Otan: proposition allemande pour calmer le jeu après les critiques françaises

Le secrétaire d'Etat américain Mike Pompeo (g) s'entretient avec le secrétaire général de l'Otan Jens Stoltenberg, au quartier général de l'Otan à Bruxelles le 20 novembre 2019. [AFP]
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A deux semaines du sommet de l’Otan à Londres, l’Allemagne a fait une proposition pour aider à « limiter les dégâts » à la suite des critiques du président Emmanuel Macron contre l’Alliance en état de « mort cérébrale » avec le désengagement des Etats-Unis.

Le chef de la diplomatie allemande, le social-démocrate Heiko Maas a proposé la constitution d’un comité d’experts présidé par le secrétaire général Jens Stoltenberg pour renforcer le processus politique au sein de l’Alliance, une organisation militaire.

Son homologue français Jean-Yves Le Drian doit également formuler des propositions, mais il n’a fait aucune déclaration à son arrivée.

Le secrétaire d’Etat américain Mike Pompeo a prédit « une série de réunions réussies afin que nous puissions avoir un sommet des dirigeants réussi ».

Le diagnostic brutal du chef de l’Etat français et la critique du leadership américain ont choqué à l’Otan.

« Le mal est fait. Maintenant il faut limiter les dégâts afin d’afficher l’unité lors du sommet de Londres », a commenté un diplomate de haut rang.

« Nous allons écouter M. Maas et nous allons écouter M. Le Drian », a-t-il précisé. La réunion va permettre de discuter des préoccupations de la France, a confirmé Jens Stoltenberg.

« L’Otan est déstabilisée par trois problèmes: le comportement du président américain Donald Trump, le comportement de la Turquie et le comportement de Macron », a-t-il souligné.

Deux sessions de travail sont prévues. La première a débuté à 16H00 (15H00 GMT). Elle sera consacrée à la préparation du sommet de Londres le 4 décembre et aux points qui posent problèmes.

La seconde sera un dîner de travail à 19H00 (18H00 GMT). Il permettra de traiter les questions stratégiques, notamment l’espace, nouveau terrain d’opérations de défense pour l’Alliance dont les membres ont près de 1.000 satellites en orbite, et du positionnement de l’Otan face à la montée en puissance de la Chine, « second budget militaire du monde et très présente dans le cyberespace », a expliqué le secrétaire général Jens Stoltenberg.

Aucune déclaration ne sera publiée à l’issue de cette réunion, a-t-on précisé.

La France va réaffirmer son attachement à l’Otan. « L’Alliance est indispensable, mais il n’y aura pas d’Otan forte sans une défense européenne forte », répètent les responsables français.

« Il n’y a actuellement pas d’alternative crédible à l’Otan. Nous avons besoin des capacités des Etats-Unis », avertissent leurs homologues.

Les Européens ne sont actuellement pas capables de mettre à disposition suffisamment d’avions et de navires pour permettre de mobiliser 30 bataillons, 30 navires et 30 escadrons d’avions de chasse dans un délai de 30 jours. L’initiative ne pourra pas être déclarée opérationnelle à Londres sauf à demander des capacités supplémentaires aux Etats-Unis, a-t-on souligné.

Carte localisant les 29 pays membres de l’Otan. [AFP]

Crispation  

La crispation des alliés contre la France n’est pas une surprise. « On ne cherche pas à gagner un concours de popularité, mais on veut être écoutés et entendus », explique-t-on à Paris.

La plupart des alliés redoutent les réactions de Donald Trump, confronté à une procédure de destitution.

La réunion de Londres sera largement dominée par le « partage du fardeau » et l’Allemagne ne veut plus être dénoncée comme un mauvais élève. Son budget pour la défense a été augmenté et devrait se monter à 50,3 milliards d’euros en 2020, soit 1,42% de son PIB, encore loin des 2% exigés par Donald Trump. « De nouveaux chiffres sur les contributions des alliés seront publiés avant le sommet », a annoncé Jens Stoltenberg.

La France dit ne pas redouter l’épreuve. Emmanuel Macron et Donald Trump « ont eu une bonne discussion » après la prise de position du chef de l’Etat, assure-t-on à Paris.

« Nous sommes un allié engagé sur le terrain qui prend des responsabilités. La France atteindra l’objectif de 2% pour ses dépenses militaires, dépasse déjà les demandes pour les capacités, a 30.000 militaires déployés dont certains dans des opérations lourdes et à risque. Nous n’avons pas de leçons de solidarité à recevoir », a averti un de ses représentants.