Projet VIVANT- Project ALIVE, de «frères d’armes» à «frères d’art»

Jean-Mathieu Ferland, vétéran, musicien et co-fondateur de Project Alive-Projet Vivant, une initiative reliée à la musique et aux arts destinée aux militaires, vétérans et leurs familles. [Jenny Migneault]
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Je vous annonce un scoop: du 21 janvier au 8 février prochain, au théâtre Denise-Pelletier de Montréal, sera présentée une pièce intitulée «Le 6e sens» abordant le stress post traumatique sous le thème des superhéros et d’un Comicon (dans la pièce, «un Panicon»).

Si c’est pour moi un grand privilège d’y participer, c’est également l’opportunité d’avoir le plaisir d’y côtoyer Jean-Matthieu et Fred Ferland, 2 frères musiciens qui ont aussi servis dans les Forces armées canadiennes (FAC) que l’on aura le plaisir d’entendre dans la pièce.

Et c’est ainsi que j’ai connu l’existence de Project Alive-Projet Vivant, dont Jean-Matthieu est co-fondateur. Initiative reliée à la musique et aux arts, elle est destinée aux militaires, vétérans et leurs familles. Au-delà d’une mission et d’un mandat qui suscitent de plus en plus d’intérêt et de succès, son histoire illustre un exemple probant de proactivité face à son rétablissement et un coup de pouce du JPSU de Gagetown qui mérite d’être souligné

Jean-Matthieu

Jean-Matthieu a 36 ans. Il a grandi à Granby (Qc) avant de s’enrôler dans les FAC à l’âge de 17 ans ou il a été fantassin puis opérateur de transmission (Sig). 2 tours en Afghanistan ayant laissé leurs traces, il est retraité des FAC depuis février dernier en raison d’un stress post traumatique: «Intérieurement, je savais que je n’allais pas bien et que la fin dans l’armée arrivait.» Le plus difficile fût de passer au travers du choc initial de «ce qui se passait avec lui» , et aussi, de réaliser et d’accepter que sa carrière prenait fin.

Bien qu’il soit né au sein d’une famille de musiciens, Jean-Matthieu débute l’apprentissage de la guitare il y a à peine 4 ans. Rapidement, il réalise dans un monde où ses démons prennent trop de place que de gratter les cordes de l’instrument lui procure un sentiment de paix et de libération. De fil en aiguille, se développent une volonté d’apprendre et un intérêt à aller plus loin dans la pratique de cet art qui lui permet d’exprimer ses sentiments et ses émotions quand les mots ne sortent pas. Pour lui, c’est sain, positif, libérateur, thérapeutique. Au JPSU de la base de Gagetown, on lui demande ce qu’il aimerait étudier dans le cadre d’une nouvelle carrière: «Les arts!», qu’il répond.

«Ce n’est pas très concret. Ça te tenterais-pas la construction ou quelque chose de même?», qu’on lui répond

Non, Jean-Matthieu ne veut pas de «construction ou quelque chose de même» car il lui est clair que la période du «se faire dire quoi faire» ou «qu’on décide pour lui» est derrière lui: « Après avoir donné 20 ans de service, je voulais quelque chose que je désirais vraiment faire «moi», qui m’appartenait à part entière», explique-t-il.

La rencontre de frères d’armes

Constatant les bienfaits que lui procurent la pratique de la guitare et de la musique, le JPSU de Gagetown cherche à l’encourager et à soutenir ses démarches. Ainsi, le temps que les efforts thérapeutiques prennent leur sens, Jean-Matthieu est transféré avec les musiciens de la base. Au travers des contacts, l’idée d’un projet commence à germer dans sa tête, mais d’abord, il se met à la recherche d’autres artistes militaires comme lui, dans l’armée. À maintes reprises, on lui parle d’un certain Gaétan Hébert qu’il finit par contacter.

Quelle ne fût pas sa surprise de découvrir qu’ils avaient suivi leur cours de chef ensemble à Valcartier sans toutefois s’être véritablement parlé. Et la surprise est encore plus grande quand ils comprennent qu’ils partagent des idées et des intérêts similaires. Au fil de leurs échanges, une idée de projet commence à germer. Ils «partent à la pêche» pour repérer d’autres intéressés par la création du projet. C’est ainsi que Jonathan Tremblay, de Québec, se joint à l’équipe.

