L’art de se «tirer dans le pied»

Temps de lecture estimé : 4 minutes

Civil, il possède une grande connaissance de l’histoire des FAC, de ses engagements ainsi qu’un grand respect pour tous ceux et celles qui servent/ont servi. Sensible à la notion du «sacrifice», il en comprend très bien les différentes facettes. Récemment, il m’a contactée pour m’exprimer son indignation et sa colère face à des commentaires rédigés par des vétérans sur des questions géopolitiques qu’il jugeait non seulement inacceptables, mais également fort dénigrants à l’égard de toute la communauté militaire/vétéran et des Forces Armées Canadiennes.

Le commentaire qui a fait déborder son vase exprimait une solution-radicale-sans-empathie-incluant-des-enfants qui était, en effet, dérangeant à lire, inacceptable et à l’opposé de nos valeurs québécoises et/ou canadiennes.

Parce qu’il faut rendre à César ce qui revient à César, il est vrai que certains vétérans (autant anglophones que francophones) auraient intérêt à tempérer leur propos et réaliser que d’exposer *publiquement* leurs idées et solutions (radicales), empreintes de haine et sur un fond de violence, nuisent à toute la communauté militaire/vétéran(e) qui déjà, ne bénéficie pas d’un respect social à la hauteur de ce qu’il devrait être.

Personne n’est gagnant à lire et à entendre des commentaires de vétérans qui expriment de la violence parce qu’ils nourrissent les préjugés des civils à l’égard des FAC, des militaires et des vétérans, quels qu’ils soient, et ce, dans toutes les couches de la société. Ces commentaires de nature «extrême» (je ne sais comment les décrire) ne sont pas à l’image des Forces Armées Canadiennes, ni de la nature de ses engagements et de ses interventions, encore moins de ses militaires, bien au contraire.

Et c’est sans compter que dans le monde civil, ça ne passe pas – fort heureusement, d’ailleurs!- parce que ce n’est pas ce que nous sommes, nous, comme société. A tous les égards, sans mauvais jeux de mots, c’est vraiment se tirer dans le pied. En aucun temps, ça aide la cause ou le vétéran blessé par un SPT aux prises avec une travailleuse sociale de la DPJ enfirouapée par tout ce que lui dira une madame déterminée à lui enlever les enfants en le faisant passer pour un dangereux.

Ça, c’était la leçon aux vétérans en ce qui concerne le monde civil. Est-ce que le tout est à votre convenance, même si j’ai limité mon propos à l’exposition *publique*, comme si je sous-entendais que j’approuve que ces idées «catégoriques» soient, à l’inverse, exprimées en privé? Sans accepter (évidemment), il faut comprendre au-delà des apparences, au-delà des mots durs, exprimés sans empathie.

Pour ma part, après un cumul de 20 années passées comme conjointe d’un vétéran blessé par un stress post traumatique, voilà longtemps que j’ai cessé de m’offusquer de ce je peux entendre ou lire, même quand la ligne de mes valeurs québécoises/canadiennes est traversée. Peut-être parce j’ai compris que la plupart des vétérans ont vu la ligne des valeurs québécoises/canadiennes franchie plusieurs fois au cours de leur service. Dans leur cas, ce ne sont pas des mots écrits sur les réseaux sociaux qui ont dépassé la ligne, mais des environnements, des cultures, des façons de faire qu’ils ont vus, qu’ils ont sentis, qu’ils ont vécus, qu’ils ont surtout combattus.

Ça doit changer quelqu’un que de réaliser dans son for intérieur (et non par «principe») qu’un enfant de 10 ans est depuis longtemps entraîné physiquement et psychologiquement, endoctriné à un point de non-retour et qui manipule le AK47 aussi bien que nos jeunes Canadiens de 10 ans pitonnent la manette de jeux vidéo. Sa bombe, il ne la pige pas dans une fenêtre au coin de l’écran de télévision mais plutôt, il la fabrique, la manipule, l’enterre et la fait détonner en espérant déchiqueter les infidèles. Ça doit fesser fort, en-dedans, que de perdre son meilleur ami aux mains de l’innocence détruite d’un enfant. Mais ça, on ne veut pas l’entendre. On ne veut pas comprendre l’origine des traces indélébiles qu’on choisit d’ignorer et surtout, qu’on ne veut pas lire sur les réseaux sociaux.

«C’est socialement inacceptable». Oui, il y a des mots exprimés par des vétérans qui sont effectivement «inacceptables». Mais ce qui est aussi inacceptable, c’est de faire l’autruche en refusant d’admettre plus grand que ce que l’on veut bien voir, comme société. Le danger, on ne le voit pas. Nous, par la voie de nos élus, avons envoyé des dizaines de milliers d’hommes et de femmes dans la cage aux lions dans diverses régions du monde, au nom de ce qui est supposé être «le bien», au nom de nos belles valeurs, de notre grand cœur Canadien.

Le rôle premier des FAC consiste à assurer la souveraineté du Canada : l’instinct du vétéran, sa volonté, son «call», c’est la protection du pays (du Québec pour certains…). En fait, de la même façon qu’on estime que des vétérans dépassent les bornes de l’entendement par leur manque absolu d’empathie, l’inverse est aussi vrai: ces derniers estiment aussi justement que des politiciens remplis d’amour-inconditionnel-welcome-to-my-country dépassent les bornes et s’indignent tout autant face aux commentaires remplis d’inconscience et de câlinourseries à la Tout-le-monde-il-est-donc-beau-pis-fin convaincus que le danger, on met ça à «off» comme un jeu vidéo.

Entre les journaux qui utilisent (ou n’utilisent pas!) le mot «terrorisme», l’argent qu’on distribue à toutes sortes de monde, de causes et de pays, une situation diplomatique et géopolitique sensibles, entre le stress post traumatique, des difficultés de transition, des crises identitaires et des taux de suicides hallucinants (encore un vétéran s’est suicidé, il y a quelques jours, au sur les marches du Parlement de l’Alberta), on n’a pas à accepter mais il faut comprendre d’où ils viennent. Parce que justement, malgré les ponts qui nous sépare, nous ne formons qu’une seule société.

En côtoyant la communauté des vétérans pour comprendre l’ampleur du fossé qui les a séparé de notre monde, le temps de leur service, il faudrait se donner la peine de passer par-dessus la rudesse de leurs mots pour essayer de comprendre ce qu’ils essaient de nous dire, qu’ils soient blessés par un SPT ou non. Avant de les juger, j’ai appris que je devrais peut-être marcher dans leurs bottes militaires.

Mais ça, c’est moi qui parle.

À vous et à votre famille,

Merci de votre service.