Perdre une bataille ne signifie pas avoir perdu la guerre !

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La bataille électorale 2019 s’est soldée par une victoire minoritaire de Justin Trudeau et des libéraux ! Il n’y a rien pour nous réjouir devant un tel résultat. Et ce, surtout dans le domaine des affaires militaires et des anciens combattants, deux enjeux qui furent évacués de la dernière campagne électorale.

Mais encore, Justin Trudeau et son gouvernement n’ont pas fait grand-chose de positif en quatre ans avec un gouvernement majoritaire alors rien ne laisse présager qu’ils seront meilleurs avec un gouvernement minoritaire.

Disons les choses comme elles le sont: Justin Trudeau n’en a rien à cirer des vétérans, des militaires et des membres de leur famille. Il n’a pas besoin de cette population pour gagner ses élections. Toutefois, il ne doit surtout pas oublier que les affaires militaires et des anciens combattants sont des dossiers de compétence uniquement fédérale.

Dans la circonscription fédérale de Pontiac, celle où je me suis présenté pour défendre les couleurs du Parti conservateur du Canada, la bataille électorale n’a pas pris la tournure espérée et cela, malgré un dévouement sans borne, une démarche bien ficelée et des appuis de taille. Je me préparais depuis des années pour cette bataille électorale et j’avais des motivations très claires dont j’ai expliqué les détails dans un texte publié ici pendant la campagne électorale.

Le résultat en soi est sans contredit un échec. L’objectif était d’être élu à la Chambre des communes pour travailler à l’amélioration des services et du traitement des militaires, des vétérans et des familles. Je n’ai pas été élu, donc je n’ai pas atteint l’objectif fixé. Nous avons fait des gains par rapport à l’élection de 2015, mais indéniablement pas assez considérables pour reprendre ce comté qui fut jadis (de 2006 à 2011) représenté par le conservateur Lawrence Cannon.

Plusieurs personnes m’ont fait parvenir des mots d’encouragement et de remerciement sur la vitalité, la rigueur et le dynamisme de ma campagne. J’en suis flatté, mais cela ne change rien au fait que j’ai perdu la bataille électorale. Les prochaines semaines serviront à étudier les causes locales et nationales de cette défaite.

En contrepartie, la démarche est une «sorte» de succès. Pendant l’année et demie à faire campagne, j’ai rencontré une multitude de personnes intéressantes. J’ai échangé avec des dizaines de vétérans, de militaires et des membres de leur famille sur les enjeux prioritaires. J’ai écouté très attentivement leurs propos. J’ai pris des notes. J’ai parcouru l’entièreté du comté, plusieurs fois dans certains coins. J’ai étudié les forces et les faiblesses de mes adversaires. En somme, il s’agit de plusieurs expériences qui me seront certainement bénéfiques dans ma carrière d’universitaire, d’auteur, d’activiste et de critique du gouvernement libéral minoritaire de Justin Trudeau. Allons savoir ce que l’avenir nous réserve ! Les gouvernements minoritaires n’ont pas tendance à faire long feu au Canada !

Dave Blackburn lors d’un rassemblement du Parti conservateur du Canada photographié avec un jeune garçon inspiré par ses «accomplissements professionnels».[Courtoisie Dave Blackburn]

En fin de compte, il est certain que je suis déçu du résultat ! Vous savez en politique, la somme du travail n’est aucunement représentative des résultats. J’ai travaillé comme un forcené pendant ma précampagne et surtout ma campagne pour gagner cette élection. Si j’avais mis autant d’heures dans un projet d’entreprise ou dans des demandes de subventions de recherche, j’aurais sans contredit connu un succès assuré, garanti. Mais malheureusement, je me suis rapidement rendu compte que cela ne fonctionne pas de la sorte en politique fédérale.