C’est ainsi qu’à eux 3, ils ont pensé et crée le concept de Project Alive-Projet Vivant. «Tout s’est fait organiquement. C’est bizarre parce que ce n’est pas comme si on savait exactement ce qu’on faisait. Ça s’est fait tout seul : les gens nous ont écouté et ont permis qu’il prenne la forme qu’il a aujourd’hui, sans qu’on s’en rende compte».

Project Alive-Projet Vivant

Project Alive-Projet Vivant est un «concept». Ce n’est pas une organisation officielle, mais un regroupement, une communauté d’artistes, issue elle-même de la communauté des militaires, des vétérans et de membres de leurs familles dont le réseau permet une porte d’entrée vers le monde artistique par le partage de ressources et de connaissances, selon les motivations et les intérêts de chacun.

Le fonctionnement du projet est différent selon que l’on est au Québec ou au Nouveau-Brunswick. Les formules sont similaires, mais différentes.

Au Québec, on parle davantage d’un accompagnement individuel par la diversité des intérêts des artistes -musique, peinture sur bois, travail du cuir, etc. J’y reviendrai dans un prochain. article.

Au Nouveau-Brunswick, le projet s’articule principalement autour de la musique. La grande différence réside dans l’accueil, l’intérêt et la réception des communautés de Fredericton, Moncton et Gagetown. Au Nouveau-Brunswick, on prête des salles gratuitement pour permettre aux artistes de «jammer», des studios d’enregistrement (au Québec aussi, d’ailleurs). Au Nouveau-Brunswick, Project Alive -Projet Vivant offre l’opportunité à ses artistes de performer devant des publics variés.

L’idée n’est pas de promouvoir un groupe ou des musiciens plus qu’un autre. Au contraire, elle consiste à accompagner un artiste-militaire dans son cheminement, et ce, en total respect de son cheminement.

Un comité est en place pour identifier des intéressés pour chacun des niveaux de difficulté des événements pour lesquels on sollicite des artistes-militaires. Certains ne veulent pas performer en public, d’autres ne sont pas prêts encore. Quand ils le deviennent davantage, ils ne sont pas jetés dans la fosse aux lions, bien au contraire. Ainsi, pour débuter, on pourrait leur suggérer une première «gig» dans un environnement sécurisant comme dans une résidence pour personnes âgées qui, quant eux, apprécient le moment, que les artistes soient «parfaits» ou non. Pour les artistes-militaires blessés, c’est l’opportunité de grandir, de vivre un succès et un contact avec les gens qui font du bien. Que ce soit un groupe rock, métal, traditionnel, chacun a sa place et ses opportunités.

Les «frères d’armes» deviennent des «frères d’art»

J’ai demandé à Jean-Matthieu ce que Project Alive-Projet Vivant a changé dans sa vie: «Ça m’a amené des frères d’armes que j’appelle maintenant «mes frères d’art». «Je peux compter sur des vrais amis et sur une communauté. J’ai eu un épisode et 8 gars se sont pointés chez-nous pour m’aider. Au niveau du support, c’est important, mais aussi, au niveau artistique, on se challenge l’un et l’autre. On a tellement de ressources dans lesquelles on peut puiser. On se permet de se donner ça à nous autres. C’est «selfless», tout le monde pense à l’autre, une mentalité des FAC, ton chum avant toi. Tu t’occupes de ton chum, ton chum s’occupera de toi.»

La redécouverte de Fred

L’intérêt musical de Jean-Matthieu crée aussi de nouveau liens avec son frère cadet de 6 ans, Fred qui a également connu une brève carrière comme réserviste. Enrôlé aussi à 17 ans, il se cherchait beaucoup: il en est sorti au bout de quelque temps. Contrairement à son frère, la musique l’a interpellé dès son plus jeune âge. Comme il n’avait que 11 ans au moment de l’enrôlement de Jean-Mathieu, ils apprennent à se connaître en tant qu’adultes.

Grâce à la plateforme de Projet Alive-Projet Vivant, les 2 frères forment aujourd’hui un band ensemble.

20 ans plus tard, ils se retrouvent, de frères à frères d’armes à frères d’art.

Si vous vous vous sentez interpellé(es) ou si avez des ressources à mettre au profit de la communauté, que ce soit au Québec comme au Nouveau-Brunswick, ou encore, si vous souhaitez joindre une communauté où vous pourrez développer un talent ou un intérêt artistique, Project Alive-Projet Vivant est LA communauté à contacter!

À vous et à votre famille,

Merci de votre service.