La France inquiète du « désengagement » américain au Moyen-Orient

La ministre française des Armées, Florence Parly, assiste à l'ouverture de la 15e édition de la conférence sur la sécurité Manama Dialogue le 22 novembre 2019, dans la capitale de Bahreïn. [AFP]
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La ministre française des Armées, Florence Parly, a exprimé samedi à Bahreïn son inquiétude d’un « désengagement progressif et délibéré des Etats-Unis » au Moyen-Orient, ce qu’a contredit un haut responsable militaire américain.

Depuis mai, les tensions dans le Golfe se sont accrues avec des attaques de pétroliers et des frappes contre des installations pétrolières majeures en Arabie saoudite, pour lesquelles l’Iran a nié toute responsabilité. La République islamique a toutefois admis avoir abattu un drone américain qui survolait, selon elle, son espace aérien.

Washington a évité d’agir en représailles, le président américain Donald Trump affirmant au lendemain de la destruction du drone avoir annulé à la dernière minute des frappes contre l’Iran.

« Nous avons assisté à un désengagement progressif et délibéré des Etats-Unis », a déclaré Florence Parly lors de la quinzième édition de la conférence annuelle sur la sécurité Manama Dialogue, qui se tient dans la capitale de Bahreïn.

« Quand l’attaque de navires est restée sans réponse, le drone a été abattu. Lorsque cela est resté à son tour sans réponse, d’importantes installations pétrolières ont été bombardées. Où est-ce que cela s’arrête ? Où sont les stabilisateurs ? », s’est-elle interrogée durant son discours.

« Je ne suis pas d’accord avec cette théorie de l’abandon ou de la fuite », a réagi devant la presse à Manama le général Kenneth McKenzie, chef du commandement central américain.

Selon lui, la région « n’est probablement pas la plus grande priorité mondiale » mais elle « reste très importante pour les Etats-Unis ».

« Nous avons un porte-avions sur place, nous avons renforcé l’Arabie saoudite, nous avons envoyé d’autres forces », a ajouté le responsable américain. 

Florence Parly a reconnu que le retrait de Washington était « progressif », notant aussi l’arrivée du porte-avions USS Abraham Lincoln dans le Golfe

« Allié très fiable »

Le porte-avions a traversé cette semaine le détroit d’Ormuz pour démontrer « l’engagement » des Etats-Unis en faveur de la liberté de navigation, selon le Pentagone. 

Une première depuis la destruction le 20 juin du drone américain par Téhéran, dans cette zone stratégique entre l’Iran et les Emirats arabes unis.

Les Etats-Unis comptent toujours quelque 60.000 soldats dans la région, y compris à Bahreïn, siège de la 5e Flotte. La base américaine d’Al-Oudeid au Qatar est la plus grande du Moyen-Orient.

« Mais la tendance (au désengagement) est, je pense, assez claire et donc probablement indépendamment de qui gagnera les prochaines élections », a souligné Florence Parly, en référence au scrutin présidentiel américain de l’an prochain.

S’exprimant lui aussi à la conférence de Manama, le ministre d’Etat aux Affaires étrangères d’Arabie saoudite, Adel al-Jubeir, a de son côté estimé que les Etats-Unis restaient « un allié très fiable ».

Florence Parly est par ailleurs revenue sur le lancement par Washington, en début de mois, d’une coalition maritime basée à Bahreïn pour protéger la navigation dans le détroit stratégique d’Ormuz.

La France plaide de son côté pour une mission européenne qui, selon elle, devrait pouvoir commencer « très bientôt ».

« Nous tenons à souligner que notre politique se distingue de la politique américaine de +pression maximale+ », a expliqué la ministre, en référence aux sanctions économiques croissantes de Washington contre Téhéran.

Florence Parly est revenue sur d’autres sujets comme le « risque important » d’une nouvelle utilisation d’armes chimiques en Syrie, en particulier dans la province d’Idleb (tenue par les rebelles).

« Je suis convaincue que si ces armes étaient à nouveau utilisées, la France serait prête à réagir à nouveau », a-t-elle assuré.

Elle a enfin évoqué l’OTAN, alors que le président français Emmanuel Macron s’est attiré les foudres de certains alliés en début de mois en estimant dans une interview au magazine The Economist que l’Organisation était en état de « mort cérébrale », notamment en raison d’un manque de coordination entre l’Europe et les Etats-Unis.

Elle a convenu que l’OTAN restait un pilier de la sécurité en Europe mais qu’il était temps de « passer de la mort cérébrale au remue-méninges ».