Macron juge l’Otan en état de « mort cérébrale »

Le président américain Donald Trump au sommet de l'Otan à Bruxelles le 25 mai 2017. (POOL/AFP/Archives/Matt Dunham)
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« Ce qu’on est en train de vivre, c’est la mort cérébrale de l’OTAN », a déclaré Emmanuel Macron à l’hebdomadaire The Economist publié jeudi, l’expliquant par le désengagement américain vis-à-vis de ses alliés de l’Otan et le comportement de la Turquie, membre de l’alliance atlantique.

Il faut « clarifier maintenant quelles sont les finalités stratégiques de l’Otan », a affirmé le chef de l’État en plaidant à nouveau pour « muscler » l’Europe de la Défense, alors qu’un sommet de l’Otan aura lieu à Londres début décembre. 

« Vous n’avez aucune coordination de la décision stratégique des États-Unis avec les partenaires de l’Otan et nous assistons à une agression menée par un autre partenaire de l’Otan, la Turquie, dans une zone où nos intérêts sont en jeu, sans coordination », a-t-il souligné. « Ce qui s’est passé est un énorme problème pour l’Otan ».

Dans ces conditions, le chef de l’État s’interroge en particulier sur l’avenir de l’article 5 du traité atlantique, qui prévoit une solidarité militaire entre membres de l’Alliance si l’un d’entre eux est attaqué.

« C’est quoi l’Article 5 demain ? Si le régime de Bachar al-Assad décide de répliquer à la Turquie, est-ce que nous allons nous engager ? C’est une vraie question. Nous nous sommes engagés pour lutter contre Daech. Le paradoxe, c’est que la décision américaine et l’offensive turque dans les deux cas ont un même résultat : le sacrifice de nos partenaires sur le terrain qui se sont battus contre Daech, les Forces Démocratiques Syriennes », estime Emmanuel Macron. 

Cela rend pour lui d’autant plus « essentiel d’une part, l’Europe de la défense – une Europe qui doit se doter d’une autonomie stratégique et capacitaire sur le plan militaire. Et d’autre part, rouvrir un dialogue stratégique, sans naïveté aucune et qui prendra du temps, avec la Russie ».

« Le président Trump, j’ai beaucoup de respect pour cela, pose la question de l’Otan comme un projet commercial. Selon lui c’est un projet où les États-Unis assurent une forme d’ombrelle géopolitique, mais en contrepartie, il faut qu’il y ait une exclusivité commerciale, c’est un motif pour acheter américain. La France n’a pas signé pour ça », a-t-il averti.

 L’UE au ‘bord du précipice’

« L’OTAN en tant que système ne régule pas ses membres. Et à partir du moment où un membre sent qu’il a le droit de suivre son chemin, qui est donné par les Etats-Unis d’Amérique, il le fait. Et c’est ce qui s’est passé », déplore Emmanuel Macron.

Cela rend pour le président français d’autant plus « essentiel d’une part, l’Europe de la défense –- une Europe qui doit se doter d’une autonomie stratégique et capacitaire sur le plan militaire. Et d’autre part, de rouvrir un dialogue stratégique, sans naïveté aucune et qui prendra du temps, avec la Russie ».

Le chef de l’Etat français en profite pour pointer trois grands risques pour l’Europe: qu’elle ait « oublié qu’elle était une communauté », le « désalignement » de la politique américaine du projet européen, et l’émergence de la puissance chinoise « qui marginalise clairement l’Europe. »

« Il y a aujourd’hui une série de phénomènes qui nous mettent dans une situation de bord du précipice », insiste-t-il.

« L’Europe a oublié qu’elle était une communauté, en se pensant progressivement comme un marché », souligne également M. Macron, qui s’est récemment opposé à l’ouverture de négociations d’adhésion à l’Union européenne avec la Macédoine du Nord et l’Albanie.

Deuxième danger: les Etats-Unis qui restent « notre grand allié » mais « regardent ailleurs » vers « la Chine et le continent américain », un basculement sous la présidence de Barack Obama, estime le chef de l’Etat. Et « pour la première fois, nous avons un président américain (Donald Trump) qui ne partage pas l’idée du projet européen, et la politique américaine se désaligne de ce projet ».

Enfin, le rééquilibrage du monde va de pair avec l’émergence depuis 15 ans d’une puissance chinoise qui crée un risque de bipolarisation et marginalise clairement l’Europe. 

Selon le chef de l’Etat français, si les Européens n’ont « pas un réveil, une prise de conscience de cette situation et une décision de s’en saisir, le risque est grand, à terme, que géopolitiquement nous disparaissions, ou en tous cas que nous ne soyons plus les maîtres de notre destin ».

M. Macron estime par ailleurs que la règle sur le maintien du déficit public des pays de la zone sous la barre des 3% du PIB, tout comme les discussions sur les contributions des 27 au budget de l’UE, relèvent d’un « débat d’un autre siècle ».

« Nous avons besoin de plus d’expansionnisme, de plus d’investissement. L’Europe ne peut pas être la seule zone à ne pas le faire », martèle-t-il.