Incitation à tuer Trudeau: la GRC arrêtent deux Québécois, dont un membre de Storm Alliance

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L’Équipe intégrée de la sécurité nationale de la GRC a arrêté hier deux Québécois soupçonnés d’avoir appelé sur Facebook à tuer le premier ministre Justin Trudeau durant la dernière campagne électorale, rapporte aujourd’hui le quotidien montréalais La Presse.


Mise à jour 23/12/2019, 8h46

Le premier suspect dans cette affaire a été relâché sans que, pour l’instant, d’accusations soient portées contre lui, alors que le second, André Audette de Boucherville a comparu à Longueuil en Cour du Québec, chambre criminelle.

Les deux suspects ne semble toutefois pas être en relation suivie l’un avec l’autre, nous indique le gendarme Luc Thibeault du bureau de Montréal de la GRC.

Libéré, Audette comparaîtra à une date ultérieure pour faire face à des accusations d’incitation à la haine publique en vertu de l’article 319 (!) du code criminel et de fomentation de haine en vertu de l’article 319 (2).

  • 319 (1) Quiconque, par la communication de déclarations en un endroit public, incite à la haine contre un groupe identifiable, lorsqu’une telle incitation est susceptible d’entraîner une violation de la paix.
  • 319 (2) Quiconque, par la communication de déclarations autrement que dans une conversation privée, fomente volontairement la haine contre un groupe identifiable.

S’il est reconnu coupable de ces actes criminel, l’accusé s’expose à une peine maximale de deux ans sur chaque chef.


Une perquisition a eu lieu vendredi à Montréal en lien avec cette affaire et du matériel électronique a été saisi et sera examiné par les enquêteurs. 

Le premier des deux suspects serait un camionneur de la région de Lanaudière. Le deuxième est associé au groupe d’extrême droite Storm Alliance. Les suspects auraient conseillé à autrui de commettre un meurtre prémédité et incité à la haine, deux infractions au Code criminel.

Les propos, signalés aux autorités par des citoyens inquiets, qui sont a l’origine de l’enquête remontent au 16 septembre 2019.

«Enweil donc un petit trou dans le front pour Trudeau», écrit un des hommes. 

«Let’s do it», répond l’autre. 

L’échange est accompagné une photo d’une affiche électorale vandalisée de la candidate libérale de Hochelaga, Soraya Martinez avec un rond noir peint sur le front de la candidate et le logo du parti libéral recouvert d’un signe nazi. 

Les enquêteurs ont aussi trouvé plusieurs autres propos inquiétants sur la page Facebook du deuxième suspect

«Advenant que nous ne pourrons pas battent les libéraux alors je suggère que nous devrons se faire justice SOIS-MÊME !», lit-on dans une publication Facebook du deuxième suspect datée du 13 septembre. Ces propos sont accompagnés de dessins de mains mimant une arme à feu et de têtes de démons. 

La même journée, le suspect publie sur sa page: «FRIDAY THE 13 : Que J’pogne pas Justinette Trudette la mauviette dans 1 ti-coin noir… », encore une fois suivis des mêmes signes de main imitant un pistolet. 

Un mois plus tard, après un rassemblement partisan en Ontario ou le premier ministre porte un gilet pare-balles en raison de ce qui avaient été qualifiés de menaces crédibles, le suspect y va d’un autre commentaire alarmant: «Justin Trudeau protégé avec sa “veste pare balle” PROUVE a quel point nous sommes prêts à TOUT pour le…», encore et toujours suivis des mains qui miment une arme à feu. 

Le suspect associé a Storm Alliance est également soupçonné d’encouragement au génocide pour des commentaires tenus sur Facebook à l’encontre de la communauté musulmane. Des messages menaçants à l’endroit de la communauté musulmane ou il fait notamment référence à la tuerie survenue à la Grande Mosquée de Québec en 2017 et à celle qui a fait 51 morts à Christchurch en Nouvelle-Zélande ont été répertoriés sur sa page Facebook.

L’enquête est toujours en cours.

Storm Alliance

Le groupe Storm Alliance est un groupe anti-immigration qui se décrit lui même comme « ultranationaliste » et s’oppose aux politiques d’immigration du gouvernement canadien, qu’il qualifie de « suicide collectif ».

Storm Alliance a été fondée en décembre 2016 par Dave Tregget, qui avait auparavant fondé la section québécoise du groupe d’extrême droite finlandais Soldiers of Odin. Le groupe a participé à plusieurs manifestations aux côtés d’autres groupes d’extrême droite au Québec tels que La Meute et Atalante.

Le groupe s’est notamment fait connaître pour avoir organisé des manifestations à Lacolle, au Québec, contre les demandeurs d’asile migrant au Canada de façon irrégulière en passant par le Chemin Roxham, près de du poste-frontière.

Dès samedi, l’administratrice de la page Facebook publique du groupe au Québec, Nancy Sirois, se dissociait de l’individu qui avait proféré les menaces de mort à l’endroit du premier ministre, écrivant que Storm «Alliance se dissocie complètement de cet individus qui, soi dit en passant, à été mis dehors du groupe, il y a de cela plusieurs mois, pour des comportements et propos similaires auxquels nous n’adhérons pas du tout.», et ajoutant que le groupe ne pouvait pas «être tenu du comportement de chaque citoyens agissant de leur propre initiative.».

Certains membres appuyaient cette mise au point: «Je ne me retrouve pas dans de tels comportements. Belle mise au point Nancy. Merci!», mais, illustration éloquente de la mentalité d’une fraction non négligeable de ceux et celles qui gravitent dans la mouvance de ces groupes, d’autres, nombreux, se portaient malgré les rappels à l’ordre de l’administratrice de la page, à la défense du suspect: «moi je le vois comme une discussion normal [sic], il veut voir le premier ministre mort, combien de monde voudrait que Trudeau disparaisse?», allant même jusqu’à surenchérir: «Attache ta tuque se printemps des vrais groupe d’extrême droite vas etre présent dans la rue au Québec mon amis…[sic]».

La morale de cette histoire est, peut-être… qu’il serait plus prudent de cesser de jouer avec les feu, à droite comme à gauche ?