pourrait encore s’accélérer dans les mois à venir.

Le rapport confirme cette intensification des activités, le stock d’uranium faiblement enrichi atteignant désormais l’équivalent de 551 kilogrammes. L’accord sur le nucléaire iranien conclu en 2015 n’autorise pas Téhéran à enrichir plus de 300 kilogrammes.

Depuis mai, Téhéran se désengage progressivement de cet accord signé à Vienne avec les Européens, les États-Unis, la Russie et la Chine, qui autorise les inspections les plus poussées jamais accordées à l’AIEA.

Le président américain Donald Trump avait unilatéralement retiré son pays de l’accord en mai 2018, réimposant des sanctions sur l’économie iranienne qui l’ont plongée dans une grave récession. 

En réduisant progressivement ses engagements, Téhéran espère faire pression sur les autres États parties pour qu’ils l’aident à contourner ces sanctions.

« Aggravation significative »

Réunis lundi à Paris, les ministres français, allemand et britannique des Affaires étrangères et la Haute représentante de l’UE Federica Mogherini se sont dits « extrêmement préoccupés » par cette situation. Dans un communiqué commun, ils « exhortent l’Iran à revenir sur toutes les mesures contraires » au traité.

Selon les inspecteurs de l’AIEA, la République islamique est en train d’enrichir de l’uranium dans ses installations souterraines de Fordo, ce qui constitue une nouvelle violation de ses engagements.

C’est le président iranien Hassan Rohani qui avait annoncé la semaine dernière la reprise de l’enrichissement à Fordo. Il s’agit de la quatrième phase du plan de réduction des engagements iraniens, mis en place en mai en riposte aux sanctions américaines.

Ces activités à Fordo ont « des conséquences potentiellement graves en matière de prolifération », ont estimé les ministres européens, pour lesquels « il est désormais essentiel que l’Iran respecte ses engagements et travaille avec tous les participants au JCPoA (l’accord sur le nucléaire), afin de permettre une désescalade des tensions » au Moyen-Orient.

« Nous voulons le préserver (l’accord), mais l’Iran devra retourner à ses obligations et les respecter, sinon nous nous réservons le droit d’user de tous les mécanismes inclus dans l’accord », avait déjà averti le ministre allemand des Affaires étrangères Heiko Maas plus tôt dans la journée à Bruxelles.

Le texte comprend un dispositif long à appliquer mais pouvant mener jusqu’à un vote au Conseil de sécurité de l’ONU mettant un terme à l’allègement de sanctions visant l’Iran.

Les Occidentaux s’inquiètent de la baisse du « breakout time », c’est-à-dire du temps qu’il faudrait à l’Iran pour produire une bombe nucléaire s’il le décidait. L’accord fait en sorte que ce délai soit porté à une année, le temps jugé nécessaire par les Occidentaux à la préparation d’une éventuelle campagne de bombardements.

Mais au vu des récentes activités nucléaires iraniennes, « nous sommes entrés dans une phase d’aggravation significative », s’alarme une source européenne. « Nous constatons que la fenêtre d’opportunité pour une désescalade est en train de se rétrécir très sérieusement », dans une situation très tendue entre les Etats-Unis et l’Iran.

L’Iran accuse les Européens d’hypocrisie sur le nucléaire

Par ailleurs, l’Iran s’en est pris mardi aux Européens qui ont critiqué les récentes mesures de relance de ses activités nucléaires tout en échouant à l’aider à contourner les sanctions américaines.

Parties à l’accord sur le nucléaire iranien de 2015, le Royaume-Uni, la France, l’Allemagne, tentent, avec l’Union européenne (UE), de sauver le pacte, menacé depuis le retrait des Etats-Unis en 2018.

En riposte à ce retrait unilatéral, assorti du rétablissement de sanctions américaines qui asphyxient son économie, l’Iran s’est progressivement affranchi de certains engagements pris en vertu de l’accord, espérant faire pression sur ses partenaires pour qu’ils l’aident à contourner les sanctions.

La semaine dernière, Téhéran a repris ses activités d’enrichissement d’uranium dans l’usine souterraine de Fordo, jusque-là gelées conformément au pacte.

Paris, Berlin, Londres et Bruxelles ont affirmé lundi avoir de leur côté « totalement respecté » leurs engagements, et notamment la levée des sanctions internationales qui pesaient déjà à l’époque sur l’économie iranienne.

« Il est désormais essentiel que l’Iran respecte ses engagements et travaille avec tous les participants au JCPOA (sigle de l’accord de Vienne sur le nucléaire, ndlr), afin de permettre une désescalade des tensions », ont-ils ajouté dans un communiqué commun.

« Vous? Vous avez totalement respecté les engagements pris en vertu du JCPOA? Vraiment? », a rétorqué mardi le chef de la diplomatie iranienne Mohammad Javad Zarif sur Twitter.

Et lors d’une conférence de presse, le président Hassan Rohani a affirmé que son pays « avait attendu un an », avant de commencer son désengagement progressif de l’accord.

« Personne ne peut nous accuser d’avoir abandonné aujourd’hui les engagements en vertu du JCPOA », a-t-il déclaré. 

« Résistance et persévérance »

« C’est un problème que notre ennemi a créé pour nous », a ajouté M. Rohani en référence aux Etats-Unis.

L’approche de l’Iran, selon M. Rohani, est de prendre « le chemin de la résistance et de la persévérance » en réduisant ses engagements et en négociant.

« Nous négocions avec le monde (…) Ils nous font des propositions, nous leur faisons des propositions. Jusqu’à aujourd’hui, je n’ai pas accepté les propositions qu’on m’a faites », a-t-il ajouté.

Le président iranien n’a en revanche pas mentionné le rapport de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), consulté lundi par l‘AFP où l’organe onusien y indique avoir détecté des « particules d’uranium naturel d’origine anthropogénique » –c’est-à-dire due à des activités humaines– dans « un lieu en Iran non déclaré à l’Agence ».

« La coopération entre l’Iran et l’agence sur cette question est toujours en cours. Toute tentative de porter un jugement prématuré (…) sur la situation viserait donc à déformer les faits à des fins politiques », a affirmé dans un communiqué l’ambassadeur iranien auprès de l’AIEA.

Kazem Gharib Abadi a assuré que l’AIEA avait eu accès au site avec « la plus grande coopération » de la part de Téhéran.