L’exposition «La vie après les Forces»: le matériel pour les «ponts qui sont à construire»

Une des œuvres de Marie France L’Ecuyer que le public pourra admirer du 11 au 24 novembre à La Loge à Saint-Jean-sur-Richelieu. [Marie France L’Ecuyer]
Temps de lecture estimé : 4 minutes

J’ai pris quelques jours avant de rédiger ce texte. Encore à ce jour, si les mots me manquent pour exprimer les traces du ressenti né de cette rencontre, deux seuls me viennent clairement à l’esprit pour décrire l’exposition: «Un must».

J’ai connu un moment de panique lorsque j’ai réalisé que je n’avais rien enregistré de l’heure et demie passée avec Marie-France l’Écuyer à parler de l’exposition multimédia bilingue intitulée «La vie après les Forces» qu’elle présente à La Loge de Saint-Jean-Sur-Richelieu, du 11 au 24 novembre prochain. Ce texte ne sera pas le seul que vous aurez l’occasion de lire sur l’événement mais je serai probablement la seule à en parler avec mon cœur: ce n’est pas «l’advocate» ni la blogueuse qui s’adresse à vous mais la blonde d’un vétéran blessé convaincue que cette exposition devrait voyager partout au Canada, qu’elle devrait être vue et vécue par tout le monde et surtout, que Marie-France l’Écuyer est un ange pour la communauté des militaires, des vétérans et de leurs familles.

«Allez-y»

Au départ, quand j’affirme que Marie-France est un ange pour la communauté, je n’exagère rien. Ce projet documentaire est beaucoup plus qu’une série de photographies nées de l’inspiration et du travail d’un artiste talentueuse: cette dernière possède également un background en psychologie et sexologie, a œuvré en clinique privée et dans le domaine de la recherche.

Ce qui rend cette exposition multimédia si puissante, c’est qu’elle est née de la combinaison de son art et de sa passion professionnelle et humaine pour la résilience. Son regard professionnel sur l’ampleur de la crise identitaire vécue par les vétérans blessés, son empathie pour les êtres humains qui se trouvent derrière des uniformes invisibles et sa capacité à faire voir l’invisible par la maîtrise de son art a créé un résultat… qui laisse littéralement sans mots. Cette exposition, c’est une incursion, c’est immersion, c’est un baume, c’est un pont… c’est entendre ce qui ne se dit pas, c’est voir ce qu’on ne voit pas.

Mettre son âme à nu

Est-ce que je l’ai dit? «Allez-y»

Le sujet est pertinent, d’actualité. Il y a quelques jours à peine, c’est une vétéran de l’Ile-du-Prince Edouard qui s’ouvrait sur son stress post traumatique dont elle a tait l’existence pendant 20 ans. Ses mots illustrent exactement ce qu’on comprend de l’exposition: «Tu vis toute ta vie dans ta sous-culture à te faire dire quoi faire et soudainement, tu es supposé glisser dans «la vie normale». Sont toujours présentes dans ta tête les idées de te suicider, de disparaître ou juste de t’enfuir de la vie. C’est quelque chose que tu dois combattre à tous les jours» . (traduction libre)

Au-delà de l’art, il y a d’abord eu un processus composé d’une rencontre et d’une entrevue avec des vétérans blessés qui ont accepté de s’ouvrir. Pour chacun, deux immenses (et magnifiques!) photographies: la première dans leur uniforme militaire (que plusieurs de n’avaient pas revêtu depuis des années) et la deuxième dans un lieu qu’ils ont choisi afin d’illustrer leur combat, leur transition, leur résilience. Quelques photographies du service fournies par le vétéran et un texte accompagnent les photos. Des stations «tablettes» permettent d’écouter des extraits de l’entrevue, d’entendre leur voix, leurs mots.

Il faut saluer le courage de ces vétérans, hommes et femmes, qui se sont dévoilés en acceptant de mettre leur âme à nu afin de laisser entrevoir une résilience que chacun ressent et interprète différemment.

Le matériel pour les «ponts qui sont à construire»

Pour ceux et celles qui sont éloignés «du monde militaire», qui ne connaissent personne qui sert/a servi: nul besoin d’être un amateur de photographie, ni des Forces Armées Canadiennes, ni de la guerre. J’ai envie de vous dire: osez aller vous immerger dans l’invisible car ce que vous en retirerez constituent, justement, les «ponts qui sont à construire ». Les photographies sont non seulement techniquement et artistiquement puissantes, elles sont porteuses d’un sens, d’un message et d’un symbole qui ne peut laisser personne indifférent. C’est la portée de l’impact qui mènera, justement, à la construction des ponts. Assurément, quand on vous présentera un vétéran, vous aurez dorénavant le goût de le remercier de son service avec un respect et une gratitude renouvelée.

Si vous êtes un militaire/vétéran blessé: Il y a du stationnement à proximité, l’environnement n’est pas «militarisé» et ce ne sont pas visuellement des images «à triggers». On peut choisir de ne pas écouter et de ne pas lire les extraits d’entrevues, et se limiter aux photos qui portent un message dans lequel il est impossible de ne pas se reconnaître comme individu, comme militaire/vétéran, comme communauté. Mais je me permets d’aller plus loin: cette exposition est certainement l’occasion unique de faire voir «certaines choses» à ceux qu’on voudrait donc qu’ils «comprennent mais qui ne comprennent pas». Il est rare d’avoir une si belle opportunité d’éduquer, de sensibiliser, de faire comprendre à ceux qu’on aime qu’ont la spécificité de la blessure, de la transition, de la culture militaire et surtout du «C’est ça que je vis en-dedans.» sans avoir à dire un seul mot.

Pour les conjoint(e)s d’un(e) militaire/vétéran blessé, c’est une exposition qui procure un (étrange) sentiment de paix qui se résume par deux mots: «C’est ça.». Il n’y a pas d’autres mots pour le décrire parce que ce qui s’en dégage, c’est en plein ce qu’on se tue à essayer de faire comprendre au reste du monde, sur le combat de celui/celle qu’on aime, mais aussi sur l’empathie et le respect qu’on voudrait donc que les gens ressentent, de la même manière que, dans notre amour, nous ressentons de la fierté de son service, de tout ce qu’il a fait, de tout ce qu’il a été et de tout ce qu’il est. Ce qu’on y voit, c’est ce qu’on sait, c’est aussi ce qu’on vit… Et, enfin, un regard sur la personne dont nous seul(e)s connaissons l’existence. Cette exposition est un véritable bouillon de poulet pour l’âme.

L’exposition est gratuite. Pour plus d’informations ou pour connaître les heures d’ouverture, consultez le site Internet de La Loge, située au 83, rue Richelieu, à Saint-Jean-Sur-Richelieu.

Vous ne le regretterez pas!

À vous et votre famille, merci de votre service.