Au Québec, tout particulièrement, nous ne votons pas pour les meilleurs candidats ou les meilleures candidates, nous votons pour le chef ou pour le parti. C’est exactement ce qui explique pourquoi un homme comme Marc Dauphin, médecin, urgentologue ex-officier des FAC, vétéran de l’Afghanistan, auteur, excellent communicateur, un véritable leader et une personne exceptionnelle n’a pas été en mesure de gagner lors de l’élection fédérale de 2015 dans le comté de Sherbrooke. Marc aurait été un député hors pair, mais, à sa place, les électeurs et les électrices ont réélu un jeune homme provenant de la vague orange de 2011.

Nous ne votons pas avec notre logique, nous votons avec nos émotions ! Après ça, devons-nous sérieusement nous demander pourquoi nous avons l’impression que les dossiers prioritaires font du surplace au Québec ? Nous sommes pratiquement toujours dans l’opposition. Un député de l’opposition ne fait que critiquer, car il n’est pas à la table des décisions. Un député du Bloc québécois, c’est encore pire (tout particulièrement dans des dossiers de compétence fédérale comme les affaires militaires et des vétérans), car il sera dans l’opposition éternellement et il se bat pour la séparation du Québec. C’est pourtant tellement logique et sans ambiguïté, mais nous nous entêtons à voter avec nos émotions !

Comme si cela n’était pas assez, les vétérans, les militaires et les familles sont souvent pris avec des élus qui sont «parachutés» au ministère des Anciens combattants. Ce ministère est considéré comme un ministère de seconde importance par bon nombre d’élus. Au cours des quatre dernières années, Justin Trudeau a nommé quatre ministres des Anciens combattants et un ministre par intérim. Aucune de ces personnes n’avait la moindre expérience militaire ou dans la GRC. Le pire de ces ministres fut sans contredit Seamus O’Regean, qui est même allé de l’une des comparaisons les plus boiteuses jamais entendues: «sa carrière de journaliste est similaire à une carrière militaire». Ben oui mon Seamus, tu es venu quatre jours en Afghanistan en 2006 pour faire un reportage sur le Jour du Souvenir et tu portais des chemises à 200$ sur le dos ! Je le sais parce que j’y étais. Grosse carrière militaire ! Quel boute-en-train !

La bataille électorale est perdue, mais cela ne signifie aucunement que la guerre est perdue. Depuis les derniers jours, je me concentre à un retour à la «vie normale». Vous savez, après l’élection, du jour au lendemain, nous passons de 150 km/heure à 5 km/heure. Il n’y a plus d’activités politiques, plus de courriels, plus de téléphones, plus de rencontres d’équipes, plus de séances de porte-à-porte (quoique cela, je ne m’en ennuie guère), etc. Nous devons reprendre notre rôle au sein de notre famille, auprès de nos amis ainsi que nos activités sociales et sportives.

Sur le plan professionnel, je suis chanceux, car j’avais pris un congé sans solde et je retourne à mes tâches de professeur et de chercheur à l’Université du Québec en Outaouais. Je devrais aussi devenir directeur de département en novembre 2019.

Alors le combat se poursuit et cela tombe bien, car je ne suis pas du genre à me laisser abattre par un échec. Je vais me relever les manches, retourner à mes tâches universitaires, poursuivre mes travaux de recherche sur la santé mentale des vétérans et des militaires, participer à certaines activités liées aux vétérans et aux familles, contribuer à la Semaine des anciens combattants ainsi qu’au Jour du Souvenir et m’organiser pour faire connaître au grand public les enjeux qui nous touchent. De plus, je serai un critique sévère et assidu contre le gouvernement minoritaire de Justin Trudeau, car je suis persuadé qu’il ne fera rien de plus pour les vétérans, les militaires et les familles.

En terminant, je tiens à remercier tous les lecteurs et les lectrices de 45eNord.ca qui m’ont soutenu et qui m’ont fait parvenir des mots positifs pendant cette brève aventure en politique fédérale. Je vous en suis très reconnaissant. Il ne s’agit que d’une bataille de perdue dans cette guerre permanente avec le gouvernement fédéral pour améliorer le sort des vétérans, des militaires et des familles qui ont tout donné pour notre pays.

Fortes soli, fortiores una (qui veut dire: Fort seul, plus fort ensemble) !