Seulement 7 militaires sur 36 épinglés pour leurs liens avec l’extrême droite ont quitté les Forces

Temps de lecture estimé : 3 minutes

Sur les 36 militaires épinglés l’an dernier par les Forces armées canadiennes pour leurs liens avec des gestes haineux ou des groupes extrémistes, 16 ont écopé d’avertissements, de mesures disciplinaires ou d’ordonnances de consultations, mais ont été autorisés à demeurer au sein des Forces, rapporte La Presse Canadienne.

Seulement sept des 36 militaires identifiés dans un rapport de renseignement de 2018 sur des suprémacistes blancs et autres groupes haineux au sein de l’armée ont dû quitté les Forces.

Quant aux 13 autres militaires identifiés dans le rapport, les dossiers seraient toujours ouverts.

Cette mise à jour intervient alors que de nouveaux documents obtenus par l’agence de presse révèlent que des responsables militaires voulaient au départ déposer des accusations et renvoyer un élève officier pour ses liens avec le groupe d’extrême droite «Proud Boys» qui s’étaient illustrés en perturbant une cérémonie traditionnelle micmaque à Halifax en juillet 2017.

Mais les procureurs militaires ont finalement conclu qu’il n’y avait pas de perspective raisonnable de faire condamner l’élof parce que cela violerait ses droits fondamentaux garantis par la Charte, Quant à ses supérieurs, ils ont décidé de le garder au sein de l’armée lorsque l’élève officier a assuré ne plus faire partie des «Proud Boys».

Un problème qui traîne depuis longtemps dans le paysage

Dans un reportage en octobre 2018 du magazine Ricochet, plusieurs militaires apparaissent comme étant derrière un magasin de surplus de Calgary (FireForce Ventures) vendant de l’équipement militaire, mais aussi et surtout le « parfait matériel » pour le suprémaciste blanc typique, dont notamment des drapeaux et des uniformes de la Rhodésie, où le régime a été dirigé par des minorités blanches pratiquant la discrimination envers les noirs. Ils utilisent aussi fréquemment des insultes à caractères raciales.

En 2018, le chef d’état-major de la Défense, le général Jonathan Vance avait pour sa part émis une directive, annoncée dans un CANFORGEN, sur la «conduite militaire professionnelle» à adopter où il rappelait que tous les militaires ont signé un code de conduite et de discipline et qu’ils leur est interdit de faire partie d’un groupe qui «favorise le racisme, le sexisme, la misogynie, la violence, la xénophobie, l’homophobie, la discrimination fondée sur la capacité physique et les opinions discriminatoires relatives à certaines religions ou croyances ».

En août 2019, l’armée canadienne avait annoncé l’ouverture d’une enquête sur l’un de ses soldats, soupçonné d’appartenir à un groupe néo-nazi après avoir été vu en train de coller des affiches appelant les suprémacistes blancs à se préparer à une guerre raciale, le caporal chef Patrick Matthews, aujourd’hui disparu.

Peu après, le ministre de la Défense nationale, Harjit Sajjan, avait demandé à l’ombudsman de la Défense et des Forces armées canadiennes de mener une enquête sur le racisme au sein des forces armées, notamment les liens qu’auraient tissés certains militaires avec l’extrême-droite suprémaciste blanche.

Beaucoup de bruit, mais apparemment peu d’action

Au Canada, on recense 200 organisations d’ultra-droite, dont plus de 50 au Québec, selon le décompte de Barbara Perry, spécialiste canadienne de ces mouvements et professeure et directrice du Centre on Hate, Bias and Extremism à la Faculty of Social Science and Humanities de l’Ontario Tech University. Un nombre qui a doublé en quatre ans.

Ici, la vaste majorité des cas signalés au Centre montréalais de prévention de la radicalisation menant à la violence (CPRMV), qui s’est longtemps consacré au phénomène djihadiste, relèvent plutôt aujourd’hui de la mouvance de l’ultra-droite suprémaciste !

Et il est de notoriété publique que, de plus en plus, les groupes extrémistes de droite prisent tout particulièrement les militaires et ex-militaires dont la formation en font des recrues éminemment désirables pour ces groupes.«C’est une des tendances les plus dangereuses que nous ayons vu jusqu’ici», estime pour sa part Barbara Perry.

Mais, au sein des Forces armées, des déclarations tonitruantes du chef d’état-major de la Défense, un ministre qui s’inquiète et demande à l’ombudsman d’enquêter, mais assez peu d’action.

Soit que les experts qui sonnent l’alarme exagèrent, soit que les Forces armées, contraintes par le droit, ne parviennent pas à s’attaquer au problème, mais, juqu’ici, il semble y avoir eu beaucoup plus de bruit que d’action.